Quand Poutine défend le renforcement de l'armée

Slate.fr publie en français un texte du Premier ministre russe paru dans le journal Rossiiskaya Gazeta, où il justifie l'important effort budgétaire que planifie le pays en matière militaire.

Vladimir Poutine rentre dans un char, le 9 septembre 2011 à Nizhny Tagil. REUTERS/Alexey Druginyn/RIA Novosti/Pool.

- Vladimir Poutine rentre dans un char, le 9 septembre 2011 à Nizhny Tagil. REUTERS/Alexey Druginyn/RIA Novosti/Pool. -

Le 20 février, le Premier ministre russe Vladimir Poutine a publié dans le journal russe Rossiiskaya Gazeta une tribune sur la nécessité pour le pays de renforcer son arsenal militaire. Une version de ce texte a été publiée en anglais le 21 février par notre partenaire Foreign Policy, et nous la publions à notre tour en français.

***

Dans un monde riche en bouleversements, la tentation de résoudre ses problèmes aux dépens des autres est toujours présente, que cela soit par les pressions ou par la force. Il n’est pas surprenant que certains appellent à ce que des ressources d’importance globale soient soustraites à la souveraineté d’une unique nation. Il ne peut en être ainsi en ce qui concerne la Russie: nous n'envisageons pas cette hypothèse.

En d’autres termes, nous ne devons pas tenter qui que ce soit en nous laissant aller à être faibles. Nous ne renoncerons pas, quelles que soient les circonstances, à nos capacités stratégiques de dissuasion. Nous allons même les renforcer.

Nous ne serons pas capables de renforcer notre position internationale, de développer notre économie ou nos institutions démocratiques si nous ne sommes pas en mesure de protéger la Russie.

Nous voyons éclater de nouvelles guerres régionales et locales. Nous observons de nouvelles zones d’instabilité et un chaos délibérément nourri. Il existe même des tentatives de provoquer de tels conflits à proximité des frontières de la Russie et de ses alliés. Les principes de base du droit international sont méprisés et mis à mal, en particulier dans le domaine de la sécurité internationale.

Dans ce contexte, la Russie ne peut pas compter sur les seules méthodes diplomatiques et économiques pour résoudre les conflits. Notre pays fait face au défi de développer suffisamment son potentiel militaire dans le cadre d’une stratégie de dissuasion. C’est une condition indispensable au sentiment de sécurité de la Russie et à l’écoute des arguments de notre pays par nos partenaires.

Nous avons adopté et nous mettons en place des programmes sans précédent pour développer nos forces armées et moderniser l’industrie de défense russe. Nous allons allouer au cours de la décennie à venir environ 23.000 milliards de roubles [plus de 580 milliards d'euros] pour atteindre ces objectifs. Il ne s’agit pas néanmoins d’une militarisation du budget russe.

Notre objectif est de construire une armée totalement professionnelle. Les militaires doivent avoir pouvoir tirer un ensemble d’avantages sociaux correspondant à leur immense responsabilité vis-à-vis de la société.

Il est très clair qu’il y a eu beaucoup de discussions en ce qui concerne le montant et le calendrier de mise en place de ce financement d’importante ampleur. L’objectif de créer des forces armées modernes et de renforcer tous les aspects de nos possibilités de défense ne peut être reporté à plus tard.   

En réalité, nos centres de défense et nos entreprises ont souffert de l’absence de cycles de modernisation successifs au cours des trente dernière années. Nous avons cependant réalisé de grandes avancées dans la réforme de l’armée. Des forces de réaction rapide constituées par des soldats professionnels ont été mises en place dans tous les domaines stratégiques. Des unités autonomes ont été créées. Une unité de ce genre a ainsi mené les opération de maintien de la paix en Géorgie en 2008 et défendu les peuples d’Ossétie du sud et d’Abkhazie.

Notre marine a maintenu sa présence dans les zones stratégiques des océans du globe, notamment en Méditerranée.

Que nous réserve donc le futur? La probabilité d’une guerre mondiale entre les puissances nucléaires est réduite, car cela signifierait la fin de la civilisation. Personne n’osera entreprendre une agression à grande échelle contre nous.

Les armes conventionnelles de haute précision et de longue portée vont devenir de plus en plus communes. Nous sommes conduits à agir en raison des politiques de défense antimissile des États-Unis et de l’Otan. Un équilibre global des forces peut être garanti soit en construisant notre propre bouclier de défense antimissile, une entreprise coûteuse et à ce jour largement inefficace, soit en développant notre capacité à triompher de n’importe quel système de défense antimissile et à ainsi protéger le potentiel de rétorsion de la Russie, ce qui est bien plus efficace. La réponse technique et militaire de la Russie au système américain de défense antimissile globale et à sa partie européenne sera efficace et asymétrique.

De la même façon, les activités menées par les principales puissances militaires mondiales autour de l’Arctique forcent aujourd’hui la Russie à assurer à la sécurité de ses intérêts dans cette région.

Des gens soutiennent que la reconstruction de notre complexe militaro-industriel accablera notre économie d’un poids important, le même qui avait mené l’Union soviétique à la banqueroute. Je peux assurer que c’est profondément illusoire.

L’URSS s’est effondrée en raison de la suppression des forces naturelles du marché dans l’économie et en raison d’une longue négligence des intérêts du peuple. Nous ne pouvons pas répéter les erreurs du passé.

Les ressources gigantesques investies dans la modernisation de notre complexe militaro-industriel et le rééquipement de notre armée doit servir de carburant pour nourrir les moteurs de la modernisation de notre économie, en créant une réelle croissance et une situation où les fonds publics financent de nouveaux emplois, soutiennent la demande et facilitent la recherche scientifique.

Nous serons résolus à éliminer la corruption de l’industrie de défense et des forces armées, en nous assurant que la punition pour ceux qui auront contourné la loi sera inévitable. Dans le secteur de la sécurité nationale, la corruption équivaut à la trahison.

Nous devons compter sur les derniers développements de l’art de la guerre. Être à la traîne signifie être vulnérable. Cela signifie mettre en danger notre pays et les vies de nos soldats et de nos officiers.

L’objectif est de renforcer et non d’affaiblir notre économie et de créer une armée et une industrie militaire qui garantiront la souveraineté de la Russie, le respect de la part de nos partenaires et une paix durable.

Vladimir Poutine

Devenez fan sur , suivez-nous sur
L'AUTEUR
Vladimir Poutine Premier ministre russe, président de 2000 à 2008. Ses articles
TOPICS
PARTAGER
LISIBILITÉ > taille de la police
SLATE CONSEILLE
L'armée, rouge colère
Aaah! Vlad!
La vie mystérieuse et si privée de Poutine
Le futur président russe
La triple vie de l'espion Poutine
À la une de Slate »
DÉBATS & IDÉES
Publié le 23/02/2012
Mis à jour le 23/02/2012 à 11h25