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«Achetez français» est le nouveau vocable à la mode présidentielle. Après «La France d'en bas», «La sécurité pour tous», la campagne 2012, dans un contexte de crise de la mondialisation, interroge la capacité à l'autosuffisance de notre pays et donc de notre industrie. Il est étonnant de constater que l'on ne parle en l'espèce que d'industrie, alors que le premier acte simple de tout consommateur ayant une démarche pour valoriser l'économie nationale est d'acheter des produits agricoles français. Potatoes, île de Ré market.
En cela, il faut cesser d'opposer les consommateurs, entre les vertueux qui achèteraient français et les irresponsables qui achèteraient «mondialisé». Il faut redonner à tous la possibilité d'acheter français! L'agriculture, soumise aux critères de la Politique agricole commune, a perdu le lien entre la production et le produit fini. Qui sait encore que l'agriculteur nourrit les gens? Les agrocarburants, les exportations de blé dur, la vision industrielle et restreinte de l'agriculture ont coupé une profession de la population, alors même que produire et vendre en France est possible.
Pourquoi la profession ne travaille-elle pas sur des projets de transformation à forte valeur ajoutée? Pourquoi ce qui a été fait par des agriculteurs sur la base de Ebly (ndlr, une coopérative de producteurs crée son propre outil de transformation) n'est pas transposable sur d'autres produits? Où est la R&D en matière agroalimentaire?
On assiste à une ultra concentration des coopératives agricoles, elles atteignent des tailles critiques mais toujours dans le sens de mieux vendre sur des marchés extérieurs, jamais pour développer des nouveaux concepts de production et de distribution, ici et maintenant. Il faut passer d'une logique de niche (label, bio...) à une logique de relocalisation de la production, de la transformation et de la consommation des produits agricoles. Et c'est possible.
Il faut redonner aux agriculteurs la fierté de leur travail en les réinsérant dans la société rurale qui les entoure. Pour cela, la diversification autour de productions immédiatement valorisables (circuits courts) ainsi que la valorisation de proximité des productions «grandes cultures» sont des enjeux majeurs au moment où le renchérissement des coûts de transport va rendre les exportations coûteuses, voire les compromettre. Cette diversification va permettre de créer de la valeur ajoutée et ainsi, à taille d'exploitation constante, de relancer la croissance de l'emploi agricole.
Aujourd'hui, un agriculteur en activité qui veut installer son fils n'a pas d'autres solutions que de s'étendre. Il faut remédier à cette problématique de la concentration des structures. Pour cela, il faut enfin que les agriculteurs soient accompagnés et soutenus par une politique de grande échelle et de long terme, et que la profession agricole soit défendue par des acteurs qui croient au développement des territoires et pas au développement du commerce mondial qui est fragile et facteur d'incertitude.
L'agriculteur est perçu comme un pollueur, il n'est plus compris par la société rurale et périurbaine et la croissance démographique des territoires périurbains ne fera qu'accentuer ce fossé. Il faut reposer le rôle majeur et indispensable de l'agriculteur, maillon fort de notre chaîne alimentaire. Aujourd'hui, les patates viennent d'Israël et les courgettes des Pays-Bas et demain, avec le gasoil à 2 euros le litre, qu'en sera-t-il? Il est urgent d'agir.
Le consommateur est un partenaire de cette nouvelle manière relation producteur-consommateur. Il est le premier par son acte d'achat à permettre à toute la chaine de fonctionner. L'acte d'achat a été déshumanisé, il est un réflexe. Il faut lui redonner du sens, il deviendra alors un moyen de se valoriser.
Et pour ceux qui n'ont pas les moyens? J'ai prouvé pendant mon expérience de locavore que consommer local permettait de faire des économies. C'est aussi une manière de se valoriser, de se faire plaisir, en cuisinant, en découvrant de nouveaux produits, etc. Pour cela, il faut développer l'éducation dès le plus jeune âge à l'alimentation. On apprend les bases de la sécurité routière et bien apprenons aussi les bases de la sécurité alimentaire. Savoir acheter, transformer ses produits...
La société de consommation a pris le pas sur la logique quotidienne des familles: il faut remettre des repères et montrer que consommer, ce n'est pas vivre. Par contre, consommer local, c'est faire vivre une économie, une société, son voisin, cela a du sens.
En matière d'agriculture, force est de constater que les pouvoirs publics se renvoient la balle, c'est toujours à l'échelon au dessus de se préoccuper de la question. L'agriculture est le parent pauvre des politiques publiques mais pas des aides publiques. A force de subventions, on a oublié de mettre en œuvre une vraie politique agricole de proximité.
Définir des labels ne suffit pas, il faut aller plus loin. Le véritable enjeu est encore une fois celui du lien entre agriculture et population. Il faut enfin reparler de l'emploi agricole, de ce magnifique gisement inexploité. Tout le monde a peur en pensant au retour aux années cinquante, avant l'exode rural des années 60, où le travail de la terre était exigeant et pénible. Non, on parle d'une nouvelle manière de produire et pour cela il faut un véritable accompagnement des acteurs publics.
Produire français? Eh bien, commençons par l'agriculture!
Stéphane Linou
Juste une précision: Je suis agriculteur. Si l'agriculture n'a pas forcément investi dans la vente locale, c'est qu'en face le consommateur a préféré acheter moins cher des produits agricoles étrangers proposés(ou imposés) par la GD. Si la majorité des agriculteurs avaient pu vivre (simplement vivre et non pas s'enrichir)en vendant localement, il n'y aurait pas eu ce fort déclin de la profession...
