- Collège près de Nice en 2008. REUTERS/Eric Gaillard -
Dire qu’il y a quelque chose qui déconne dans l’Education nationale est devenu un lieu commun. Comme les journées de grève des profs, maintenant annoncées en août avant même la rentrée de septembre. Comme tous les reportages télé sur les jeunes enseignants perdus. Depuis des années, c’est la même histoire qui se répète. Un ministre propose une réforme, les profs font grève, les conditions d’enseignement se dégradent.
La semaine dernière, le gouvernement a annoncé qu’il envisageait une réforme du système de notation des professeurs. Jusqu’à présent, ils avaient une notation en deux temps: une note dite administrative donnée par leur chef d’établissement, et une évaluation pédagogique faite par les fameux inspecteurs spécialisés dans la matière de l’enseignant qu’ils notent (tous les élèves se souviennent d’avoir eu un prof expliquant que le prochain cours, il y aurait un inspecteur, un prof de prof en quelque sorte). La réforme confierait la notation des enseignants au seul chef d’établissement, ce qui constitue évidemment un moyen de faire des économies.
Cette petite réforme, c’est pour beaucoup d’enseignants la goutte de nitroglycérine qui fait tout exploser parce que derrière cette idée, qui peut sembler anecdotique, c’est une certaine conception de l’Education nationale qui finit d’être dynamitée. On peut faire de longs papiers d’analyse sur ce qui se passe dans nos écoles mais parfois, c’est plus simple de donner la parole aux premiers concernés.
Amélie a 30 ans, elle est prof d’histoire-géo en Seine-Saint-Denis. On s’est connues pendant nos études supérieures à la fac. Quand elle m’a envoyé un mail cette semaine pour me faire partager son découragement, j’ai compris qu’on était loin des jérémiades de fonctionnaires grassement payés.
«Depuis ces trois dernières années, c'est de plus en plus dur. Les réformes actuelles laissent les professeurs démunis et seule la sensation de lourd échec demeure en fin de semaine. Depuis le début de l'année, le malaise est croissant, les arrêts maladies se multiplient, mais la société continue à prendre les profs pour des geignards glandeurs privilégiés. »
Plutôt que de paraphraser un malaise qui est le sien et que je décrirais forcément moins bien qu’elle, il vaut mieux la laisser raconter son quotidien. Si elle commence par évoquer la réforme de la notation des profs, on se rend compte que très vite, ce qui ressurgit, c’est le besoin de partager la difficulté de son travail.
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«Je suis en colère mais je suis aussi blessée.
Encore une réforme qui pour beaucoup peut être anecdotique, voire légitime, celle de l’évaluation des profs par le chef d’établissement lors d’entretiens individuels. L’ancien système, quoique perfectible, limite le népotisme au sein d’un établissement scolaire et permet d’affirmer encore une certaine liberté devant son chef pour organiser des actions collectives face à des lois injustes.
Il est toujours plus aisé de faire grève lors de suppression des postes ou de disparition d’heures d’enseignement lorsque notre chef ne nous note pas ou de faire part à ce même chef de dysfonctionnements au sein de l’établissement quand, là encore, il ne nous note pas. Ce projet de réforme traduit une volonté plus sournoise, celle de réduire la liberté d’expression et d’action de chacun.
Pourquoi faire part de mon malaise maintenant?
C’est surtout parce que j’ai l’impression que l'alignement de l’évaluation sur le privé symbolise et atteste la fin définitive de l’Ecole pour laquelle je me bats au quotidien: une Ecole publique destinée à offrir un enseignement de qualité et une large culture quel que soit le milieu social de l'élève, une Ecole destinée à gommer les inégalités si criantes, une Ecole destinée à faire de chaque élève un citoyen conscient du monde dans lequel il vit, une Ecole destinée à aider l'élève pour choisir son avenir, à être maître de ce dernier.
Or une Ecole où le chef d’établissement nous évalue, c’est la proclamation d’une Ecole bling-bling. Evidemment, pas une Ecole bling-bling au sens où l’argent coulerait à flou. Le bling-bling éducatif, c’est celui qui mise davantage sur le paraître, les «actions pédagogiques» aux finalités souvent floues.
Un système qui met les profs en concurrence pour créer le plus de «projets». Et c’est déjà malheureusement un peu le cas. A titre d’exemple, notre chef d’établissement se félicite – pour sa carrière – que l’année dernière le collège ait proposé 127 projets. Parmi ces 127 projets, il y en a quelques-uns qui aident réellement les élèves mais il y a aussi beaucoup de paillettes. Il est désormais mieux vu de sortir les élèves que de faire cours.
Or, au risque de paraître réactionnaire, le plus important pour moi demeure la transmission du savoir et des connaissances pour tous mes élèves. Et il y a de quoi se décourager quand ils sont 25 élèves par classe avec une majorité qui accumule de lourdes difficultés scolaires.
L’autre jour, mon frère passait chez moi. Il regarde par curiosité mes copies de cinquième et me demande alors si c’est un choix stylistique de la part de mes élèves que d’écrire des phrases obscures sans ponctuation dont les mots manquent et/ou ne sont pas placés dans le bon ordre. Non, ce n’est pas normal mais c’est mon quotidien - à 5,6 de moyenne dans deux de mes trois cinquièmes. Et mes autres classes ne font pas beaucoup mieux.
