La théorie de la banque libre désigne un mode différent de fonctionnement du système bancaire, caractérisé par l’absence de banque centrale. Une telle idée semble aujourd’hui inconcevable, vu l’importance que prennent les banques centrales dans notre quotidien.
Après la crise des subprimes, l’idée selon laquelle le système bancaire serait plus stable et performant si l’on supprimait la banque centrale semble incongrue; et pourtant, même notre pays, au vieux fond colbertiste, a connu un épisode de liberté bancaire à la fin du XVIIIe siècle, plus exactement entre 1796 et 1803. Des économistes français de tradition libérale comme Pierre Samuel Du Pont de Nemours, Charles Coquelin et Jean-Gustave Courcelle-Seneuil ont défendu avec ferveur la liberté bancaire dans les colonnes de l’illustre Journal des Économistes.
L’histoire nous apprend que l’idée d’après laquelle l’activité bancaire doit être nécessairement encadrée et réglementée est finalement loin d’être évidente. Intéressons-nous à l’histoire du système bancaire afin de comprendre les raisons d’un tel renversement idéologique.
Au même titre que toutes les autres activités économiques, l’activité bancaire est née de manière spontanée de l’initiative privée. Sa visée première consistait à faciliter la gestion des moyens de paiement, s’apparentant surtout à un rôle de «coffre-fort». L’acheminement des monnaies de l’époque, fabriquées à partir de métaux précieux, était dangereux et peu aisé.
Les premières banques proposaient donc aux particuliers et aux commerçants de déposer l’or dans des coffres-forts et, en échange, remettaient des billets à valoir sur l’or déposé afin de faciliter les transactions. En somme, le but de ces banques n’était pas de financer l’activité économique mais de rendre plus aisés les échanges commerciaux. Le financement de l’économie reposait essentiellement sur l’intermédiation, autrement dit le transfert de l’épargne entre épargnants et entreprises.
L’activité de la banque «coffre-fort» a ensuite évolué vers des formes plus modernes où les réserves sont désormais fractionnaires. Pourquoi une telle évolution? À travers leur pratique quotidienne, les banquiers constatèrent que les demandes nettes de conversion en monnaie métallique étaient faibles par rapport aux réserves détenues dans leurs coffres. Ils eurent donc l’idée de prêter la partie stable des réserves et c’est ainsi que sont nées les banques modernes.
Cette transformation du rapport entre le déposant et sa banque occasionna d’ailleurs une modification du contrat qui les liait. En effet, tant que la couverture était totale, le déposant payait sa banque pour les services de «gardiennage» et la gestion des comptes et des moyens de paiement. À partir du moment où la couverture métallique devenait partielle, le déposant s’exposait de facto au risque de ne pas pouvoir convertir quand il le souhaitait son dépôt en monnaie métallique (or, argent) et, en conséquence, ses dépôts devinrent rémunérés. Il apparaît donc que dès lors qu’une banque est à réserves fractionnaires, elle gère non seulement les moyens de paiement mais à travers l’activité de prêt et de création monétaire, participe également au financement de l’activité économique et commerciale.
Dans un contexte de liberté économique, le processus de transformation s’est inscrit dans le temps. Dans un tel environnement, les banques à «réserves fractionnaires» peuvent proposer des taux de couverture en monnaie métallique qui varie en fonction du comportement de la clientèle et de l’appétence au risque de chaque établissement.
En effet, les réserves détenues dépendent de la moyenne des demandes de conversion en monnaie métallique dont la part importante revient à la compensation interbancaire ainsi que de la volatilité de ces demandes. En d’autres termes, une partie des réserves sont constituées à titre de précaution.
Par ailleurs, dans un système de banque libre, les établissements émettent de façon privée aussi bien les billets que les chèques ou tout autre moyen de paiement, l’innovation en la matière étant assez forte afin d’obtenir de nouveaux clients. Comment les billets circulent-ils dans ces conditions? Deux solutions existent: soit les banques d’une même zone géographique décident d’accepter leurs billets respectifs sans décote (au pair) ; soit émerge un marché secondaire du billet de banque qui donne le taux de change entre les billets émis par les différents établissements en fonction de leur conversion en monnaie métallique.
Ce sont les mécanismes mêmes de la compensation qui sont au cœur du contrôle de la création monétaire de chaque établissement. En effet, une banque qui serait tentée d’émettre plus de billets en accordant plus facilement des crédits pour conquérir des parts de marché verra ses billets revenir plus souvent au titre de la compensation.
Si ses réserves se révèlent insuffisantes, elle se retrouvera rapidement en situation d’«illiquidité» ce qui va la contraindre à ralentir son émission monétaire sous peine de faillite. Cependant, que se passerait-il si les banques d’un même territoire s’accordaient pour augmenter de concert leur émission monétaire?
