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Le vrai vote juste est celui pour Eva Joly

Matthieu Ponchel, mis à jour le 13.04.2012 à 9 h 58

Assez de «vote utile»: chaque point de pourcentage recueilli par Eva Joly le 22 avril sera important pour que le vainqueur de 2012 prenne en compte le signal écologiste.

Eva Joly lors d'un meeting à Strasbourg, le 14 mars 2012. REUTERS/Vincent Kessler.

Eva Joly lors d'un meeting à Strasbourg, le 14 mars 2012. REUTERS/Vincent Kessler.

Depuis cinq ans, les excès du père de la nation alimentent les médias français et internationaux. Bling-bling est devenu un mot courant, un credo, un principe de gouvernement, en rupture avec ce que l'UMP appelle le statu quo des années Chirac, qui laissait au moins supposer qu'un chef de l'Etat représentait l'Etat au sens noble du terme.

Le constat est peu novateur: ma pauvre critique à peine outrée a été émise depuis les débuts du quinquennat et est aujourd'hui relayée par l'ensemble de l'échiquier politique, du peu médiatique Poutou au charlatan Cheminade, du gaulliste Dupont-Aignan aux quatre principaux challengers Hollande, Bayrou, Mélenchon et Le Pen… Même le Premier ministre et notre président 2.0 se sont permis ces derniers temps de critiquer, non pas la «faute morale» (formule dont je ne citerai pas l'auteur, la plus grosse déception de l'année) mais les «décisions inadaptées», tel le bouclier fiscal qui aurait injustement paru injuste.

Contre cette décadence du pouvoir et pour restaurer une intégrité d'Etat, le PS souhaite relancer sa prodigieuse solution électorale du vote utile. Son récit officiel commence avec le traumatisme de 2002. Si nous en sommes arrivés là, ce serait à cause de l'éclatement de la gauche plurielle, de Jospin qui aurait sous-estimé la candidature de Chevènement, de tous ces électeurs gauchistes qui se seraient laissés tenter par le jeune facteur, des mauvais votants…

La suite est connue de tous: les pinces à linges sur le nez, tout le monde est allé voter contre l'extrémisme antisémite. «Je vous ai compris » a failli répondre notre heureux mais vieillissant président. Et puis, tous se sont jurés que cela n'arriverait plus: il faudrait désormais voter utile!

Le scénario de 2007 ne doit pas se reproduire

En 2007, la gauche observe avec crainte l'avènement d'un petit homme aux dents longues et aux ambitions colossales. Ce dangereux mais néanmoins populaire ministre promet de karchériser une cité, de faire la peau aux voyous et de remettre la police à sa juste place (répressive, on s'entend).

La gauche regarde les sondages et mise. Ségolène Royal, alors devant Nicolas Sarkozy dans les intentions de votes, est très largement choisie par les militants, en dépit de ses piètres prestations lors des débats des primaires et malgré l'hostilité des éléphants (qui ne se trompent pas forcément).

Malgré un choix résolument tactique et un vote utile au premier tour, elle ne remportera que 46,94% des voix au second. Nous évitons l'extrême droite au second tour mais obtenons la droite extrême au pouvoir.

Je vois deux principales raisons à cet échec. D'abord, cette élection qui semblait se définir par un TSS (Tout Sauf Sarko/Ségo) a été marquée par l'engouement des classes populaires et d'une bonne partie de la jeunesse pour le candidat de droite.

Ensuite, grâce à cette fabuleuse idée du vote utile, une bonne partie de l'électorat de gauche s'est effectivement engagée pour Royal au premier tour, ce qui a résulté en une infime, quasi inexistante, réserve de voix. L'extrême gauche n'ayant pas fait un gros score, seul le report massif des voix d'électeurs bayrouistes aurait fait accéder Royal à la fonction suprême.

Cependant cette année, s'il demeure la menace d'une vague bleue marine, elle n'existe qu'aux dépends d'un président sortant droitisant et non du candidat de la force molle, qui par définition ne vole pas l'électorat de la droite dure. Alors, le scénario de 2007 ne doit pas se reproduire: le vote de 2012 se doit d'être un vote de conviction et non de tactique, qui plus est mal calculée.

Il est indispensable de croire en la signification de son vote et non en sa très éventuelle portée. Rappelez-vous du «Au premier tour on choisit, au deuxième on élimine» des élections pré-2002.

Défendre le principe de solidarité

Malgré toutes ses qualités (comment ne pas lui en trouver face à Sarkozy?), je ne voterai pas pour François Hollande au premier tour. Je ne crois pas foncièrement en son programme. Je ne crois pas non plus que l'on puisse monter une campagne par opposition à l'adversaire, bien que je reconnaisse qu'après cinq ans de Sarkozy, inverser la tendance est en soi tout un programme. Enfin, je ne crois pas au leader qu'il semble être devenu, après les années quelque peu chaotiques passées à la tête de l'appareil du PS.

Ce bulletin de premier tour, je m'en servirai pour défendre le principe démocratique le plus fondamental: la solidarité.