Que faire alors quand les moyens financiers nous manquent? Rien de réellement efficace. A la fin de ma semaine, il ne reste qu’un sentiment d’échec.
Vendredi, j’ai reçu la mère de Rachid, de 5e, qui a de lourdes difficultés scolaires. La mère n’est pas allé à l’école et comprend mal le français, le père passe sa vie au travail, elle ne sait pas comment faire travailler son fils. Et moi, je n’ai même pas pu lui proposer des heures d’aide aux devoirs car, à cause des suppressions de moyens, il n’est possible d’aider que les sixièmes depuis l’année dernière. Je me sens perdue.
Tous les mardis, je parle avec Mohammed, en 5e, dont je suis la tutrice. Il a 12 ans, deale, sèche, ne prend pas les cours, rend copie blanche aux contrôles, est violent au collège et chez lui, découche ou se couche vers 4 heures du matin, traîne dans la cité avec les grands de 18 ans. Son père est mort quand il avait deux ans. (Il y a beaucoup d’élèves orphelins d’un parent au collège, la mortalité est plus importante dans le 93.)
Sa mère ne parle pas français et se déplace très rarement au collège. L’assistante sociale est au collège deux jours par semaine et il n’y a bien sûr pas de psychologue. Je me sens perdue.
Benjamin, en 5e, est un élève d’ULIS, dispositif qui prend en charge les élèves ayant de lourds handicaps cognitifs. Il a un niveau CE1 et a été intégré dans ma classe sans que je sois prévenue, sans que je sache qui il était. Je n’ai reçu aucune formation pour faire cours à des élèves handicapés, pourtant je n’ai pas le choix. Pendant, mes cours, Alexis est totalement égaré, il s’occupe en mangeant sa gomme. Je me sens un peu perdue.
Greg, en classe de 3e, a un mal-être profond et pense parfois au suicide. Il ne prend pas ses cours, rend copie blanche et a parfois des accès de violence extrême avec les autres et/ou lui-même, il n’a pas de père présent. J’ai convoqué la mère à maintes reprises, elle n’est jamais venue, ne m’a jamais répondu mais signe les nombreux mots doux que je lui écris. Il n’y a toujours pas de psychologue au collège. Il passe en conseil de prévention la semaine prochaine. Je me sens un peu perdue.
Abbes et Abdel, en 5e, ont de lourdes difficultés scolaires, ils ont du mal à prendre leur cours, à comprendre un texte écrit, à se concentrer en classe et rendent des contrôles quasi-vides, je n’ai jamais entendu parler du père. J’ai convoqué la mère qui m’a répondu qu’il n’était pas nécessaire qu’on se voit, qu’elle allait mettre ses fils au travail dès lundi. Ça fait trois semaines et ils ont eu 1/30 et 2/30 au dernier contrôle. Et pas un mot de la mère pour finalement me rencontrer ou se parler au téléphone. Je me sens un peu perdue.
Je pourrais poursuivre comme ça durant des pages, et toutes ces pages sont mon quotidien.
Je continue d’enseigner parce que j’y crois encore. Mais, en ce moment, je faiblis, je me sens seule dans cette société qui me prend pour une râleuse privilégiée. Même dans un entourage pas si lointain, je crains qu’on m’écoute mais qu’au fond, on se dise que les réformes de l’enseignement sont bien nécessaires…
Alors écoutez-moi, entendez-moi et battez-vous avec moi.»
Amélie
Lorsque les parents ne viennent pas aux convocations, il faut agir sur l'argent retenu sur CAF par exemple. Et puis ce n'est pas au collège qu'il faut agir c'est des la primaire car on peut gérer 30 ou 35 élèves en collège quand on les a eduqué en primaire. Suite à un changement d'école nous avons découvert que notre fille avait un niveau de CE1 alors qu'elle est rentré en CM1. Et oui l'ancienne école ne faisait pas son travail. Programme non suivi (heure de chant au lieu de math et francais) et utilisation de méthode qui sont interdite comme la méthode globale en CP. Il faut surtout se battre pour avoir un meilleur apprentissage en primaire et non au collège.
La grande force de l'éducation française est justement l'école primaire. la très grande majorité des élèves arrivent en 6ème avec un niveau correct. Et le travail que fournissent les instituteurs est immense et digne de respect.
Certains élèves malheureusement arrivent en 6ème cahin caha , maîtrisant mal la lecture et l'écriture. Ce sont ceux-là qui décrochent au collège : trop de cours, trop de profs différents, trop d'écrit, trop vite ... et c'est la dégringolade. Chaque année qui passe, leur amène plus de difficultés et moins de confiance en soi. Comment faire quand on a 11-12-13-14-15 ans et qu'on passe la journée à se sentir NUL (ou à s'entendre dire qu'on est nul !?) ? comment ne pas "péter un plomb"? Comment ne pas rendre la violence qu'on subit ?
