L'Europe, de Durban à Bruxelles

Des chouettes boréales. REUTERS/Vasily Fedosenko

Des chouettes boréales. REUTERS/Vasily Fedosenko

Pour Sandrine Bélier, si l'UE a su montrer sa puissance au sommet sur le climat, elle a une nouvelle fois échoué à Bruxelles quand il aurait fallu se donner les moyens d'une Union fédérale.

L’Union européenne a démontré son leadership à Durban. Elle doit maintenant tenir le cap après le sommet en renforçant et consolidant son ambition climatique. De sa détermination dépend non seulement la prospérité des Européens, mais aussi la possibilité d’une transition de l’économie mondiale vers une économie faible en carbone.

L’UE peut consolider son avantage comparatif écologique. Il est incontestable qu’elle possède le pouvoir par effet d’influence et d’entraînement de peser sur les politiques écologiques des autres pays de la planète. Elle a prouvé, en imposant son package feuille de route volontariste/prolongation du protocole de Kyoto/fond vert, aux côtés des pays les moins avancés et des états insulaires, qu’elle pouvait être forte et exister politiquement lorsqu’elle agit unie et porte d'une seule et même voix une perspective d’avenir.

A ce titre et en décalage avec la position de l’UE à Durban, les conclusions du sommet de Bruxelles, en n'offrant qu'une politique d'austérité comme sortie de la crise de la zone euro, traduisent une analyse profondément inexacte de la crise économique et financière. En négligeant la dette environnementale, le couple Merkel/Sarkozy nous condamne au renforcement de la dette économique. L'austérité n'est pas une vision politique. Elle n’est qu’une gestion à court terme alors qu’il serait nécessaire d'investir dans l'avenir. Une Europe qui n'investit pas dans son avenir, dans celui de ses populations, qui n'est pas solidaire, qui ne cordonne pas ses politiques publiques, s'enferme dans une stratégie d'échec.

Le vert, source d'emplois

Les conclusions du sommet de Bruxelles ignorent l'urgence climatique/environnementale et l’opportunité d’un nouveau développement économique créateur de millions de nouveaux emplois. L’UE renoncerait à son avantage comparatif écologique et à se libérer du piège des énergies fossiles.

Alors que de passer d’un objectif de 20% de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 à un objectif de 30% permettrait notamment de créer 6 millions de nouveaux emplois et d'apporter des bénéfices majeurs en matière de santé à nos concitoyens. Un tel objectif permettrait en outre de réduire de 40 milliards annuels nos importations de pétrole et de gaz, et de faire de notre industrie l'un des leaders internationaux en matière de Green Tech.

Enfin, une stratégie économique faible en carbone est un levier pour relancer des pans entiers de notre industrie, comme la sidérurgie, violemment touchée dans le Nord-Est de la France, au Luxembourg ou en Belgique, via l'activité «éolienne».

A titre de dernier exemple, faut-il encore rappeler qu'au cours de ces dix dernières années, ce sont déjà plus de 300.000 emplois que l'Allemagne a su créer dans les énergies renouvelables. Un chiffre qui devrait encore s'accentuer avec la sortie du nucléaire.

Le projet européen est nécessaire

A la différence de Durban, où l’Union a affiché une cohésion politique pour 27, le sommet de Bruxelles, laissé aux seuls chefs d'Etats et de gouvernements, nous prive d'une UE visionnaire, ouverte, innovante et solidaire. C'est de cette Europe, celle-là même que nous avons vu en action à Durban, unie entre toutes ses composantes (Conseil-Commission-Parlement), dont nous avons aujourd'hui besoin.

Pas d'une Europe repliée en conclave, entre seuls chefs d'Etats et de gouvernements contraints par les marchés. Aujourd'hui ce n'est pas de trop d'Europe dont nous souffrons mais d’une Europe intergouvernementale qui a peur de devenir une Europe fédérale, une Europe politique.

La réalité est que nous ne pourrons sortir d’une triple crise environnementale, économique et sociale qu'en adoptant un projet européen, négocié avec l'ensemble des composantes politiques, économiques et civiles de l'Union. L’Europe a besoin de s’unir dans sa diversité sociale et institutionnelle et de s'accorder sur des solutions durables.

La transition écologique et la lutte contre le dérèglement climatique peuvent non seulement sauver la planète et assurer des conditions de vie acceptables pour tous, mais elle pourrait aussi et surtout sauver l’Europe en lui redonnant un horizon politique, démocratique et économique.

Sandrine Bélier

A lire aussi, le texte de Éloi Laurent de l'OFCE