Trop longtemps, et malheureusement encore aujourd'hui, on réduit l'agriculture à deux mots: pollution et subvention...
Le vrai problème des coopératives est qu'elles ont été dévoyées, et depuis longtemps ! Quand on a entendu, il y près de quarante ans, des agriculteurs parler de "vendre leur blé à Chicago" quand ils le livraient à la coopérative, on comprend tout...
Un changement radical s'impose, depuis la ré-utilisation des semences jusqu'à la distribution de la production : vers une véritable indépendance des paysans, quoi. Mais, justement, c'est cette indépendance qui est combattue, par les banques et les coopératives : chrématistique, quand tu nous tiens... Il y a d'autres écueils, à commencer par la
... par la production planifiée, donc, et intensive, rendue nécessaire par le besoin de nourrir tout le monde, et, accessoirement, de proposer l'accès de tous à tout. Et ça s'est fait très rapidement : n'oublions pas qu'il y a quarante ans à peine, le choux-fleur et l'artichaut relevaient, par exemple en Seine-et-Marne, des légumes exotiques !
Le retour à la raison, en même temps qu'à la qualité, n'est malheureusement traduit aujourd'hui que par les AMAP, dont le moins que l'on puisse en dire est que ça n'est guère réjouissant, sauf, par une ascèse insensée, à vouloir manger des navets tout l'hiver...
Mais l'on sait que l'agriculture a quand même fait quelques progrès, et non uniquement en matière d'amendement des sols ou de rendement à l'hectare, mais aussi en acculturation des espèces. Ainsi, on pourrait produire à peu près n'importe quoi sous toutes nos latitudes nationales. Mieux : une couronne de quelques lieues autour des villes permettraient à celles-ci l'autosuffisance alimentaire. Autosuffisance combattue par celle-là même des politiques qui nous gouvernent. Mais je m'égare...
Il faudrait donc, à l'inverse de ce que préconisait Alphonse Allais, bâtir la campagne autour des villes...
André AYALA www.slimeop.com
Ce que je trouve encore plus "amusant", c'est qu'un pays comme la Grande-Bretagne, qui souffre en France d'une image assez négative concernant l'alimentation datant des années 80, fait beaucoup mieux que la France sur le terrain de la production locale, que ce soit en légumes ou viande. L'argument du "local" est devenu hyper-présent dans le tissu social britannique, restaurants et grande-distribution jouant également un grand rôle de soutien, contrairement à la France où la GD se fout éperdument de ces considérations et où 90% des restaus nous refile des aliments venant de Metro.
Les français se reposent sur leurs lauriers depuis bien longtemps, sans s'être rendu compte que leur idée de l'héritage culinaire de la France n'est plus justement qu'une idée, une illusions rassurante d'un passé qu'ils croient toujours aussi réel qu'il y a 100 ans. Et pendant ce temps, d'autres pays que la France se plait à railler avancent les yeux grands ouverts sur un réel bien moins illusoire...
1. Mythe du pays des philosophes des Lumières, alors que nous sommes actuellement dans un obscurantisme politico-philosophique gravissime.
2. Mythe du pays de la bonne chaire, alors que nous avons une concentration record de fast-food, et junk food, comparé à des pays qui n'avaient, à priori, aucune culture culinaire, et en dehors de quelques restaurants hors de prix, on mange très très mal dans les restaurants français.
3. Mythe du pays de l'exception culturelle, où il ne se passe, culturellement parlant, rien ou pas grand chose, alors qu'une ville comme Berlin, la ville "hype" d'un point de vue culturel se trouve dans un pays, l'Allemagne, où il n'y a pas de ministère de la Culture. ( La culture dépend des Régions). Il s'en sorte beaucoup mieux que nous et il n'ont pas Frédéric Mitterrand. Bizarre, non?
On pourrait décliner cette liste à l'infini.
Une des raisons de cette situation vient du fait que les jacobins sont encore majoritaires en France, et qu'ils sont majoritairement des aveugles, alors que la France pourrait, si le pays était sérieusement ( pas verbalement) décentralisée, enfin profiter de toutes ses richesses locales grâce aux prises de décisions dans la proximité. Pour réussir cette redécouverte de la proximité, il faut bien sûr donner le pouvoir à la proximité, ce qui veut dire TOUT D'ABORD changer de République pour empêcher les bobos parisiens et leurs complices de décider ce que qui est bon pour ce pays en dehors du 6 ou du 7ème arrondissement.
Mais vu les programmes des différents candidats aux présidentielles, nous ne sommes pas sortis de l'auberge. Mise à part EELV, personne ne parle d'une sixième république enfin débarrassée de cette ineptie qu'est l'existence d'un président de la République. Pour réussir la proximité, culturellement, alimentairement, industriellement, socialement, etc... il faut redonner une transfusion sanguine aux Régions et démanteler l'Etat jacobin.
Sarkozy, qui n'arrête pas de trouver que l'Allemagne a mille et une vertus, oubli systématiquement ( et volontairement) d'aborder la réalité constitutionnelle de ce pays qui est une des clefs de l'avantage qu'il a sur la France. Mais ça, notre Napoléon d'opérette, il ne veut pas le voir.