- Entraînement du PSG à Doha, le 3 janvier 2012, avant un match amical contre le Milan AC. REUTERS/Mohammed Dabbous -
Quel premier bilan peut-on tirer du rachat du PSG par Qatar Investment Authority (QIA), le fonds d'investissement souverain de l’émirat du Qatar, six mois après l’opération?
C’est évidemment une très bonne nouvelle pour le club parisien. QIA a décidé d’investir massivement dans le PSG. Les résultats sportifs ne devraient pas se faire attendre. Le recrutement très riche à l’intersaison (avec une star, Javier Pastore, mais aussi des internationaux français comme Gameiro et Menez) a déjà permis au PSG de pointer en tête du championnat de France à mi-parcours, alors qu’il se morfondait dans le ventre mou du classement depuis de nombreuses années. Une nouvelle moisson est annoncée pour le mercato d’hiver –sans David Beckham, finalement resté à Los Angeles, mais avec déjà un nouvel entraîneur de renom mondial Carlo Ancelotti et des rumeurs qui se portent sur des vedettes du jeu, Kaka, Tevez, Pato… Elle devrait permettre au PSG de franchir une nouvelle étape vers les sommets du football et de rivaliser bientôt avec les plus grands clubs européens.
C’est également une bonne nouvelle pour le football français déprimé. Pour avoir un grand championnat, il faut de grands clubs. Ce n’était plus le cas depuis la chute de l’OM de l’ère Tapie il y a près de vingt ans –l’Olympique lyonnais de Jean-Michel Aulas, dans la décennie 2000, n’ayant pas réussi à atteindre le sommet européen.
La stratégie de développement du sport par le Qatar est également louable. Organisation de grandes compétitions internationales au Qatar, avec en point d’orgue la Coupe du monde de football en 2022. Création à Doha d’une académie omnisports destinée à former de jeunes champions, avec des filières sportives qui atteignent déjà l’excellence internationale: athlétisme avec la naturalisation d’athlètes kényans, équitation avec le rachat de la jument française Kellemoi de pepita, football avec les premiers succès de ses équipes de jeunes… Stratégie d’internationalisation: rachats de clubs comme le PSG ou Malaga, flocage du maillot du FC Barcelone, positionnement de la chaîne télé Al-Jazeera Sports comme un leader mondial des retransmissions sportives, notamment dans le football.
L’objectif pour le Qatar, est de préparer l’après-pétrole. D’abord, en créant une image de marque positive et haut de gamme de ce petit émirat de 1,6 million d’habitants lové en plein désert: une telle image permet de positionner le pays comme «hub» de tourisme individuel et économique. Ensuite, en créant une véritable «industrie sportive» créatrice de valeur, et relais de croissance pour l’avenir. La France, qui a de réels atouts dans le domaine sportif, ferait bien d’analyser de près cette stratégie.
Tout cela est très positif. En revanche, pour le football européen, la présence du Qatar dans le PSG est une très mauvaise nouvelle. Elle continue de doper la bulle financière qui s’est emparée du football professionnel, rendant de plus en plus crédible le scénario d’un crash landing contre celui, piloté par Michel Platini à la tête de l’UEFA, d’un atterrissage en douceur.
Le football européen est, en effet, au bord du krach. On en connaît les causes: la libéralisation des transferts des joueurs, avec l'arrêt Bosman de 1995, a entraîné une inflation salariale vertigineuse. Le salaire moyen en Ligue 1 française dépasse les 50.000 euros mensuels. Les rémunérations des stars européennes sont devenues tellement obscènes qu’on les donne désormais sur une base… hebdomadaire. Cristiano Ronaldo gagne ainsi en dix jours le salaire de toute une vie d’un employé au smic…
Conséquence: depuis lors, en dépit de l'explosion des recettes, notamment télévisées (multipliées par 600 en France entre 1985 et 2010), les clubs ne parviennent plus à équilibrer leurs comptes. Ils sont structurellement déficitaires: chaque année, les dépenses excèdent les recettes courantes. C’est le cas du PSG: tous les exercices sont déficitaires depuis dix ans, avec presque 300 millions de déficits cumulés. Dès lors, pour éviter la faillite, les clubs recourent à des expédients.
