PresidentielleFrance

Vous avez dit «Rupture»!

Xavier Bruckert, mis à jour le 23.01.2012 à 7 h 07

La «Rupture» promise en 2007 n'a pas eu lieu. Mais la menace de faillite financière est aussi une rupture. Et celle-là, nous n'y échapperons pas.

Supporter français en 1998, lors de la Coupe du monde de football/Reuters, Ian Waldie

Supporter français en 1998, lors de la Coupe du monde de football/Reuters, Ian Waldie

En 2007, le candidat Sarkozy avait fait campagne sur le thème de la rupture.  C’était en théorie bien vu mais ce fut mal fait, ou plus exactement pas fait du tout. Le résultat, dont il est en partie responsable, est que la France est maintenant confrontée à la perspective d’une faillite financière, une autre forme de rupture subie et douloureuse.  

Cette faillite dont le spectre menaçant plane sur la campagne présidentielle ne peut être évitée qu’au prix d’une refondation radicale.

Fuyant cette vérité, les candidats du PS et de l’UMP se posent en «protecteurs» d’une France inquiète et déboussolée. L’exercice leur est délicat car leur parole politique pèse peu. Elle pèse d’autant moins que les Français ont la conviction que ni Sarkozy, ni Hollande n’ont  l’intention de leur dire une vérité qu’ils ne détiennent peut-être même pas.

A défaut de solution, on cherche des coupables un peu partout: la crise, l’Europe, les étrangers, les patrons, les banques, les 35 heures….La culture de l’excuse se porte bien à droite comme à gauche. On préfère cultiver l’excusanat plutôt que de se pencher sérieusement sur ce qu’il faut faire.

On parle de rigueur mais la vérité est que très peu a été fait dans le sens de l’assainissement de nos finances publiques. Le budget 2012 prévoit encore un déficit colossal de 81 milliards d’euros pour des dépenses de 366 milliards. 

Incapable de générer la croissance nécessaire, le pays est guetté par l’inquiétant Syndrome Chinois de la dette dont l’aventure de la Grèce nous a démontré l’implacable brutalité. 

L’histoire des quinze ou vingt dernières années  ne porte pas à l’optimisme. Les rares timides réformes entreprises dans cette période ont toujours été difficiles parce que parcellaires et se concentrant sur telle ou telle catégorie. Elles appuient toujours sur un «endroit qui fait mal» et déclenchent invariablement de fortes oppositions car les catégories «réformées» se ressentent assez naturellement comme des victimes sacrifiées sur l’autel d’autres intérêts particuliers. Ce n’est pas toujours inexact, loin s’en faut. Dans cette ambiance délétère, l’homme politique est devenu frileux, se contentant de «gérer» sa clientèle électorale sans se soucier de l’intérêt général. Ainsi est apparu cet autre Syndrome Chinois qu’est la spirale du cynisme et de la désillusion. Dans cette atomisation de notre société, le courage collectif et l’optimisme semblent avoir déserté un pays qui tient sa jeunesse à l’écart et s’en méfie.

Depuis trente ans, peut-être plus, une monumentale production législative et réglementaire surtout généreuse en intentions, statuts spéciaux, dispositions particulières et exceptions à la règle a abouti à un système profondément injuste, largement inefficace et complètement bloqué. Sa finalité est devenue obscure aux citoyens. Ils sont de plus en plus nombreux à ne pas s’y reconnaître.

Les gouvernements successifs, de droite et de gauche, ont été incapables de résoudre le chômage de masse. Il n’y a là aucune fatalité, d’autres pays soumis aux mêmes aléas que nous y sont parvenus.

L’«usine à gaz» bureaucratique a au contraire contribué à l’aggraver en faisant supporter des coûts et des risques inutiles aux acteurs économiques. Au-delà d’un dysfonctionnement pratique généralisé, la multiplication des exceptions, statuts et dispositions a créé une société fonctionnant sur un modèle féodal dominé par le souci de chacun de conserver son fief, aussi modeste soit-il. Le sens de l’intérêt général a fini par se dissoudre avec la complicité de l’Etat alors que c’est de lui qu’on attendait ce rappel salutaire et permanent que l’intérêt général doit primer sur le particulier. Un sentiment d’insécurité omniprésent, le plus souvent justifié, exacerbe cette attitude. Les élites font dorénavant l’objet d’une profonde défiance qui, à elle seule, les disqualifie. Elles sont devenues incapables de résoudre la crise quand elles ne concourent pas directement à son aggravation.

Les récentes passes d’armes entre UMP et PS sur la TVA ou sur le quotient familial nous fournissent une nouvelle et inquiétante preuve que de ce coté-là, rien ne bouge.

L’idée d’une refondation radicale vient précisément de ce constat: la profonde crise que nous traversons n’est soluble ni par petites touches, ni sans concertation, ni sans l’accord d’une majorité. Sa nécessité est d’autant plus impérieuse qu’il ne faut pas laisser aux  extrêmes le monopole de l’idée d’une rupture. Celles qu’ils nous proposent de part et d’autre auraient des conséquences catastrophiques.  

Un centrisme rénové paraît être le seul mouvement de mener cette entreprise nécessairement basée sur le principe d’un donnant-donnant généralisé. Lui seul est légitime pour dire que nous devrons tous faire des sacrifices, mais qu’il n’y aura pas de sacrifiés et que tous les français bénéficieront équitablement, le moment venu, d’un retour à meilleure fortune.   

Vous aviez dit rupture? Voici venu le temps de la refondation.   

Xavier Bruckert

Xavier Bruckert
Xavier Bruckert (3 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte