France / Politique

Sarkozy-Hollande, la guerre de l'ethos

Temps de lecture : 4 min

La bataille électorale entre les deux candidats principaux de la présidentielle a démarré sur un registre clair: le caractère et les valeurs.

François Hollande et Nicolas Sarkozy, le 28 avril 2011. REUTERS/Philippe Wojazer.
François Hollande et Nicolas Sarkozy, le 28 avril 2011. REUTERS/Philippe Wojazer.

«Vérité!», «courage!», «mensonge!», «falsification!», «manipulation!», «sérénité!»… La bataille électorale entre les deux candidats principaux de la présidentielle a démarré sur des chapeaux de roue et sur un registre clair: le caractère et les valeurs. Ce que la rhétorique classique appelait l’ethos, où se jouent les deux enjeux décisifs pour le leader démocratique: sa crédibilité et sa représentativité. Enjeux qui pèsent différemment selon le contexte: la crédibilité est déterminante en temps de crise; la représentativité l’est par temps plus calme. Dans tous les cas, la «qualité morale» de l’orateur est, nous dit Aristote dans sa Rhétorique, ce qui emporte toujours la conviction populaire.

Valeurs contre valeurs

L’on est dès lors surpris… de la surprise de nombreux commentateurs, étonnés de voir brandies par le «président-presque candidat» dans son interview au Figaro magazine les trois valeurs classiques de la droite: travail, responsabilité, autorité. Auxquelles le désormais candidat a opportunément ajouté –par deux fois— dans son interview à TF1 la solidarité, valeur essentielle du centre, «danger Bayrou» oblige!

Mais, dans ce combat, François Hollande dispose de cartes maîtresses: sa représentativité, confortée par l’image de l’homme «normal» et son style débonnaire; l’ancrage de sa crédibilité à la suite de la «séquence» réussie du Bourget et de ses prestations à la télévision; enfin, et surtout, la valeur décisive de la justice: car «le mot justice reste le terme approprié pour qualifier certaines conduites dont l’utilité sociale est infiniment plus importante et qui, pour cette raison, s’imposent de façon plus absolue et plus impérative que n’importe quelles autres sortes de conduite» (John Stuart Mill).

Il reste à François Hollande (qui a un peu rapidement écarté ce combat de valeurs, cette «guerre des dieux» qui constitue l’essence même de la politique selon Max Weber) à formuler de façon claire son propre triptyque: quelque chose comme «Justice», «Egalité», «Services publics»?

Avantage Hollande

A ce stade, le «match de l’ethos» entre les deux candidats est en tout cas à son avantage: perçu comme représentatif et désormais crédible, il mène sur le score de 2 à 1 face à son adversaire, fort pour sa part de sa crédibilité de «capitaine dans la tempête», mais dont l’image est minée par les polémiques autour de son comportement (représentativité de l’homme) et les démentis que la crise a infligés aux promesses de 2007 (crédibilité du dirigeant). Ne cherchons pas ailleurs l’explication de l’écart actuel dans les sondages, particulièrement au second tour, où se mesure directement l’affrontement des deux «ethos».

Positions et situation attestées de sondage en sondage; mais les jeux sont-ils pour autant déjà faits? Le candidat socialiste aurait tort de vivre sur son capital et de se contenter de gérer son avance en misant sur la seule force de l’anti-sarkozysme. D’abord parce qu’à ce jeu, il a bien des concurrents et mieux placés que lui, l’opinion ne leur demandant pas une crédibilité présidentielle: Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Ensuite parce qu’il affronte un adversaire qui n’est pas vraiment du genre inactif et qui revendique, paradoxalement pour un président sortant mais habilement, une position de challenger.

Celle-ci lui permet d’attaquer et de mettre à mal l’ethos de l’adversaire: d’où les déclarations virulentes sur les «mensonges» à Annecy et à Marseille. Exercice qui n’est pas sans difficultés pour autant: car si l’attaque est trop dirigée ad hominem, l’adversaire peut bénéficier d’un effet de «victimisation» et répondre également… ad hominem, fuyant ainsi le débat de fond! Mais qui, si l’idée de «double discours» faisait son chemin dans l’opinion, pourrait nuire à François Hollande.

Il est vrai que les projets de ce dernier posent un problème sérieux à son dispositif rhétorique: alors qu’il déclare vouloir s’en prendre aux seuls «riches» (niveau qu’il faudra bien un jour définir…), la suppression des avantages sur les heures supplémentaires, l’augmentation des droits de succession, la réforme du quotient familial, la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu vont toucher de plein fouet les classes moyennes et/ou populaires. On s’étonne que l’argument ne soit pas davantage –voire exclusivement- exploité par la majorité sortante…

Justice et représentativité

Mais cela ne dispense nullement Nicolas Sarkozy –défi redoutable– de redresser rapidement son image en termes de représentativité. Au-delà du problème posé par un Sénat d’opposition, le recours au référendum n’a pas d’autre finalité. En se présentant comme «l’homme qui redonne la parole au peuple», il cherche à dissiper l’image délétère de «Président des riches», perçue, dit-on, à l’Élysée comme l’obstacle le plus redoutable à un second mandat. Avec raison: car c’est la valeur «justice», cardinale nous l’avons vu, qui est ici en cause.

Pour contrer la charge, il faudra néanmoins bien davantage: donner au quinquennat écoulé une véritable lisibilité –autour de la « valeur travail » par exemple, socle du sarkozysme; démontrer que les «riches» n’ont pas été, au final, favorisés par ce quinquennat; que les classes moyennes et populaires n’ont pas été sacrifiées. Bref, désamorcer l’argument capital de la justice.

Assumer le bilan

Autrement dit –sauf crise extérieure majeure qui, de la Grèce à l’Iran, n’a rien d’improbable–, la question du bilan ne pourra pas être éludée: brandi comme une arme nucléaire par les concurrents de Nicolas Sarkozy, considéré par la majorité des commentateurs comme l’argument imparable contre sa réélection, ce bilan devra faire l’objet d’une pédagogie particulièrement soignée mais non impossible. Ce sera sans doute la prochaine étape –avant celle du programme à proprement parler– de la campagne du président-candidat. Mais soyons sûrs que la guerre de l’ethos ne cessera pas pour autant ! Et que les deux camps disposent encore d’autres armes nucléaires…

Christophe De Voogd

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