Le premier expédient a été l’endettement. L'endettement des clubs dépasse les 15 milliards d'euros –pour quelques dizaines de PME à travers l’Europe. Ceci a été rendu possible par le laxisme du contrôle financier sur les clubs; seule la France possède une direction nationale du contrôle de gestion (DNCG). Et par un subterfuge du système comptable, qui autorise –exception sans équivalent dans aucun secteur économique– à considérer les joueurs comme des actifs financiers, gonflant ainsi artificiellement le bilan des clubs présenté aux banques. Mais le surendettement atteint aujourd’hui ses limites ultimes.
Le deuxième expédient a été la spéculation sur les prix de transfert des joueurs. Le club acheteur verse une indemnité de transfert lors de l’achat d’un joueur; il reçoit une indemnité lorsqu’il le revend. La hausse continue du marché des joueurs a permis aux clubs d’engranger des plus-values financières systématiques et de boucler ainsi leurs budgets.
Mais cette hausse est artificielle, alimentée par les clubs et les agents (rémunérés sur ces prix de transferts). Elle atteint ses limites, avec des niveaux déconnectés de toute réalité économique: 100 millions d’euros pour le transfert de Cristiano Ronaldo au Real Madrid [1]… Le marché des joueurs est désormais un marché spéculatif proche de celui des subprimes immobilières américaines: dès qu’il se retourne, c’est le krach généralisé.
Pour éviter le krach, l'UEFA et son président Michel Platini ont instauré des règles de fairplay financier qui imposent, notamment, une limitation des déficits. Objectif: dégonfler la bulle en douceur.
Problème: un nouvel expédient a pris le relais pour proroger le dopage financier du football européen –l’arrivée de mécènes. Ces donateurs providentiels (milliardaires, fonds souverains) n’investissent pas dans le football avec une logique de rentabilité : ils agissent pour le prestige, le réseau social, l’influence diplomatique, voire pour des raisons plus équivoques. Dès lors, ils alimentent la bulle spéculative du football.
C’est typiquement le cas avec l’arrivée de QIA dans le PSG. Des transferts inflationnistes: 100 millions investis à l’intersaison, avec un prix déraisonnable pour Javier Pastore (43 millions d’euros, alors que sa cote ne dépassait pas les 20 millions). Un budget salarial pour le club en hausse de près de 40%. En d’autres termes, QIA contribue à ce que l’économie du football continuer de vivre au-dessus de ses moyens.
Pour éviter une faillite généralisée du foot européen et rétablir une certaine équité sportive, Terra Nova a fait des propositions dans un récent rapport. L’instauration d’un plafonnement salarial (salary cap), sur le modèle des ligues sportives américaines (type NBA), pour mettre un terme à l’inflation salariale. L’interdiction des plus-values financières sur les joueurs: les dépenses des clubs doivent être financées par les recettes commerciales pérennes, pas par de la cavalerie sur les contrats des joueurs. La création d’une DNCG européenne pour contrôler les comptes des clubs.
Il est nécessaire également de limiter l’apport de capitaux des mécènes extérieurs. L’UEFA s’est engagée dans cette voie: les règles du «fair play» interdiront, sous peine d’exclusion des compétitions européennes, le financement récurrent des déficits par l’actionnaire. Un club doit être rentable et ne peut être maintenu artificiellement en vie par son mécène.
On peut aller plus loin: que la DNCG européenne ait un pouvoir de contrôle sur l’achat d’un club par un nouvel actionnaire. Elle vérifierait l’origine des fonds et validerait le business plan de l’acheteur. Si ce plan n’a pas pour objectif la rentabilité, ou si les fonds ne sont pas fiables, l’achat pourrait être repoussé.
Le football professionnel a besoin de régulation économique. Il est grand temps que le politique se mêle de ce secteur et vienne à l’appui de ceux, au sein du mouvement sportif, et Michel Platini en tête, qui tentent de dompter son hybris autodestructrice. Il y a urgence.
Olivier Ferrand
[1] NDLE: Et pas au Barça, bien sûr, comme il était indiqué dans une première version. Toutes nos excuses. Retourner à l'article
Le salary cap serait une bonne chose pour l'équité mais me parait en pratique impossible à fixer avec des nombres fluctuant d'équipes qui disputent des compétitions différentes installés dans des pays différents.
