- François Hollande, Daniel Cohn-Bendit et Nathalie Kosciusko-Morizet, à Bordeaux le 24 novembre 2011. REUTERS/Regis Duvignau -
Il y a trente ans, François Mitterrand allia le Parti socialiste au Parti communiste pour d’abord gagner les élections et ensuite mieux le tuer, dit-on. Il contribua peut-être à ce qu’il s’efface progressivement de la carte politique, il ne fut pas le seul. Coluche, qui avait le talent de sentir l’opinion, n’affirmait-il pas, déjà en 1980, que: «La différence entre le Parti communiste et le beaujolais nouveau, est que le beaujolais nouveau fera toujours 12,5»? Cette phrase prémonitoire n’empêchera cependant pas la gauche de payer un lourd tribut à ce parti. La trace la plus profonde demeure la réforme du statut de la fonction publique.
La question d’aujourd’hui est de savoir le prix que la France, avec le PS, paierait aux écologistes. Il est déjà exorbitant et l’on ne voit pas quand l’opinion, abreuvée d’idées fausses par les médias, se retournera. Le baiser risque d’être moins fatal et les conséquences bien plus lourdes.
Il se trouve que, sans nier les questions écologiques –il en est d’importance–, beaucoup de gens de gauche, soucieux d’égalité, défenseurs des valeurs de la République, croient encore au progrès et, plus encore, à la raison, aux faits empiriques, aux raisonnements logiques et non pas aux fables, aux mensonges et à la désinformation.
Tout n’est pas affaire d’opinion, tout n’est pas possible parce que l’on a déclaré qu’on le voulait. Or, en matière d’écologie, la frontière entre opinions politiques et vérités scientifiques s’estompe. De fait, il n’y a plus de partis d’opposition, plus de médias qui ne soient pas pénétrés de trotskystes reconvertis, d’émules de Greenpeace et autres échoppes écologiques de même nature, qui se parent invariablement d’une vertu autoproclamée.
Ainsi, les élus de tous bords, mais d’abord de gauche, se sentent portés à légiférer et légiférer encore alors qu’il ne s’agit pas de résoudre un problème objectif, mais, le plus souvent, de répondre à des croyances. Prenons quelques exemples récents pour illustrer comment se perpétuent des idées fausses.
En septembre, la Mutualité sociale agricole présentait les résultats d’un fascinant travail: l’étude «AGRICAN» réalisée sur une cohorte de 180.000 assurés du régime agricole, actifs et retraités. Elle montre «que le risque de décéder d'un cancer est respectivement de -27% et -19% moins élevé chez les hommes et les femmes de la population agricole que pour le reste de la population française».
Chiffres considérables! Vous en avez entendu parler? Oui, un matin sur quelques radios, depuis plus grand-chose. En revanche, il y a eu entre temps moult émissions, films, débats où l’on parlait encore du «terrible» danger des pesticides. Or, si les plus intéressés –agriculteurs et ouvriers agricoles– sont peu concernés par la toxicité de ces produits dont il faut parfois se protéger, il est vraisemblable que la population qui n’en ingère au cours d’une année que quelques milliardièmes de grammes le soit encore moins. Une bonne occasion de rassurer jusqu’à présent perdue, il est vrai que ces résultats ne sont pas conformes à ce qui est prêché.
L’Académie de médecine, le 10 novembre 2011, publie un rapport sur la toxicité du Bisphénol A. Après une analyse critique et détaillée de la littérature mondiale, le Pr Henri Rochefort, spécialiste de santé publique en cancérologie, précise lors de la présentation publique de ce rapport qu’«il ne sert à rien d'interdire le Bisphénol A tant que l'on ne disposera pas de produits de remplacement, aussi intéressants et sans effet sur la santé. Or, nous n'avons pas de tels matériaux de substitution».
Les académiciens regrettent en effet l’interdiction faite par l’Assemblée nationale d’inclure, à partir de 2014, ce produit dans tous les contenants alimentaires en l'absence de produits de substitution fiables, mais préconisent, compte tenu des études épidémiologiques et toxicologiques, des mesures de précaution pour les femmes enceintes.
Non seulement une telle réglementation coûtera plusieurs milliards d’euros, mais les alternatives risquent d’être pires du strict point de vue de la santé publique. Qui faut-il écouter: les députés ou les académiciens? La légitimité en la matière serait-elle devenue politique avant d’être scientifique? Pourquoi ne s’intéresser qu’à ce produit somme toute peu toxique et seulement «potentiellement» cancérigène alors que, par exemple, l’alcool mais aussi la viande rouge (à certaines doses) sont des cancérigènes avérés?
