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Pourquoi je voterai pour Sarkozy dès le premier tour

Vincent Le Biez, mis à jour le 21.04.2012 à 9 h 13

Par Vincent Le Biez, membre du club de réflexion Réforme&Modernité animé par Hervé Mariton.

Meeting de Nicolas Sarkozy, le 19 avril, à Saint Maurice. REUTERS/Philippe Wojazer

Meeting de Nicolas Sarkozy, le 19 avril, à Saint Maurice. REUTERS/Philippe Wojazer

La campagne touche à sa fin, au moins pour sa première phase. Dimanche, ce sera l'heure de se rendre aux urnes et de prendre connaissance du premier verdict des Français pour cette élection capitale. Il m'est apparu nécessaire d'expliquer (et j'espère de convaincre) des raisons profondes de mon vote en faveur de Nicolas Sarkozy.

J'espère sincèrement que cet article suscitera des commentaires de ceux qui s'orientent vers un choix différent. Bref, c'est l'occasion de tester si Facebook est propice au débat politique ou s'il s'agit plutôt d'un média fait pour échanger des vidéos de petits chats qui tombent dans la baignoire.

1. Hollande et Sarkozy : deux projets économiques très différents

Contrairement à ce que l'on entend très souvent, Sarkozy et Hollande ne proposent pas et ne mèneront pas la même politique s'ils arrivent au pouvoir. Le mythe de l'UMPS agité par les extrêmes de droite et de gauche a vécu.

En effet, on pourrait se dire que finalement l'un et l'autre sont des gens raisonnables, qui ont des objectifs de réduction du déficit assez proches (équilibre en 2016 pour Sarkozy, en 2017 pour Hollande) et qui s'inscrivent à la fois dans l'économie de marché et dans le cadre européen.

C'est personnellement ce que j'ai pensé assez longtemps et je dois bien admettre que parmi les postulants à la primaire socialiste, François Hollande était mon favori.

Mais au fil de sa campagne interne puis de sa campagne électorale, il a marqué des positions qui le distinguent très significativement de la politique économique menée et proposée par Nicolas Sarkozy et sur lesquelles il ne pourra pas facilement revenir une fois élu. On peut, certes, toujours dire que les hommes politiques racontent n'importe quoi pour être élus, je préfère prendre au sérieux leurs prises de position.

En proposant, à la surprise générale, la création de 60.000 postes de fonctionnaires supplémentaires dans l'Education nationale, François Hollande a clairement fait entendre que si réduction du déficit il y aurait sous son quinquennat, elle passerait d'abord et avant tout par une augmentation des impôts.

Cette impression est confirmée à la lecture de son programme où ne figure aucune réduction de dépense publique mais au contraire la fin de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) et l'augmentation de certains droits sociaux ou de certaines aides (retour à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont cotisé 41,5 annuités, augmentation de 25% de la prime de rentrée scolaire, création de 150.000 emplois d'avenir financés sur fonds publics...).

Pour financer ces mesures et résorber le déficit, François Hollande est contraint d'augmenter massivement les impôts des entreprises, des riches et des moins riches, comme un article de Libération l'a récemment très bien montré.

En face, Nicolas Sarkozy propose de revenir à l'équilibre principalement par des réductions de dépenses (dire qu'il ne prévoit aucune augmentation d'impôt serait mentir): poursuite de la RGPP et extension aux grandes collectivités (non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite), maîtrise des dépenses d'assurance maladie, gel de la contribution versée à l'UE...

Ces deux projets économiques sont très différents: atteindre l'équilibre en baissant les dépenses publiques ou en augmentant le taux de prélèvements obligatoires n'a pas du tout les mêmes incidences économiques, en particulier pour un pays qui affiche déjà l'un des taux de prélèvements obligatoires et de dépenses publiques les plus élevés du monde.

Un tel choc fiscal ne peut pas être sans conséquence sur la croissance du pays, tant conjoncturelle que structurelle. François Hollande choisit donc la facilité du court terme (augmenter les impôts en faisant croire que seule une poignée de riche les paiera) et compromet la situation du pays sur le long terme car embaucher 60.000 fonctionnaires cela signifie 2,5 milliards d'euros de dépenses supplémentaires pendant au moins 60 ans (40 années de travail et 20 de retraite) !

Une deuxième différence majeure existe entre François Hollande et Nicolas Sarkozy en matière économique: le premier compte plus que le second sur la croissance pour réduire le déficit.