Ce salary cap connait d'ailleurs des entorses type "Star Player" pour Beckam à LA, il me semble.
Il faut ajouter le fait que le système américain inclue une Draft où les franchises peuvent recruter chacun leur tour de jeunes joueurs sortant de l'université dans un ordre inverse de leurs résultats la saison précédente (grosso modo).
Je vois mal comment on pourrait imposer que Nancy ait le droit de discuter avec la nouvelle pépite du centre de formation du Barca avant le FC Barcelone lui même :/
Cela fait des décennies que les "grands" clubs européens attirent les meilleurs joueurs avec les meilleurs salaires et une plus grande puissance financière. La France s'est toujours tiré une balle dans le pied avec ses règles plus strictes et ses charges patronales bien plus importantes que partout ailleurs. Résultat, aujourd'hui, l'indice européen permettant de qualifier plus ou moins de clubs dans les compétitions européennes, est au plus bas. A tel point que des championnat considérés comme moins importants nous dépassent, comme les championnats Russe et Portugais...
Sauf que pour devenir un grand club, il faut attirer les meilleurs joueurs, et ce n'est pas avec du miel qu'on y arrive. Et qu'on ne parle pas de concurrence déloyale vu que les "grands" clubs écrasent toute concurrence depuis des années (il suffit de voir le Real de Madrid voir ses dettes être effacées chaque année par le Roi d'Espagne...).
Qu'un fond d'investissement américain se voit succédé par des Qataris, quelle différence ? Pourquoi cet article aujourd'hui d'ailleurs ? Ca fait parler de Terra Nova ?
Et finalement... Pourquoi réguler à tout prix ce secteur, n'y a-t-il pas plus urgent ? Un secteur qui emploie quelques centaines de personnes dans toute l'Europe, qui a certes beaucoup d'argent, mais qui en rapporte tout autant (d'ailleurs, l'augmentation des salaires a permis une augmentation des revenus de l'Etat si je ne m'abuse...).
Ps : Christiano Ronaldo a été transféré au Real de Madrid et non au FC Barcelone, inculte !
Avant de me permettre de donner ma vision, je tiens à aire certaines corrections: -l'académie des sports du Qatar "Aspire" a été crée en 2004
- le Qatar n'est pas une monarchie pétrolière mais gazière dont elle détient les 3e réserves mondiales (cf le documentaire d'Arte d'hier)
- comme précisé par Rwan les ligues américaines sont fermées, il n'y a donc pas de risque financier liés à une rétrogradation et les recrutements sont gérés par un système de draft sensé limiter les écart qui ne résout rien car 4-5 marchés peuvent payer les amendes du salary cap qu'il soit "hard cap" ou "lex cap"
- le système de "salary cap" est différent selon les sports concernés, du "hard cap" strict de la NHL (hockey) à celui de la NBA (basket) où il existe une multitude d'exceptions d'où des situations sont très hétérogènes.
-l'endettement des clubs est aussi très différent Entre Manchester United qui est endetté du fait de sa forme de rachat (LBO) et celui du FC Valence qui est réel la situation est incomparable. Je vous laisse également vous renseigner sur le cas Italien Où S.Berlusconi (propriétaire du Milan AC) a ait voler une loi pour étaler les dettes fiscales sur plus de 30 ans.
Ce qui serait nécessaire, ce n'est pas que l'UEFA (organisation mafieuse qui impose ses règlements contre les lois nationales) gère le dossier mais que l'UE reprenne la main (où les politiques locaux) comme le Brésil qui dans le cadre de l'organisation du mondial 2014 est entrain de s'opposer à la FIFA pour défendre ses lois contre l'ogre de Berne.
En ce qui concerne M.Platini, son seul intérêt est d'arganiser sa future candidature à la succession de Blatter à la FIFA, ce qui se manifeste dans sa politique populiste envers les petits pays qui l'éliront selon la règle d'un pays - un vote.
Après en ce qui concerne une véritable analyse de la situation, je crains que cet article n'y réponde pas aussi bien que les analyses de Deloitte qui fut le premier des big5 devenu big4 (bye bye Andersen) à aire des analyses économiques de la situation qui font plus de 500 pages et se payent très cher.