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Alternance: à quand le tour des moins diplômés?

François Content, mis à jour le 08.02.2012 à 11 h 59

La vraie priorité en matière d’apprentissage est de redonner sa raison d’être à un dispositif en passe d’être dévoyé. Aujourd'hui, les formations en alternance profitent davantage aux jeunes engagés dans des études supérieures qu’aux jeunes les moins diplômés.

Nicolas Sarkozy et Nadine Morano en mars 2011 dans un centre de formation de pâtissiers à Bobigny. REUTERS/Philippe Wojazer

Nicolas Sarkozy et Nadine Morano en mars 2011 dans un centre de formation de pâtissiers à Bobigny. REUTERS/Philippe Wojazer

Confronté à une hausse dramatique du chômage, Nicolas Sarkozy a annoncé, lors du récent Sommet sur la crise et au cours de son intervention télévisée du 29 janvier, une série de mesures dont beaucoup visent à favoriser l’emploi des jeunes. Parmi elles, le renforcement de l’alternance.

Il y a tout lieu de s’en réjouir: l’apprentissage permet de familiariser les jeunes avec l’entreprise et d’accélérer leur entrée dans l’emploi. C’est une solution pour atténuer le choc que constitue pour nombre d’entre eux l’entrée sur le marché du travail à l’issue de leurs études.

Certes, les efforts annoncés en la matière ne font que prolonger un dispositif existant: la réforme de la taxe d’apprentissage, entrée en vigueur le 1er janvier dernier, qui a relevé d’un point le quota d’apprentis, désormais fixé à 4% de l’effectif pour les entreprises de plus de 250 employés. Un taux qui devrait bientôt passer à 5%. Devant le peu d’entrain des principales intéressées à recruter par ce canal, le chef de l’Etat a chargé Xavier Bertrand de prendre son bâton de pèlerin pour convaincre les grandes entreprises de jouer le jeu. Espérons que les moyens déployés, et notamment le doublement des sanctions en cas de non-respect des quotas, permettront de dépasser le simple effet d’annonce. 

Un dispositif pas assez connu

Car la crise pourrait bien porter un coup à l’essor de l’apprentissage, dont l’Elysée se félicitait récemment qu’il ait augmenté de 7% l’an passé. Les prévisions révélées par le baromètre annuel Apprentis d’Auteuil–Ipsos publié début janvier sont relativement pessimistes: 40% des chefs d’entreprises interrogés y annoncent leur intention d’avoir moins recours à l’apprentissage en 2012, 43% déclarant n’y avoir ni plus ni moins recours. Les perspectives de croissance peu enthousiasmantes y sont probablement pour quelque chose.

Sans doute faut-il aussi y voir la conséquence d’un défaut d’information. La réforme du 1er janvier souffre d’un déficit de notoriété patent. 74% des dirigeants interrogés dans le cadre de notre baromètre déclarent ne jamais en avoir entendu parler. Le fonctionnement même de la taxe d’apprentissage est très peu connu, puisque 58% des sondés s’estiment mal informés à ce sujet. C’est un travail de pédagogie conséquent –et indispensable– qui attend nos responsables politiques dans les mois qui nous séparent de la séquence électorale du printemps 2012.

Ne pas tomber dans le discours sur les deux jeunesses

Mais la vraie priorité en matière d’apprentissage est de redonner sa raison d’être à un dispositif en passe d’être dévoyé.

Après le débat sur le choc des générations, un nouveau discours commence à se faire entendre à l’orée de la campagne: celui des deux jeunesses. La première, éduquée, bénéficiant de soutiens familiaux et maîtresse des codes sociaux, finit toujours par s’intégrer, en dépit des difficultés passagères. La seconde, faiblement ou non diplômée, semble promise à un chômage durable. Jusqu’à présent, les campagnes gouvernementales successives destinées à promouvoir l’alternance n’ont pas échappé à cette polarisation.

L'effet d'aubaine

Sous l’impulsion de la réforme Séguin ouvrant l’apprentissage à tous les niveaux de formation, le nombre d’apprentis tous niveaux confondus est passé de 250.000 en 1987 à près de 600.000 aujourd’hui. Mais il a baissé de 50.000 pour les jeunes en CAP. L’essor des formations en alternance profite davantage aux jeunes engagés dans des études supérieures qu’aux jeunes les moins diplômés, pour lesquels ces formations sont pourtant particulièrement adaptées. 

Cela tient à un effet d’aubaine, les mieux lotis profitant d’un système initialement conçu pour des formations dites «manuelles». Mais aussi à une certaine méfiance des employeurs à l’égard de profils considérés comme«inadaptés», voire «difficile». Les ruptures de contrat d’apprentissage (25% des 300.000 contrats signés en 2010 à l’initiative de l’entreprise ou du jeune) sont proportionnellement beaucoup plus élevées au niveau CAP.

Si l’on veut que l’alternance réponde vraiment à la situation d’urgence face à l’emploi dans laquelle se trouve une partie de la jeunesse, c’est sur cette catégorie d’étudiants que doivent se porter les efforts des pouvoirs publics. Il faut encourager les entreprises à embaucher spécifiquement des apprentis de niveau CAP. On ne peut qu’espérer que le prochain Président et la prochaine assemblée, quels qu’ils soient, s’empareront de cette question et sauront proposer les solutions adéquates.

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