Il table ainsi sur 2,5% par an contre 2% par an pour le Président sortant. Il est étrange d'en appeler à ce point à la croissance en la tuant au même moment dans l'œuf par un choc fiscal. Pour sortir de cette contradiction, il en appelle à l'Europe et principalement au desserrement des règles d'austérité budgétaire imposées dans le traité européen surnommé «Merkozy».

Que les choses soient bien claires: sans croissance il n'y a pas de désendettement possible, là-dessus Hollande a raison. Mais ce qu'il omet de dire (et avec lui tous les économistes qui le soutiennent) c'est qu'avec une politique de relance keynésienne il n'y a pas de désendettement possible. Ce qu'il faut rechercher, c'est de la «vraie» croissance, pas une amélioration conjoncturelle obtenue à grand renfort de dépense publique, comparable à un «shoot» pour un toxicomane.

Cette «vraie» croissance nécessite la confiance des acteurs économiques, qui passe aujourd'hui plus que jamais par le désendettement lié à des réformes structurelles (réforme des retraites, réforme de l'Etat, des collectivités territoriales, de l'assurance maladie, du chômage...).

Dans le contexte actuel, c'est la capacité à réduire la dépense publique qui est le facteur de confiance qui permet la croissance et donc le désendettement: voilà la politique de Sarkozy. En face, Hollande propose une augmentation des dépenses publiques et des impôts qui provoqueront la défiance et rendront impossibles croissance et désendettement.

Désolé d'avoir été si long, mais là me semble résider la grande question de cette élection présidentielle, la seule qui doive absolument être trancher: celle des finances publiques et de la maîtrise des dépenses publiques.

2. Pourquoi ne pas voter Bayrou au premier tour?

Au vu de ce que j'ai dit jusqu'ici, on comprend que sur cette question fondamentale, François Bayrou est beaucoup plus proche de Nicolas Sarkozy que de François Hollande. Si bien que l'on peut se poser naturellement cette question: pourquoi ne pas voter pour Bayrou plutôt que pour Sarkozy? La réponse à cette question est à double détente: une réponse de fond et une réponse tactique/stratégique.

Sur le fond, on ne peut que saluer les objectifs fixés dans le programme de Bayrou, mais force est de reconnaître que dès que l'on s'intéresse aux actions concrètes il n'y a plus grand chose.

Interrogé récemment sur France Inter, le candidat centriste affirmait qu'il partageait les objectifs de la Cour des Comptes (désendettement basé presque exclusivement sur la baisse des dépenses publiques) mais refusait presque toutes les mesures préconisées par cette institution (gel des salaires des fonctionnaires, fiscalisation des allocations familiales, désindexation des pensions de retraite...).

Il existe un proverbe parfait pour décrire une telle attitude:

«Dieu se rit des hommes qui maudissent les effets dont ils chérissent les causes.»

Par ailleurs, François Bayrou souhaite revenir encore plus vite à l'équilibre budgétaire malgré des prévisions de croissance plus basses (1,5%/an) ce qui passe par une augmentation forte des impôts (plus forte qu'Hollande) en plus de sa réduction très nette des dépenses. Comme énoncé plus haut, un tel programme compromettrait la croissance du pays.

Ces réserves apparaissent cependant mineures par rapport au clivage qui peut exister avec le programme économique de François Hollande. Je le dis très ouvertement: j'aurais très certainement voté pour François Bayrou au 1er tour si les courbes entre lui et Sarkozy s'étaient croisées pendant la campagne.

Il ne faut voir ici nul opportunisme, mais simplement une conception très ancrée de ce qu'est une élection présidentielle. Un tel scrutin n'est pas fait pour témoigner ou envoyer des messages à tel ou tel candidat pour obtenir je ne sais quel infléchissement au second tour.

Ceux qui se livrent à cet exercice devraient se souvenir de 2002. Je me souviendrai toute ma vie de ce dessin du Canard Enchaîné après le premier tour où l'on voyait un socialiste affligé qui disait «Dire que j'ai voté Chevènement pour envoyer un message à Bayrou!».

Voilà ce qui se passe quand on oublie que l'objet d'une élection présidentielle c'est de choisir le prochain Président. Un point c'est tout. Les choses seraient très différentes si l'élection phare de la vie politique française était une élection législative au scrutin proportionnel.

Reste un argument en faveur du vote Bayrou: contrairement à 2002, Sarkozy ne court aucun risque de ne pas être au second tour. Certes, l'écart qu'il a creusé avec Marine Le Pen semble impossible à combler, mais il faut également prendre en compte l'importance de la dynamique du premier tour sur le résultat final.