Tout d’abord il convient de souligner que la probabilité qu’un tel accord se mette en place est faible dans la mesure où les coûts de coordination sont élevés étant donné le nombre d’établissements. Imaginons pourtant qu’une telle augmentation de concert soit possible, les banques se verraient alors contraintes par un retour plus rapide de leurs billets respectifs pour conversion en raison de la distribution élargie de crédit.
Dans un système de banque libre, la probabilité de voir se développer l’inflation est donc faible étant donné l’incapacité des banques d’un même territoire à «surémettre» durablement et sans limite. La vertu de la concurrence conduit les banques à adopter une gestion des moyens de paiement qu’elles émettent ainsi que de leurs portefeuilles qui leur permette de renforcer la confiance afin d’élargir leur clientèle et d’augmenter ses parts de marché.
Alors pourquoi le système de la «banque libre» n’a-t-il pas triomphé? Si un tel système ne s’est pas imposé, c’est parce que les États se sont emparés du contrôle de l’émission monétaire afin de financer leur déficit public à une époque où le marché n’était pas suffisamment développé pour assurer cette activité.
Nathalie Janson
Professeur
d’économie à l’Ecole supérieure de commerce de Rouen
Chronique également publiée sur le blog Trop Libre
Les banques ne different en rien des autres acteurs. Elles procurent des services et facturent des couts pour ces services. Un grand nombres de disfonctionnements lies en particulier (mais pas seulement aux activites des banques) ont provoque une des plus severe crise que le capitalisme ait traverse dans les pays developpes, la plupart ayant en commun de detruire de la valeur pour la societe en general et de generer des profits pour les banques (au moins a court terme, le critere dominant de decision) en particulier: - Les subprimes aux US - L'optimisation fiscale par les paradis fiscaux - La creation et l'abus d'utilisation de produits derives qui ne generent pas de valeur (en detruise souvent) - Les transactions ultrarapides - L'engineering financier qui permet de cacher les dettes et permet l'endettement excessif (Goldman Scahs en Grece, le hors bilan, les programmes PPP,...) - Les activites fusion et acquisitions qui permettent la constitution d'oligopoles et les abus de positions dominantes destructeurs de valeur - Les activites criminelles (delit d'initie), les conflits d'interets (il est rare qu'une banque vous propose des produits pour leur valeur intrinseque ou alors, par hasard) - Le lobbying aupres des pouvoirs politiques afin de faire capoter les tentatives de mesures correctrices qui pourraient aligner les interets des banques avec ceux de la societe en general - Le lobbying aupres des pouvoirs politiques afin d'eviter ou de limiter l'impact de legislation reprimant les crimes et delits commis - La creation de bulles a repetition generant des profits et bonus extravagants pendant la montee...et les pertes trasnises aux contribuables lors de l'eclatement des bulles (ce n'est pas moi qui ait prete a la Grece!) ... La liste est grande et les consequences d'une ampleur telle qu'elles expliquent en effet une bonne partie de nos problemes. Il y aurait aussi une liste de ce qu'elles doivent faire et ne font pas (combien de banques ont reduit leurs activites de support a l'activite economique et ont augmente leurs activites de banques d'affaires non creatrices de valeur.
Alors oui, comme vous, je supporte l'idee de banques libres dans un secteur competitif qui sanctionnent tous les abus de position dominante a condition qu'elles exercent leurs activites dans un cadre legislatif et reglementaire efficace et qu'elles ne puissent y echapper en mettant en concurrence les Etats afin d'atteindre le moins disant reglementaire et legislatif. Il conviendrait aussi de mettre en place des reglementations et legislations qui sanctionnent les comportements delictueux et criminels des dirigeants qui s'y adonnent.
Dernier point: La maitrise des couts versus les services rendus.
Que, pour des raisons d' état, soit économiques, soit sociales ou les deux, les autorités créent des caisses d' épargne, des building societies, des institutions de crédits à vocation économiques bien spécifiques, cela relève de la décision politique.
Le bât blesse lorsque on a allègrement commencé dans les années '70 à mélanger, confondre, mixer, substituer l' un pour et dans l' autre, les genres.
Tôt ou tard cela se venge. Q. E. D.
Mais pas du tout : le droit de battre monnaie était un privilège régalien depuis l'antiquité romaine, au moins ! Il y a même eu des guerres à cause de cela.
Ce n'est pas parce que l'atelier royal qui détenait le monopole de la frappe des pièces de monnaies ne portait pas encore le titre de banque centrale qu'il n'exerçait pas les mêmes prérogatives qu'aujourd'hui, du moins dans les pays souverains.
Les "banques libres" frappaient-elles leurs propres pièces de monnaie, en or, argent ou cuivre avec le portrait du banquier à la place de celui du roi ? Cela m'étonnerait.