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La biodiversité ultramarine, un enjeu majeur pour la France

Marie-Hélène Aubert et Maud Lelièvre, mis à jour le 31.03.2012 à 9 h 23

Le patrimoine naturel exceptionnel de l'Outre-mer mérite que l'on réfléchisse à concilier l’aménagement du territoire avec une exigence impérieuse de ne pas le rendre contraire à la préservation de la biodiversité.

Le Cirque de Mafate, en 2010. REUTERS/Charles Platiau

Le Cirque de Mafate, en 2010. REUTERS/Charles Platiau

Force est de le reconnaître, l’environnement et la protection de la nature n’occupent pas une place prépondérante dans cette campagne présidentielle. Les contraintes économiques qui pèsent chaque jour un peu plus sur le quotidien des Français placent à la marge les questions inhérentes à l’avenir de la planète et l’immédiateté domine.

A l’heure où l’ONU lance la Décennie pour la Biodiversité, peut-être est-il judicieux de déplacer le regard vers l’Outre-mer, pour prendre l’entière mesure de l’enjeu que représente la préservation de nos ressources naturelles. Quelques chiffres d’abord. La France est présente dans 8 grandes régions biogéographiques terrestres et marines situées dans les cinq océans de la planète (Atlantique, Indien, Pacifique, Austral, Pacifique), en zone tropicale, équatoriale, australe, antarctique. C’est en Outre-mer que se trouvent plus de 95% de la flore et des vertébrés terrestres du pays, 10% des récifs mondiaux et 55.000 km2 de récifs et de lagons. Pour les férus de classements, la France est le 4e pays du monde par ses récifs coralliens.

Si l’Outre-mer ne représente pas un ensemble de territoires économiquement homogènes, nombre de ceux-là se développent cependant en grande partie autour de la biodiversité. En premier lieu le tourisme évidemment, mais aussi l'agriculture, la pêche, l'innovation industrielle (chimique, pharmaceutique, etc). La protection de la biodiversité est pour l’économie ultramarine une condition de survie.

Ce patrimoine naturel exceptionnel nous oblige. Il nous oblige avant tout à concilier l’aménagement du territoire avec une exigence impérieuse de ne pas le rendre contraire à la préservation de la biodiversité. Dans des territoires où l'espace est restreint et si précieux, il est nécessaire d'organiser la cohérence territoriale et de ne pas envisager le développement des territoires indépendamment des ressources naturelles qui leur confèrent toute leur richesse.

En cela, le développement de filières scolaires et universitaires spécifiques en Outre-mer serait un signal fort en direction de la croissance verte que nous défendons. Ce nouveau modèle générateur d’emplois nouveaux ne saurait faire l’économie de compétences locales de haut niveau. La préservation de la biodiversité exige de repenser nos façons de penser et de faire. Du développement de la recherche dépend notre capacité à innover et à nous adapter à ces enjeux nouveaux. L’érosion de la biodiversité appelle non pas une réaction simpliste d’astreinte individuelle et collective mais bien plutôt un changement que le «progrès» doit porter.

La menace qui pèse sur la biodiversité ultramarine française est bien réelle et les alertes portées doivent se traduire par une volonté politique forte, ambitieuse et réaliste. Les Espèces Exotiques Envahissantes (EEE), à l’origine de dommages écologiques majeurs, frappent de plein fouet ces territoires. Pour les férus de classements toujours, la France est aujourd’hui en septième position mondiale pour l’avifaune menacée. Des cadres règlementaires stricts doivent être intégrés aux politiques publiques de développement. Il est en cela primordial de définir des listes d'espèces à bannir et pour lesquelles des plans d'action sont nécessaires, ainsi que des listes d'espèces devant en contrepartie faire l’objet d’une protection accrue.

Si la communauté internationale peine à se fixer des objectifs à la hauteur de l’urgence à laquelle nous faisons face, révélant les difficultés d’une gouvernance mondiale de la biodiversité, l’Union européenne doit impérativement étendre son programme LIFE, vaste instrument financier destiné à protéger l’environnement aux territoires ultramarins.

Depuis 1992, date de création de ce programme, ceux-ci ne sont pas éligibles aux appels à projets «Biodiversité et Nature» qu’il recouvre. Au regard des chiffres susmentionnés, cette mise à l’écart de l’Outre-mer relève de l’absurdité. La biodiversité a besoin de moyens juridiques et financiers substantiels. Nous ne saurions minorer l’importance d’un soutien toujours plus fort aux territoires ultramarins dans la protection de leur biodiversité. Faute de quoi l’identité culturelle de ces territoires français serait compromise.

Marie-Hélène Aubert et Maud Lelièvre

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