A son tour le Figaro [1] reprend le refrain habituel des écologistes sur le manque d’eau; quand on lit l’article, on peut cependant aboutir avec les chiffres de la journaliste à la conclusion inverse de celle qu’elle laisse entendre car, même avec 9 milliards d’hommes sur Terre, ils ne manqueront jamais d’eau.
En effet, si tous les humains consommaient, comme les Français, 50 m3 d’eau par an, l’humanité, pour les usages domestiques, en consommerait donc 450 milliards de m3 or, chaque année, 40.000 milliards de m3 se jettent dans la mer. Pour cet usage, les humains n’en prélèveraient donc que 1,12%. Si l’on rajoute l’irrigation de 300 millions d’hectares (un maximum), le prélèvement serait de 3.000 milliards de m3, soit 7,5 %. La somme des deux usages représente 8,7% de ce qui repart à la mer. Il y a de la marge.
Le Monde enfin, prend le prétexte de l’analyse critique du livre de Naomi Oreskes et Erik Conway (Les Marchands de doute) pour laisser entendre que l’interdiction du DDT aux Etats-Unis ne viendrait pas du mouvement écologiste et de ses fondateurs, sous prétexte qu’elle a eu lieu du temps du président Nixon. Comme si le livre de Rachel Carlson publié en 1962 (Le printemps silencieux) ne disait pas que «le DDT a fait son ouvrage de mort», comme si la lutte antipaludéenne dans le monde n’était pas principalement financée à l’époque par l’US-AID et comme si l’absence de fabrication de ce produit permettait de le distribuer ou le vendre dans les pays d’Afrique qui, il est vrai, ne l’ont pas interdit!
Arrêtons là et revenons à la France. Certes, quelques voix s’élèvent enfin pour expliquer que, sans gaz de schiste et avec moins de nucléaire, les Français vont doublement le sentir passer du fait de la croissance de leur facture d’électricité et de la perte de compétitivité de leur industrie, mais qui dit que la croissance rapide du coût de la construction provient d’abord de normes le plus souvent infondées? Qui fait un lien entre la baisse inquiétante des emplois industriels et l’incontinence bureaucratique et réglementaire tant national qu’européenne? Pourquoi ne montre-t-on pas que beaucoup d’usines d’entreprises du CAC 40 ne s’implantent pas en France pour cette raison-là d’abord, plus importante donc que le coût de la main d’œuvre? Qui peut penser que l’énergie peut être «douce», alors que les TGV nous propulsent à plus de 300 km/h? Aporie.
La pression écologique est déjà fort coûteuse avec un gouvernement de droite. Rappelons, s’il en était besoin, que le Grenelle de l’Environnement a sacrifié une partie importante de l’avenir de l’agriculture française à la défense du nucléaire. Qu’en sera-t-il quand les écologistes feront partie de la coalition gouvernementale?
Donc, pour finir, d’un strict point de vue politique, l’arrivée des voix écologistes compensera-t-elle le départ des progressistes pourtant, jusque-là, solidement ancrées à gauche? Le Parti socialiste est-il certain que les écologistes seront des alliés fiables? Croit-il, qu’avec des écologistes au gouvernement, il pourra bien défendre l’agriculture française qui a un rendez-vous essentiel en 2013? Comment fera-t-il si, une fois au pouvoir, il s’aperçoit que le nucléaire pollue moins que le charbon et est aussi moins dangereux et meilleur marché?
Rappelons que la France, contrairement à l’Allemagne, n’a plus de mine de charbon. L’électorat écologique est instable et ne représente qu’un faible pourcentage de l’électorat, pourquoi lui sacrifier la croyance partagée par la majorité des Français d’une possibilité de progrès? Le Parti socialiste devra-t-il alors se contenter de gérer la pénurie et se limiter à rechercher la forme la moins injuste de répartition des dépenses sociales de moins en moins financées?
Jean de Kervasdoué
[1] Marielle Court, «Deux milliards de terriens risquent de manquer d’eau», Le Figaro 12–13 novembre. Retourner à l'article
Les écologistes sont plus jeunes, plus idéalistes, plus dans le politique. Contrairement au PS, ils n'ont pas encore été achetés par le système. Ils y croient encore. Rien que ce renouveau donne envie de voter pour eux. Et si cela permet d'éjecter un vieux député PS, tant mieux.
même du point de vue économique, continuer l'élevage intensif en bretagne c'est sacrifier le tourisme, voir la pèche. Surpecher le thon rouge, c'est le meilleur moyen que vos enfants ne mangent jamais de sushi.