François Bayrou? L'idée de synthétiser les pragmatismes de gauche comme de droite et de sortir des clivages est très séduisante. Mais l'épicentre du programme centriste demeure la rigueur, injuste et peu judicieuse à l'heure où les inégalités salariales atteignent des niveaux historiques.

Jean Luc Mélenchon? Replacer l'humain au cœur d'un monde déshumanisé me paraît louable et à vrai dire nécessaire. Mais de quel humain parle-t-il? Le «peuple»? Ce concept creux, cette large notion que tout politique semble connaître et s'accapare? Le programme est lui aussi fascinant de populisme. «Il ne faut pas rassurer les marchés. Il faut les frapper, les frapper encore et les frapper un peu plus», dit-il à Libération. Punir les riches, les anoblis et les requins de la finance, pour rendre au peuple (le patriote dira nation) ce qui lui a été volé… Bel exemple de solidarité, à moins que l'humain ne soit pas un terme applicable aux désormais fameux 1%.

Je n'évoquerai pas les candides candidats restants de l'extrême gauche (Lutte ouvrière accusant Mélenchon de vouloir gouverner avec le PS), ni la marionnette faussement émancipée de la droite souverainiste, et encore moins Marine Le Pen (bien que les extrêmes se rejoignent et que l'opposition médiatique avec Mélenchon est bien amusante).

L'homme, et non le peuple, au centre

Mon vote au premier tour ira à Eva Joly et au programme d'Europe Ecologie, qui me semblent défendre au mieux les notions de solidarité, d'intégrité et de justice, qui constituent pour moi les socles majeurs d'une démocratie en bonne santé.

Je vote pour un programme de gauche qui, au milieu des propositions démagogues ou à échéance courte, place la durabilité et l'homme (et non le peuple) au centre de ses propositions.

L'écologie a disparu des préoccupations actuelles alors que la menace persiste. La raison est évidente: la crise touche durement et abondamment les gens. L'immédiateté de la survie les pousse à se réfugier auprès du candidat de l'apparente sécurité (non, la crise n'est pas à attribuer aux immigrants) ou de la contestation (non, la crise ne disparaîtra pas avec le capitalisme).

Le réflexe est compréhensible mais imbécile. Les pansements de l'un, les diatribes de l'autre, ne résolvent pas les problèmes structurels, ils les aggravent sur le long terme.

Au contraire de tous les autres programmes, et malgré les erreurs et les propositions peu ou mal applicables, le projet écologiste est un programme d'avenir.

Je vote aussi pour une femme intègre, Eva Joly, qui a pour elle une histoire forte de combats valeureux. A l'heure où la fonction de juge d'instruction se trouve menacée par le démantèlement judiciaire, il est nécessaire de rappeler que c'est Eva Joly qui fit incarcérer Loïk Le Floch-Prigent, démissionner Dumas et s'attaqua à Tapie… Aujourd'hui, c'est elle que l'on attaque parce qu'elle n'a pas le bon accent, le bon sexe ou qu'elle n'accepte pas la sclérose du système.

En clair, Eva Joly me donne aujourd'hui l'audace d'espérer (pour employer la formule d'une autre surprise électorale, celle-ci américaine).

Je ne suis pourtant pas naïf et je sais lire les sondages: la candidate ne bousculera pas l'ordre établi. Pourtant, chaque point de pourcentage est important pour que le vainqueur de 2012 prenne en compte le signal écologiste et qu'il incorpore à sa victoire ses revendications et ses valeurs. Plus ample sera le score d'Eva Joly, plus éclairé sera son combat, plus justes seront les réformes.

Les électeurs de droite simulent leur malaise

Je voterai toutefois François Hollande au deuxième tour parce qu'il aura besoin de rassembler tout l'électorat de gauche et du centre pour l'emporter face à Nicolas Sarkozy.

Beaucoup d'électeurs à droite simulent leur malaise social vis-à-vis du candidat. Ne croyez pas cette hypocrisie! Si tôt que le choix se fera entre le Président décevant et le candidat socialiste archaïque, tous se rangeront d'un seul homme derrière ce seul homme.

Trop extrême avec les Roms, les reconduites à la frontière? Il aurait fallu être très naïf (un terme pourtant peu en vogue à droite) pour ne pas avoir pressenti la violence et la xénophobie du futur gouvernement en matière d'immigration. C'est incontestable, la droite se rassemblera. Alors, sans état d'âme et avec comme profonde conviction qu'il fera un président correct, je soutiendrai et voterai pour François Hollande au second tour.

Seulement, je souhaite donner du sens au premier: celui du choix, des valeurs et de l'espoir.

Eva Joly, peut-être n'aurez-vous juste que quelques bulletins pour vous soutenir, mais je vous garantis que chacun d'eux symbolisera un choix juste et constituera, finalement, un vote «utile».

Matthieu Ponchel

Matthieu Ponchel
Matthieu Ponchel (2 articles)
Photographe indépendant et militant EELV
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