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Welcome Mr Hollande!

Denis MacShane, mis à jour le 07.03.2012 à 12 h 50

Pour le député travailliste Denis MacShane, le socialiste a marqué les esprits lors de son passage à Londres. De candidat honorable, il est passé au statut de véritable représentant de la nouvelle génération de leaders qui manque tant à l'Europe d’aujourd’hui.

François Hollande et Ed Miliband, à Londres le 29 février 2012. REUTERS/Lefteris Pitarakis/Pool

François Hollande et Ed Miliband, à Londres le 29 février 2012. REUTERS/Lefteris Pitarakis/Pool

Il est venu. Il a vu. Il a séduit. Rarement la visite d'un homme politique du continent a rencontré un tel succès. Le passage, pourtant bref, de François Hollande à Londres a montré la formidable progression de sa lente métamorphose: de candidat honorable, il est passé au statut de véritable représentant de la nouvelle génération de leaders qui manque cruellement à l'Europe d’aujourd’hui.

Première observation marquante: l’absence d’agitation inutile. Tout le long de sa conférence dans le prestigieux amphithéâtre du King’s College à Londres, le corps de François Hollande est resté parfaitement stable et aligné. Ses pieds étaient fermement arrimés au sol, à l’image de ceux des officiers de la Garde de sa Majesté la Reine –quel contraste avec un Nicolas Sarkozy en état d’ébullition permanente et gesticulant constamment! Les Anglais ont découvert en François Hollande un homme équilibré, parfaitement bien dans sa peau.

Il n’en reste pas moins que pour les conservateurs britanniques, François Hollande constitue un paradoxe. En effet, on croit encore outre-Manche que la gauche française n’est composée que de communistes et de trotskyistes, synonymes de nationalisations et d’étatisme.

Pourtant, un des projets politiques actuels les plus importants de la droite britannique vise précisément à réduire le taux d’imposition sur les revenus de plus de 150.000 euros par an de 50% à 45%, soit le même taux que celui proposé par François Hollande en France.

Un projet de loi pour faire payer plus d'impôt...

Par ailleurs, c’est bien David Cameron qui a retiré son titre de Chevalier, une des plus hautes distinctions conférées au nom de la reine, au banquier Sir Fred Goodwin dernièrement, aussi brutalement que l’on avait arraché ses épaulettes au Capitaine Dreyfus. C’est encore David Cameron qui a récemment fait pression sur de grands dirigeants de banques pour qu’ils renoncent à leurs bonus. David Cameron a même été jusqu'à faire adopter un projet de loi rétroactive pour qu’une grande banque, Barclays, paye plus d’impôts.

D’ailleurs, 50% des hommes d’affaires britanniques viennent d’adresser un appel aux conservateurs visant à ramener leur taux d’imposition à 45%, soit celui justement proposé par François Hollande.

Pendant sa conférence au King’s College de Londres, François Hollande a su séduire les Anglais, en faisant notamment référence à Churchill et à la coopération militaire franco-britannique en Afghanistan et en Libye. Les grands différends sur l’Irak du temps de Tony Blair appartiennent désormais au passé.

Il a affirmé son engagement en faveur de l’Europe, tout en se prononçant pour une Europe bien différente de celle de l’austérité menée par l’actuel triangle Berlin-Paris-Londres. Bien que la Grande-Bretagne ne fasse pas partie de la zone euro, elle applique la même politique de rigueur que celle appliquée par les conservateurs au pouvoir à Paris, Berlin, Rome et Madrid, et qui n’est pas sans rappeler la politique de rigueur déflationniste qu’un Herbert Hoover ou Heinrich Bruning avaient mis en place dans les années 1930. Aujourd’hui, la croissance du Royaume-Uni est en berne, avec un taux de chômage record chez les jeunes de 25%. Le nord de l’Angleterre est revenu à son triste niveau de développement de l’époque du tournage du film The Full Monty.

Un socialiste à l'Elysée? Le Foreign Office ne serait pas contre

François Hollande a plaidé pour une véritable politique de croissance. Son intention de réviser, une fois élu, l’accord passé entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, a été bien reçue à Londres, à l’heure même où les conservateurs commencent à s’inquiéter sérieusement du manque de dynamisme de l’économie britannique, et où l’on voit apparaître partout en Europe les manquements d’une politique anti-croissance.

Pour les diplomates du Foreign Office, l’élection d’un président socialiste ne serait pas mal venue. En effet, la plus grande crainte de Londres depuis des siècles est l’arrivée d’une puissance ou idéologie hégémonique sur le continent européen. Aussi, l’idée d’une Europe dominée par Berlin et soutenue par une France attentiste et s’inclinant devant chaque désir de l’Allemagne, n’est pas du tout du goût des Anglais. Une France indépendante, avec un président capable de mettre un terme au Merkozysme tout en gardant de bons rapports avec Berlin, serait vivement appréciée à Londres.

Certes, François Hollande reste peu connu en Grande-Bretagne. Toutefois, l’idée que l’on puisse craindre qu’il n’ait jamais occupé de poste ministériel, apparaît bien saugrenue à Londres, où David Cameron et Tony Blair ont en commun d’avoir fait leur entrée au 10, Downing Street sans avoir jamais été ministre au préalable.

Blair et Cameron n'ont jamais été ministres

Ce n’est pas que Londres n’aime pas Nicolas Sarkozy. Après la lenteur et le cynisme de Jacques Chirac, l’énergie et l’ouverture de Nicolas Sarkozy ont impressionné la classe politique anglaise, aussi bien du côté de Gordon Brown que du côté de David Cameron. Il reste qu’aujourd’hui, on envisage une présidence de François Hollande avec calme et tranquillité. A son arrivée à la présidence en mai 1981, François Mitterrand lui-même était parfaitement inconnu du monde anglo-saxon en dehors de quelques spécialistes comptés.

Avec sa visite à Londres, François Hollande, qui était accompagné d’anglophones figurant parmi les plus fins connaisseurs de la Grande-Bretagne du Parti socialiste comme Pierre Moscovici, Harlem Désir et Elisabeth Guigou, s’est fait connaître, notamment grâce à un passage réussi au journal télévisé du soir de la BBC.

Si le président Hollande accède bien à l’Elysée, nul doute que la France et la Grande-Bretagne continueront à faire du business ensemble.

Denis MacShane

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Denis MacShane (8 articles)
Ex-député travailliste, ancien ministre britannique des Affaires européennes.
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