Bien sur certains nous expliquent que l'on peut recycler, optimiser et récuperer l'énergies, mais la plus part n'ont pas compris le second principe de la thermodynamique.
La question est plutôt, si nous refusons de payer aujourd'hui le prix de la transformation de nos société, ne risque t'on pas une crise pire demain ? et ce n'est pas avec un peu de développement durable par ci et un de croissance verte par là que nous allon y arriver.
Il vous suffit d'une étude financée par la MSA et l'UIPP (le syndicat des vendeurs de produits "phytosanitaires") pour clamer qu'il n'y a pas de lien prouvé entre cancers et pesticides. En plus, vous avez mal lu, parce qu'un des facteurs explicatifs d'un moindre taux de cancer serait lié à une plus faible utilisation du tabac et à une vie moins sédentaire (et donc à moins d'obésité). Mais surtout, on ne peut pas conclure qu'il y a démonstration de l'absence de lien entre cancer et pesticides sur une affirmation portant sur l'ensemble des cancers sur une cohorte. Le lien n'est pas à faire avec tous les cancers mais avec certains, et la publication de ces chiffres est repoussée à 2012 : il est encore trop tôt pour crier victoire. D'autant plus qu'une sur-représentation de certains cancers dans le monde agricole est déjà avérée et que cette sur-représentation est à l'origine de l'étude agrican : voir l'article de Baldi et Lebailly, Revue du Praticien, vol.57, 15 juin 2007. De surcroît, il est très difficile d'apporter la preuve d'un lien sur une exposition répétée sur des années et les études épidémionologiques ont des limites connues, relatives notamment à la diversité des modes d'exposition et à la variété des populations étudiées. Et c'est encore plus difficile à trouver lorsqu'on ne cherche pas !
Et c'est précisément ce biais qui se manifeste dans votre troisième point : on aurait rien trouvé à Tchernobyl et ce serait la preuve de l'absence de lien. En fait il n'y a pas eu d'étude épidémiologique pendant les 24 ans depuis l'explosion. A part les affirmations de l'AEIA, le seul qui a tenté d'alerter sur les risques liés à l'incorporation chronique de produits radioactifs dans l'alimentation, Youri Bandajevsky, a été arrêté pour terrorisme !
Quand au bisphénol A, reportez-vous à cet article du monde http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/12/01/nouvelle-bataille-scientifique-sur-le-bisphenol-a_1611875_3244.html : vous constaterez qu'il n'y a pas d'un côté les aveugles et de l'autre la Raison, mais que la science est aussi une affaire politique, qu'elle est prise dans des enjeux de pouvoir et de domination.
Quand à "l'agriculture écologiquement intensives", je me permet de ne pas m'attarder sur ce sujet
Il est sûr que nous sommes désormais éclairés et repentants après avoir vu si magistralement clore un débat nourri de centaines de paramètres et de contributions scientifiques. Que n'y avions-nous pas pensé ! Il suffisait de se fier au progrès et à la raison raisonnante pour régler les problèmes de perte de biodiversité, de réchauffement climatique, d'agriculture pétrole et de destruction des sols, de nourriture industrialisée enrichie aux pesticides (si, si renseignez-vous c'est un problème réel), de multiplications des cas de cancers liés à l'alimentation ... sans parler des conséquences de Fukushima à long terme
Donc du lourd assurément, un peu dans la lignée de l'argument de Sarkozy du "retour à la bougie". Respect
2- Ce n'est pas le bio et décroissance qui régleront les problématiques agricoles, mais l'agriculture écologiquement intensives, avec semis direct sous couvert, OGM, engrais et pesticides si besoin.
3- Toute les études sérieuses ne montrent aucune mortalité anormales chez les liquidateurs de Tchernobyl. Compte tenu des doses plus faible des évacués et des travailleurs de Fukushima il n'y a aucun risque de cancer. Des expositions qui correspondent à un à cinq passage au scanner médical ne peuvent pas provoquer de cancer. Si c'était le cas 200 000 personnes seraient tués tout les ans à cause de ces examents médicaux.
Le nucléaire civil a fait moins de 100 morts en un demi siècle, le charbon fait des centaines de morts chaque semaines. Quelle est la priorité? 2M de personnes meurent tout les ans à cause de foyer de cuisine inadapté, 2M meurent à cause de la pollution des énergies fossiles. C'est un véritable carnage qui ne motivent absolument aucune réaction des écologistes, quand bien même l'Allemagne va taper dans le fond climat pour financer les centrales au charbon qui remplace "provisoirement" le nucléaire. Un tel degré d'aveuglement est incompréhensible.
