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Moshe Sakal: un peu de douceur pour la France

Moshe Sakal, mis à jour le 20.04.2012 à 17 h 24

Des artistes et intellectuels étrangers sont venus vous parler de la France.

Le 27 mai 2005 à Zurich, Sebastian Derungs/ Reuters

Le 27 mai 2005 à Zurich, Sebastian Derungs/ Reuters

«Je suis venu vous parler de la France»: c'est la façon dont François Hollande a entamé son discours du Bourget, le 22 janvier dernier. Le 19 février suivant, Nicolas Sarkozy employait exactement la même formule. Slate a demandé à des artistes et intellectuels étrangers de venir, eux aussi, nous parler de la France, en répondant à une question: «Qu'est-ce que la France pour vous aujourd'hui?» Voici la réponse de l'écrivain israélien Moshe Sakal.

***

J’étais en France à l’occasion du  premier tour en 2002. Le soir, la rumeur s’est diffusée rapidement. Jean-Marie Le Pen était passé au second tour. Tout de suite, nous sommes sortis de notre appartement, situé avenue de la République, et nous avons marché jusqu’à la place de la Bastille. Quand nous nous sommes rendus sur place, des milliers de personnes étaient déjà arrivées sur les lieux, coléreuses, excitées et elles ont brandi des pancartes. L’atmosphère était tendue par la peur qui frisait la panique. Et les slogans aussi n’ont pas tardé à jaillir. 

«Nous sommes tous des enfants d’immigrés de la 1ère, 2ème, 3ème génération.»

J’étais sur place et j’ai crié ce slogan avec la foule, encore et encore –moi qui étais fils d’immigré en Israël, de la 3ème génération de grands-pères et grand-mères, arrivés à Tel-Aviv du Caire et de Damas, moi qui ai quitté il y a quelques années à mon tour Israël, à destination de la France et qui ai vécu à Paris avec mon compagnon poète, moi l’immigré de première génération.

Entre le FN et les juifs d'Israël et de France, des points communs

En fin de compte Jean-Marie Le Pen n’a pas réussi à modeler la France à son image et à sa personnalité, mais voilà, à l’approche des élections de 2012 en France, on nous apprend que sa fille suit la même voie et qu’elle réussit à drainer vers elles plus d’électeurs que lui. Louis Aliot, le compagnon de Marine, a visité Israël en décembre 2011, à première vue un paradoxe, cette visite en Israël du représentant de droite nationale française. En fait, comme l'explique un article publié par le journal Haaretz à propos de cette visite,  il y a plus de points communs que de points de divergence entre le Front National et certains juifs de France et d'Israël. Ce point commun s’appelle «la peur des musulmans, c’est-à-dire la  peur de la domination de l’islam».

Par ailleurs il est intéressant de voir par exemple en Israël combien la peur de l’islam –ou des arabes qu’ils soient musulmans chrétiens ou autres–  est présente très souvent,  en particulier chez ceux dont les parents sont originaires des pays arabes, et  qui avaient été bien traités par les autorités et par leurs compatriotes. Ce n'est pas moins intéressant ce qu’a déclaré Louis Alliot, à propos d’Avigdor Lieberman, ministre israélien des Affaires étrangères: 

«Il dit des choses que l’on ne peut pas dire en France. En comparaison à Lieberman, nous sommes modérés.»

A chaque veille d’élections en France, les journaux en Israël se posent la question de savoir si le prochain président sera bon ou mauvais pour Israël. Que signifie bon ou mauvais pour Israël? J’ai le sentiment que je n’ai pas envie de savoir. Ce qui est certain avec toutes les différences entre la France et Israël aujourd’hui, la question fondamentale à laquelle doivent faire face les deux pays en 2012, c’est la question de leur  identité nationale et si nous avons réussi ou échoué la question du fameux «melting pot».

Quelque chose a échoué

Etant né en Israël de la troisième génération après l’immigration des grands-pères et grands-mères au pays, j’essaie avec ma plume de corriger le diktat collectif selon lequel il faut oublier l’exil et même le dénier pour être israélien à tout prix.  D’ailleurs, même en France la question de l’identité nationale et du «melting pot», est une affaire urgente. Le meurtre de Toulouse et des faits supplémentaires consolident l’impression que quelque chose ici ne marche plus. Que quelque chose a échoué.

«Donc que faut-il faire? Le faire», comme a préconisé le slogan de mon enfance à Tel-Aviv. Avec toutes les critiques que j’avais à l’égard de la façon dont les choses se déroulent en Israël, finalement j’ai choisi de quitter la France et de revenir vivre dans ma patrie pour créer et essayer d’influencer par ma force modeste  le cours de la vie. Depuis  ma résidence à Tel-Aviv je me tiens au courant de ce qui se passe en France, j’écoute les stations françaises de radio et je lis la littérature française. Que représente la France pour moi aujourd’hui? Le berceau de la culture par exemple. La terre promise sûrement.

Lors de ma dernière visite il y a quelques semaines, au Salon du Livre de Paris, j’ai été stupéfait de découvrir dans les rues la déclaration de Nicolas Sarkozy«La France Forte». Ce slogan et d’autres slogans similaires, je les connais bien, trop bien, de l’endroit d’où je viens. Serait-ce trop naïf de ma part de souhaiter aux français aujourd’hui qu’ils redécouvrent la délicatesse?

Moshe Sakal

Le roman de Moshé Sakal, Yolanda a été publié en France aux éditions Stock dans la série Cosmopolite, dans la traduction de Valérie Zenatti.  

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