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Et si la communication politique devenait responsable?

Vincent Dumont, mis à jour le 10.03.2012 à 8 h 14

Les hommes politiques qui ont essayé y ont laissé des plumes, démontrant que la stratégie de l’image, du court-terme et de l’illusion étaient les seules possibles… Est-il possible aujourd’hui de faire bouger les lignes, de passer d’une propagande politique futile à une communication politique responsable?

Fly, tweet, fly / The Daring Librarian via FlickrCC License by

Fly, tweet, fly / The Daring Librarian via FlickrCC License by

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, la futilité atteint son paroxysme. Les politiques de tous bords sont de plus en plus portés sur la «petite phrase», le «petit tacle» ou le «dernier tweet». On s’amuse, on gesticule, on privilégie les coups de com’ au fond… Et les électeurs dans tout ça?

Il faut dire que la démocratie a cela d’extraordinaire qu’elle n’est ni contestée, ni contestable, alors même qu’elle génère un formidable paradoxe: la vérité politique et la vérité électorale ne vont pas de pair, elles sont même antagonistes.

Cet antagonisme a pour conséquence la défiance que l’on constate aujourd’hui entre l’homme politique et l’homme citoyen: prisonnier du système et de sa «délégation de mandat éphémère», l’homme politique est de fait obsédé par la conquête et la conservation du pouvoir, sans se consacrer à la question essentielle: que vais-je faire du pouvoir qui m’est confié?

Il n’a donc d’autre choix que de privilégier une communication d’image à une communication d’idées, que de proposer un programme court-termiste plutôt qu’une vision prospective, que de préférer les promesses utopiques aux propositions réalistes et responsables.

Seul problème: en faisant des promesses qu’il ne pourra tenir, faute de moyens d’actions, il génère, élections après élections une profonde déception, voire une désillusion dans l’opinion publique. Pour Napoléon, un chef était un marchand d’espérance, mais l’empereur n’avait pas, à l’époque, le risque de la sanction de l’électeur pour publicité mensongère!

Le citoyen français est un personnage complexe habité par un grand paradoxe: alors qu’il souhaite une vision d’avenir pour lui et ses enfants, il cède trop souvent aux sirènes des fausses espérances… pour s’apercevoir cinq ans plus tard qu’elles n’étaient qu’un leurre électoraliste.

Certains hommes politiques, Pierre Mendès France, Michel Rocard ou encore Jacques Delors, pour ne citer qu’eux, ont bien tenté de prendre ce chemin responsable mais y ont laissé quelques plumes, démontrant ainsi que la stratégie de l’image, du court-terme et de l’illusion étaient les seules possibles… vérité politique, vérité électorale!

Alors, face à ce constat, est-il possible aujourd’hui de faire bouger les lignes, de passer d’une propagande politique futile à une communication politique responsable?

Il est intéressant de constater le vide abyssal qu’il existe lorsque l’on cherche des écrits sur la notion de «Communication Politique Responsable», à croire qu’il existe une antinomie entre communication politique et responsabilité!

Pourtant, il n’y a pas de fatalité à être contraint de choisir entre une communication «qui conduit à la victoire» et une communication  «qui donne sens à un projet réaliste».

Voici quelques évidences qu’il serait bon de relayer davantage:

  • Faire prendre davantage conscience de l’évolution de la sphère d’influence de l’homme politique, pris aujourd’hui dans un malstrom qu’il ne contrôle pas. Le pouvoir d’agir d’antan est de plus en plus dans les grandes institutions financières internationales, mais aussi à Bruxelles sur le plan législatif. Intégrer cette réalité, c’est devenir plus lucide quant aux attentes vis-à-vis de l’homme politique, et donc plus lucide quant à la vacuité des solutions proposées. En revanche, une approche plus coopérative, centrée sur le Vivre Ensemble, où chacun trouve sa place, a un avenir non contestable.
  • Cesser de promouvoir et d’encenser la place de la communication numérique et notamment des réseaux sociaux dans la campagne, du moins dans leur usage actuel. La stratégie vise avant tout à occuper le terrain en occultant l’essentiel: le projet. Il est intéressant à ce sujet de remarquer que le projet des candidats n’est pas systématiquement en ligne sur leur site de campagne.

Sans attendre ce réveil des consciences, on peut noter quelques initiatives qui vont dans le bon sens. La création du véritomètre, qui participe à cette volonté de davantage de vérité, de plus de responsabilité.

Alors, vérité politique ou vérité électorale? Responsabilité ou irresponsabilité? Le pouvoir est aujourd’hui entre les mains des communicants qui œuvrent pour la seconde option. Souhaitons pour l’avenir de notre pays que ce pouvoir change de main!

Vincent Dumont

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