Cette tribune est tout bonnement scandaleuse. Non content de s'autoproclamer "donneur de leçons en chef", en taxant sans aucun les écologistes d'"instables et faibles" politiquement (ce qui est faux : EE-LV est loin de représenter la seule "sensibilité écologiste en France, nombre d'entre eux étant beaucoup plus progressifs et centristes), l'auteur se permet de proférer un nombre de contre-vérités assez exorbitant sur les réalités environnementales en France et dans le monde.
Comme tout mauvais sociologue, il tombe (à dessein?) dans le panneau de la "variable cachée" démontée il y a plus d'un siècle par Durkheim : les agriculteurs sont exposés aux pesticides, les agriculteurs sont moins touchés par le cancer que le reste de la société, donc le fait d'être exposé aux pesticides n'est en aucun cas un déterminant du cancer (pour l'agriculteur et encore moins pour le consommateur de ce fait), et pourrait même le limiter (on croit rêver). C'est occulter complètement le fait que les agriculteurs vivent principalement au grand air, et qu'ils cultivent souvent eux-mêmes certains des produits qu'ils consomment, sans aucun traitement chimique et en évitant les déperditions en éléments vivifiants (vitamines, nutriments ...) qu'entraine le conditionnement et le transport pour les aliments. Sans oublier que les causes de cancer, très peu cernées actuellement, sont loin d'être uniquement liées à l'alimentation (hérédité...).
Bref, voici un seul exemple parmi tant d'autres des biais intellectuels et de la désinformation insupportable présents dans cet article (on retiendra aussi le soutien inconditionnel que l'auteur semble accorder au nucléaire et au gaz de schiste, pour des motifs strictement économiques et très discutables ; pour voir les vrais effets de l'exploitation du gaz de schiste comme elle est déjà mise en place aux États-Unis, je conseille de regarder l'excellent et très dérangeant Gasland, en accès libre sur Daylimotion ou Youtube). Je suis personnellement écologiste convaincu, mais je respecte tous les avis dans la mesure où ils se fondent sur des positions intellectuelles respectables, et non sur de la démagogie et le mensonge.
Vous ignorez totalement le mode de vie des agriculteurs, la plupart font leur course comme vous et moi, ils sont bien trop occupé pour faire un potager bio. Les éléments vivifiants ça n'existe pas, étudiez la biologie.
Il n'est pas étonnant que vous soyez outré par cette tribune, vos connaissances sont totalement fausses, vous n'avez pas les références pour la comprendre. Vous êtes victime de la propagande ambiante.
Néanmoins vous pouvez progressez: - grand air: vous admettez que la pollution des énergies fossiles a une importance dans les problèmes de cancers, et supérieur aux pesticides vu que les premiers exposés sont moins malades - grand aire (encore): un peu d'exercice physique protège du cancer, encore une grande découverte. - les agriculteurs sont plus rarement fumeur, ça a clairement une incidence - ils ont une alimentation plus traditionnelle, c'est à dire plus varié (faite vos courses dans une grande surface de campagne le choix est plus large), mais la qualité des aliments n'est pas différentes.
Bref, un article plus construit et moins vindicatif aurait surement prete moins le flanc a la critique (cf commentaires). Dommage.
. les classes moyennes, qui ne vivent plus si bien depuis longtemps, sont sans doute un peu lassées d'être tant mises à contribution pour exercer, à l'égard des plus démunis, une solidarité que, dans beaucoup de cas, elles commencent à juger un peu excessive ; . quant à la classe ouvrière... cette dernière se sent mieux comprise par le FN de Marine Le Pen.
Le PS découvre donc qu'en démocratie, le problème c'est le peuple. Quelle solution a-t-il trouvée à ce problème ?
. l'alliance avec les écologistes dont, avec un cynisme et un mépris parfaits, il foule au pied une exigence majeure, sachant qu'ils sont prêts - comme n'importe qui d'autres parmi le personnel politique -, à manger leur chapeau pour obtenir quelques confortables sièges électifs hors d'atteinte sans la courte échelle du PS, . le vote des immigrés, européens et non européens, aux élection locales... alors qu'on vient d'apprendre que près de la moitié des Tunisiens vivant en France a voté pour les islamistes.
Le PS vient donc de changer sensiblement son électorat... en quelque sorte il a redéfini (sinon changé) le " peuple de gauche " votant traditionnellement pour ses candidats.