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Politique énergétique: le faux bon sens de François Hollande

Hervé Mariton, mis à jour le 15.12.2011 à 10 h 15

Pour Hervé Mariton, le projet du candidat socialiste, s'il était appliqué, conduirait à renchérir le coût de l'électricité et à abandonner notre indépendance énergétique.

Centrale nucléaire du Tricastin / Sebastien Nogier / REUTERS

Centrale nucléaire du Tricastin / Sebastien Nogier / REUTERS

Dans une tribune intitulée «Réussir la transition énergétique» publiée dans le Monde, François Hollande a tenté de clore une séquence politique qui lui était particulièrement défavorable sur la sortie du nucléaire. Mais loin de se hisser au-dessus de la mêlée, le candidat socialiste a produit sur ce sujet complexe un texte simpliste et approximatif qu’il convient de contester point par point.

François Hollande dit qu’il tire les conséquences de la catastrophe de Fukushima en voulant sortir du tout-nucléaire pour la production électrique, présentant comme évident qu’une catastrophe naturelle au Japon doit avoir des conséquences sur le mix électrique français.

Or, en toute logique, soit l’on considère, comme le font les «alliés» écologistes du PS, que le nucléaire est un feu prométhéen que l’humanité ne parviendra jamais à maîtriser et qu’il est nécessaire d’en sortir complètement, soit l’on considère qu’il faut réexaminer la sûreté de nos réacteurs au regard des catastrophes naturelles qui sont susceptibles de se produire sur notre territoire.

C’est cette deuxième approche, fondée sur des audits très poussés menés par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui a été retenue par le gouvernement français. En choisissant un entre-deux dont il est coutumier, François Hollande cumule tous les désavantages: il souhaite imposer à la collectivité un coût gigantesque sans pour autant satisfaire la stratégie des anti-nucléaires.

Une centrale n'est pas un bien périssable

Plus grave, le candidat socialiste assène des vérités éminemment contestables, comme le fait que le parc nucléaire français arrivera en fin de vie d’ici 15 ans et que la centrale de Fessenheim, la plus ancienne, devra être fermée au cours du prochain quinquennat.

Il convient de signaler que les centrales nucléaires américaines, qui sont de la même technologie que les françaises, ont vu leur durée de vie prolongée de 40 à 60 ans et peut-être même 80 ans. La centrale de Beaver Valley, copie quasi conforme de Fessenheim, détient une licence permettant son exploitation jusque 60 ans.

Il faut surtout rappeler qu’une centrale nucléaire n’est pas assimilable à un bien périssable: la pérennité d’une telle installation dépend de la maintenance et des investissements réalisés sur toute sa durée de vie. Au vu des résultats publics de la surveillance effectuée par l’ASN, il est ainsi totalement arbitraire de déclarer que Fessenheim serait une centrale moins sûre que les autres qu’il faudrait fermer en priorité.

La technique n’est pas la seule lacune du candidat Hollande: sa vision économique est également  erronée. Il semble faire de la sortie phasée mais forcée du nucléaire, c’est-à-dire de l’arrêt de réacteurs en bon état de fonctionnement, la condition du développement des énergies renouvelables et de l’essor d’une filière industrielle française.

Un tel raisonnement a été dénoncé en son temps par Frédéric Bastiat dans son pamphlet Ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas. Il y stigmatise ceux qui considèrent que les briseurs de vitres contribuent au développement économique:

«Que deviendraient les vitriers, si l’on ne cassait jamais de vitres?»

Il faut reprendre aujourd’hui le flambeau de l’économiste français pour affirmer qu’on ne transformera jamais un «mal» (la fermeture anticipée d’une unité de production en état de fonctionnement) par un «bien» (la création d’emplois pour remplacer ladite unité). Loin de s’opposer, les industries nucléaires et renouvelables sont complémentaires pour répondre à la demande future d’électricité par des moyens décarbonés. 

Inconsistance technique, économique mais aussi industrielle quand le candidat Hollande affirme que l’industrie nucléaire sera renforcée en raison des nombreuses opérations de démantèlement à mener ou qu’elle pourra facilement se reconvertir dans le secteur des énergies renouvelables.

Le nucléaire, un avantage à ne pas détruire

Cette approche relève d’un profond mépris pour les décennies de connaissances et de capital humain accumulés au sein de la filière nucléaire française. On ne bâtira pas une nouvelle politique industrielle en commençant par détruire un de nos rares avantages comparatifs, mais en conciliant ces deux industries pour faire de la France le champion mondial des énergies décarbonées.

Pour accompagner ce retrait du nucléaire, le candidat socialiste propose de développer les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, semblant ignorer qu’il s’agit d’une politique déjà poursuivie par la majorité actuelle, accélérée depuis le Grenelle de l’environnement.

Mais il faut rappeler que de telles politiques sont complexes à mettre en œuvre et que derrière l’apparent bon sens de François Hollande proposant d’isoler davantage les logements se cachent une multitude de problèmes économiques et techniques: l’isolation par l’extérieur coûte très cher pour les particuliers, même avec des dispositifs incitatifs comme l’éco-prêt à taux zéro. Les travaux d’efficacité énergétique dans les copropriétés sont très difficiles à enclencher, et les ménages en situation de précarité énergétique n’ont pas les capacités de trésorerie pour réaliser les investissements nécessaires. La loi Grenelle 2 est une boîte à outils pour débloquer tous ces freins (crédit d’impôt, écoPTZ, certificats d’économies d’énergie, programme Habiter Mieux…).

La politique énergétique prônée par François Hollande est révélatrice de ces synthèses bancales dont l’ancien premier secrétaire du PS a le secret. Masquée derrière un bon sens apparent, on y retrouve une accumulation d’incohérences techniques, économiques et industrielles qui conduiraient, de fait, à renchérir le coût de l'électricité et à abandonner notre indépendance énergétique.

Hervé Mariton

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