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L’insoutenable légèreté du PS sur l’Internet et l'Open data

Séverin Naudet, mis à jour le 27.03.2012 à 12 h 56

Le directeur de la mission gouvernementale sur la libération des données publiques répond à la chargée de l'économie numérique de François Hollande.

Geography of Twitter replies / walkingsf via Flickr CC License By

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Dans un entretien «exclusif» avec le site 01net intitulé  «le PS précise sa vision du numérique», Fleur Pellerin, en charge de l’économie numérique pour François Hollande, se livre à un exercice de réécriture mensongère de l’histoire en matière de politique numérique. S’agissant de l’Open data elle franchit toutes les limites en prétendant que ce gouvernement n’a rien fait.

La démocratie n’est ni de droite ni de gauche. La transparence de l’action publique et le nécessaire renouvellement de nos institutions doivent être au dessus des idéologies partisanes, et si certains finissent par se rendre compte tardivement à la faveur d’une campagne, qu’Internet et ses nouveaux usages bouleversent nos démocraties et appellent à ce nécessaire renouvellement, tant mieux, mais le mensonge n’efface pas la vérité des faits, il ne faut pas non plus oublier la vacuité des idées, l’absence de propositions nouvelles et l’inaction. Je ne l’accepterai pas.

L'Open data, un engagement fort du gouvernement

Il y a encore un an, l'Open data n'était pas à l'ordre du jour en France. Certains s'étaient égarés en théorisant un modèle propriétaire, un modèle de commercialisation par l'Etat de l'information publique, la culture du secret et d’opacité était l’habitude, mais le Président de la République et le Premier Ministre en ont décidé autrement.

L’ouverture des données publiques, «l’open data», est un engagement fort du Président de la République et du Premier ministre pour une gouvernance ouverte, une démocratie exemplaire et un soutien à l’innovation.

Etalab a été créé le 21 février 2011 afin de coordonner la politique d’ouverture et de transparence grâce notamment à la mise en ligne d’une plateforme unique permettant l’accès et la réutilisation des données publiques en moins d’un an. C'est un acte inédit de transparence et un engagement responsable et courageux du gouvernement.

Les administrations d’Etat ont tout de suite pris la mesure de l'ambition et de la volonté d'ouverture. Tous les services d'Etat se sont mobilisés sans relâche pour rendre accessible en moins d’un an les premières données sur les finances publiques, l'environnement, l'éducation, la sécurité, la justice, les transports, l'agriculture ou la culture dès le mois de décembre 2011.

Les 200 agents impliqués au quotidien apprécieront à sa juste valeur le mépris dans lequel on tient leur dévouement, leur engagement et leur travail exceptionnel au service d’une démocratie exemplaire.

Des milliers de données jamais publiées désormais accessibles et réutilisables

Des milliers de données, jamais publiées, jamais rendues accessibles ou mis en ligne dans des formats réutilisables par tous les citoyens, ont été rendues accessibles sur data.gouv.fr.

Je veux parler, par exemple, d'avoir accès au poste de dépense du budget général de l'Etat, le détail des crédits leur répartition par mission, par programme et par action, c'est-à-dire les données complètes sur le fonctionnement de l'Etat ou de ses agents.

Ces informations, habituellement publiées dans des centaines de documents écrits qui accompagnent la loi de finance sont, désormais, accessibles à partir d'un seul fichier brut dans un format réutilisable.

Je veux parler du nom de chaque association subventionnée par l'Etat et le montant exact, l'objet des subventions qu'elles ont reçu. Je parle encore de l'ensemble des données brutes sur l'investissement du plan de relance entre 2009 et 2010, leur volume, leur distribution géographique qui permettent de réaliser une cartographie des fonds publics investis, de faciliter le suivi des mesures de soutien à l'économie et l'utilisation précise qui en a été faite.

De l'ensemble des données sur la qualité environnementale, comme les mesures de quantité de polluants rejetée de l'air par les installations industrielles dans chaque département.

Des résultats de chaque lycée de France et des indicateurs de qualité qui permettent de comparer ces résultats avec la moyenne nationale attendue pour des élèves similaires. Je parle de la localisation précise de chacun des accidents de la route depuis 2005 ayant fait des blessés, et de la mesure de leur gravité.

Je parle encore de l'inventaire du patrimoine immobilier de l'Etat, avec l'adresse et la nature de l'ensemble des bâtiments publics et infrastructures occupées par l'administration.

Des montants et de la liste des bénéficiaires de chaque aide individuelle de la PAC versée à une entreprise.

Ou encore du détail des annexes budgétaires, notamment le nombre de postes et la masse salariale de chaque cabinet ministériel. Enfin des données de la sécurité sociale, les dépenses de santé et de frais d'hospitalisation remboursés par la caisse nationale d'assurance maladie chaque mois et dans chaque région.

Lionel Jospin s'en est tenu aux paroles

Lionel Jospin a mentionné une fois dans un discours à Hourtin, le 25 août 1997, l’accès à certaines données publiques, et puis plus rien, aucune décision, aucun changement. Le gouvernement de Lionel Jospin n’a jamais décidé la gratuité pour la réutilisation des données publiques. Il ne faut pas confondre incantation et action. Rêve et réalité.

C’est François Fillon qui a fixé les principes d’une «réutilisation libre, facile et gratuite des informations publiques» dans un souci de transparence de l’action de l’État et leur réutilisation, afin de favoriser l’innovation considérant que cela constituait, «une priorité dans la politique de modernisation de l’État et de développement de l’économie numérique».

C’est encore François Fillon qui a interdit le 26 mai 2011 par décret aux administrations de créer de nouvelles redevances pour commercialiser les données publiques sans son autorisation.

C’est le Conseil des ministres présidé par Nicolas Sarkozy qui pour la 1ère fois a rappelé le 31 août 2011 que les administrations devaient s’appliquer à généraliser l’usage des formats libres et ouverts par afin d’encourager la réutilisation des données publiques.

Quant au développement d'un écosystème d’entrepreneurs autour de l’open data c’est bien Etalab qui en à peine quelques semaines a rassemblé en France 30 des plus grands acteurs de l’innovation pour favoriser, amplifier et accélérer le développement d’un écosystème de l’Open data français au sein d’une même communauté de projets : «Dataconnexions». Initiative aujourd’hui reprise par d’autres pays dans le monde.

Où sont les propositions de Fleur Pellerin?

Enfin, de l’avis même de nos voisins précurseurs sur le sujet, La France a largement pris sa place dans le peloton de tête des pays de l’Open data.

Il y a encore beaucoup à faire, nous sommes face à une révolution qui implique des changements structurels et systémiques des institutions. La tâche est à la hauteur de l’ambition.

J’ai moi-même fait des propositions très concrètes pour plus d’ouverture et de E-démocratie, mais où sont celles de Fleur Pellerin?

L'insoutenable légèreté de Fleur Pellerin est pleine d’incertitudes pour l’avenir de l’internet français. Lorsqu’on a découvert internet il y a quelques semaines, essentiellement parce qu’il n’y avait plus rien d’autres en rayon pour exister dans une campagne, et afin de nourrir une ambition politique. Lorsqu’on n’a jamais créé d’entreprise ou d’activité, lorsqu’on découvre, lorsqu’on ne sait pas, on reste modeste et on apprend.

Séverin Naudet

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