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«Nicolas Sarkozy président du chômage»? Du fantasme à la réalité

Trop Libre, mis à jour le 17.03.2012 à 9 h 05

Pour Christophe de Voogd, il faut ouvrir les yeux: le chômage français est bien l’enfant de la crise et non celui du candidat de l'UMP.

Nicolas Sarkozy visite l'usine Le Bronze Industriel, le 15 mars 2012 à Suippes. REUTERS/Michel Euler/Pool

Nicolas Sarkozy visite l'usine Le Bronze Industriel, le 15 mars 2012 à Suippes. REUTERS/Michel Euler/Pool

Nicolas Sarkozy, «président du chômage», l’assertion veut dire deux choses:

1/ le chômage connaît une hausse sans précédent depuis 2007: le chiffre d’un million de chômeurs supplémentaires est sans cesse mis en avant, ainsi qu’une augmentation de 35% voire de 50% du chômage.

2/ cette hausse concerne l’ensemble du quinquennat; elle est donc due, pour une bonne part, à la politique de Nicolas Sarkozy.

Petit discours de la méthode

Qu’en est-il en réalité? C’est-à dire lorsqu’on veut bien se fonder sur la même source d’un bout à l’autre de la période (en l’occurrence l’Insee); retenir des séries homogènes neutralisant les modifications de modes de calcul; ne pas passer subrepticement de la France métropolitaine (cadre retenu ici) à l’ensemble du territoire national, DOM compris; et enfin ne pas –tout aussi discrètement– confondre chômage complet et chômage partiel. Cohérence méthodologique élémentaire qui semble ne plus du tout intéresser les commentateurs…

1/ Depuis la prise de fonctions de Nicolas Sarkozy (deuxième trimestre 2007), jusqu’à décembre 2011, le nombre de chômeurs complets au sens du BIT est passé de 2.256.000 à 2.678.000 personnes, soit une hausse en pourcentage de 18,7% en près de cinq ans: explosion?

2/ L’examen détaillé des chiffres montre que le quinquennat se décompose clairement en quatre périodes: baisse sensible du chômage du printemps 2007 au début 2008, lente remontée dans l’année 2008, forte hausse de début 2009 à début 2010; recul modeste ensuite; enfin reprise forte du chômage depuis le troisième trimestre 2011 jusqu’à présent.

Un chômage de crise

Autrement dit: l’évolution du chômage en France a suivi très exactement la chronologie de la crise internationale, si l’on tient compte d’un « effet retard » normal sur le marché du travail d’un à deux trimestres par rapport aux événements boursiers et financiers: première alerte boursière à l’été 2007; faillite de Lehman Brothers (septembre 2008); amélioration de la conjoncture en 2010; crise des dettes publiques depuis 2011, dans laquelle nous sommes toujours.

Il faudra bien l’admettre: le chômage français est bien l’enfant de la crise et non celui de Nicolas Sarkozy…

Mémoire courte et géographie aveugle

Dès lors, pour apprécier équitablement la politique menée en France face à la montée de ce chômage, un minimum de comparatisme serait de bon aloi; ce comparatisme en faveur duquel plaidait, en vain semble-t-il, l’historien Marc Bloch il y a un petit siècle, quitte à perturber notre habitus national qui a la mémoire aussi courte que la géographie aveugle.

Mémoire courte: pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, le taux de chômage est passé à 9,4% de la population active. En 1993, il était à 10%. Et lorsqu’on s’inquiétait à juste titre des 30.000 chômeurs de plus par mois à l’automne 2011, rappelait-on le chiffre de mars 1993, fin d’une législature socialiste: + 54.600 chômeurs? Pourquoi cette amnésie? Crise dans les deux cas: laquelle aura été la pire?

Géographie aveugle: durant la période 2008-2011, le chômage dans la zone euro est passé de 7,1% à 10,4% (source Eurostat). Ne parlons même pas de la Grèce, ni de l’Espagne, ni de l’Irlande, ni du Portugal! Ah oui, dira-t-on, mais l’Allemagne? Evolution exemplaire, le président-candidat est le premier à le dire et que l’on a bien raison de lui opposer. On attend donc les propositions socialistes, en matière d’économies budgétaires et de réforme du marché du travail…

Des chiffres dérangeants…

La conclusion devrait donc être que, face à une crise internationale sans précédent depuis les années 1930, la hausse du chômage en France a été moins défavorable en moyenne qu’ailleurs: la France avait, par rapport à l’ensemble de la zone euro, un taux de chômage supérieur de 1 point début 2008 (8,1% contre 7,1%); il est inférieur de 1 point fin 2011 (9,4% contre 10,4%).

Soyons exhaustifs, le taux remonte avec l’Outre-mer à 9,8%; mais le fait demeure: la France a mieux –ou moins mal résisté– comparativement à la crise… Il n’y a là certes pas de quoi pavoiser. Mais pourquoi le silence assourdissant sur ces chiffres?

Quand on veut tuer son président…

Devant ce terrible constat, l’atroce conclusion pourrait en effet être que Nicolas Sarkozy n’a pas si mal géré les choses. Mais gardons-nous en bien! Et, comme disait Rousseau, «écartons tous les faits!». Voilà la bonne vraie méthode:

«Quand on veut tuer son président, on dit qu’il a… le chômage!»

Christophe de Voogd
Responsable du blog Trop libre

Trop Libre
Trop Libre (28 articles)
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