Pour gagner, Sarkozy doit arriver absolument en tête au premier tour mais il doit également faire un écart supérieur à ce que prédisent les derniers sondages. Seul cet effet de surprise pourra créer une dynamique suffisante pour ébranler le camp Hollande et entrevoir ainsi la victoire.

Pour toutes ces raisons, aucune voix de ceux qui sont convaincus par mon point 1 ne doit manquer à Nicolas Sarkozy au premier tour ce dimanche. C'est là que tout se jouera. 

3. Les mauvaises raisons de ne pas voter Sarkozy

On peut  être convaincu des points 1 et 2 et toutefois rechigner à voter pour Nicolas Sarkozy. J'aimerais donc terminer par mettre en exergue un certain nombre de mauvaises raisons de ne pas voter Sarkozy.

a) Sarkozy n'a pas tenu ses promesses sur l'emploi et le pouvoir d'achat

Il s'agit de l'argument phare des socialistes qui comprennent bien qu'ils ont du mal à séduire les électeurs sur la base de leur propre programme. Cet argument est en tous cas typique de la négation du monde extérieur et de la crise qui a frappé notre pays ces 4 dernières années.

Jusqu'à preuve du contraire, Sarkozy n'est responsable ni de la crise des subprimes ni du surendettement grec qui ont pourtant largement pesés sur la croissance française et donc sur l'emploi et le pouvoir d'achat.

Je veux bien reconnaître que Sarkozy a trop promis en 2007 et que sa première année de mandat a été très mauvaise. Mais force est de reconnaître que sa gestion des crises a été bonne et qu'il a su réorienter avec pragmatisme (certains diront opportunisme) sa politique économique, ce qui est toujours mieux que de persister dans l'erreur.

Quant à l'accusation du PS sur la dérive de l'endettement sous Sarkozy, elle prête à sourire quand on sait que les mêmes socialistes réclamaient en 2009 à cors et à cris un second plan de relance, qui serait venu accroître le déficit et la dette. L'occasion de citer un second proverbe: «les conseilleurs ne sont pas les payeurs».

b) Sarkozy est populiste

Je le reconnais bien volontiers, les thématiques développées par le «candidat du peuple» ne recueillent pas toutes mon assentiment, en particulier la critique des corps intermédiaires et les multiples promesses de référendums.

La raison est toute trouvée: Sarkozy va chasser sur les terres du Front national et son programme flirte avec l'extrême droite. Je ne vois pas la situation ainsi et propose la reformulation suivante: Sarkozy a besoin de ramener vers lui un électorat séduit par l'extrême droite pour pouvoir gagner et appliquer un programme raisonnable (cf. point 1).

C'est un fait électoral que 15 à 20% des Français rejettent les élites, craignent l'immigration et sont très critiques vis-à-vis de l'Europe. Sarkozy a besoin de parler à cet électorat, sans quoi l'élection est perdue d'avance, il doit répondre à ses craintes profondes de délitement de la civilisation européenne et de la nation française. Derrière des attitudes assez extrêmes et peu recommandables se cache souvent une souffrance et un malaise qui mérite l'attention de l'ensemble de la classe politique.

J'ajoute que chacun y va de ses mesures populistes en ces temps de campagne: la TIPP flottante et le blocage temporaire des prix de l'essence proposés par François Hollande est par essence (sans jeu de mot) une mesure démagogue. De même pour le Smic à 1.700 euros de Mélenchon.

c) Le confort moral de l'anti-sarkozysme

Quels que soient les arguments déployés, souvent avec succès, je suis tombé sur certains interlocuteurs qui restent figés sur l'anti-sarkozysme et qui se saisissent du moindre prétexte (comportemental ou portant sur un point mineur de son programme) pour justifier un vote contre lui.

Face à cette tentation du confort moral, je sens bien que mes arguments ne peuvent rien. Ma crainte est qu'elle soit si développée qu'elle suffise à provoquer sa défaite lors de cette élection.

Je terminerais donc par cette adresse un peu solennelle: entre ce qui vous semble être l'intérêt supérieur du pays et le plaisir individuel procuré par un vote contre Nicolas Sarkozy, choisir le premier serait une faute morale qu'aucun prétexte ne peut venir effacer. 

Chacun est face à ses choix et à ses contradictions ce dimanche.

Vincent Le Biez

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