Je ne fais leur apologie. J'essaye juste de comprendre ces très jeunes personnes, immatures encore, dans un monde qui leur est incompréhensible, et les renvoie à leur incapacité chaque jour un peu plus.
je pense que vos enfants doivent être encore bien jeunes, pour penser que 30 ou 35 jeunes ado sont gérables en classe, et que certainement vous n'êtes pas une enseignante
Je crois que le collège est le maillon délicat de l'éducation nationale. Car à cheval entre deux conceptions antagonistes de l'éducation. Doit-elle être éliste (lycée) ou ouverte (école) ?
Quand j'entends les profs renâcler, je me dis qu'en fait, ils vivent leur métier de façon solitaire, et veulent que ça reste ainsi. Franchement, Mesdames et Messieurs les profs, si vous voulez vivre libre, installez vous en prof libéraux, cherchez des clients et choisissez vos méthodes, tous ça. Sinon, il faut vous soumettre aux contraintes du monde et aux règles de votre emploi : vous êtes payés, comme moi, par les contribuables, et il n'y a pas de honte à avoir à se soumettre, comme moi, à la main qui vous nourrit et aux représentants que les citoyens se sont choisi, y.c. Sarkozy !! Je trouve ça insupportable des gens qui acceptent leur salaire/traitement et qui refuse qu'on leur fixe des objectifs individuels, des moyens pour les atteindre, et qu'on les surveille et les évalue.
Le plus drôle, c'est que ces mêmes profs surveillent, fixent des objectifs et évaluent en permanence leurs élèves sans rien n'y trouver à redire, alors même que ces élèves ne sont pas payés, eux ...
Reste évidemment des questions à résoudre : le niveau managérial et pédagogique des chefs d'établissement (suspect), le salaire des enseignants (misérable), les conditions de mutations (ubuesque), mais ce n'est pas en refusant les objectifs et l'évaluation qu'on va résoudre ces vrais problèmes
Ce qu'ils contestent c'est la confusion entre autorité administrative et évaluation professionnelle, deux fonctions qui était jusqu'à présent séparés. Ils redoutent des conflits d'intérêt.
Il n'y a bien entendu pas de bon système d'évaluation, il n'y a que des mauvais. Mais celui de l'Éducation nationale était jusqu'à maintenant moins mauvais que les autres.
Pourquoi toujours niveler par le bas ? Pourquoi choisir toujours ce qu'il y a de pire pour le généraliser partout ?
L’enseignant est confronté de longueur de journée par des problèmes pour lesquels ils ne semblent pas avoir été formés. On est en droit de demander pourquoi. Mais vous n’êtes pas seule. Le problème est mondial. Je vais vous raconté une expérience que j’ai eu. J’étais appelé à faire une présentation dans un collège. Les élèves avaient quelques 14-15 ans.
J’étais choqué. Les élèves étaient bruyants, impolis, indisciplinés, pas du tout intéressé par le sujet. C’était un cours d’anglais. Le professeur criait, personne ne l’écoutait. Je n’imaginais pas qu’une école pouvait être ainsi.
C’était au Japon….en 1980 !
Sans vouloir faire mon reac, je pense surtout que c'est au niveau des parents qu'il faudrait agir. Quels que soient les moyens, il sera toujours impossible pour l'education de palier a la defaillance des parents. A chacun son role.
Conditionner les aides sociales a un engagement des parents envers l'education de leurs bambins serait a mon avis tres persuasif...
Relisez donc le premier de ces exemples : "Vendredi, j’ai reçu la mère de Rachid, de 5e, qui a de lourdes difficultés scolaires. La mère n’est pas allé à l’école et comprend mal le français, le père passe sa vie au travail, elle ne sait pas comment faire travailler son fils. Et moi, je n’ai même pas pu lui proposer des heures d’aide aux devoirs car, à cause des suppressions de moyens, il n’est possible d’aider que les sixièmes depuis l’année dernière. Je me sens perdue. " Des parents dans l’impossibilité matériel d'aider leur fils dans sa scolarité, un manque de moyens qui empêche l'école de donner des heures de soutien. Ça vous aide ? Rajoutez à ça l'absence de psy scolaire, de structure et/ou de formation pour enseigner aux élèves présentant un retard mental...
@c http://www.education.gouv.fr/cid1058/professeur-certifie.html Ici vous trouverez les rémunérations des titulaires du CAPES. 1666€ entre 2 et 10 ans de carrière. Pour un poste accessible à bac+5. Quant à la suppression des allocations, vous y croyez vraiment ? Vous pensez sincèrement que la majorité des parents des enfants en échec scolaire n'en ont rien à faire que leurs enfants soient en échec, que la seul chose qui leur importe c'est les allocations ? Vraiment ?
Et puis sincèrement, imaginons que les parents décrits dans ces exemples viennent aux énièmes convocations de l'école. Pour quoi faire ? " Madame, votre fils deale, sèche, traine avec des voyous la nuit. - .... - Ah oui c'est vrai, vous ne parlez pas français, zut." Extrêmement utile en effet. Je suis sûr que cette veuve si elle perdait l'argent des allocations familiales arriverait comme par magie à trouver comment raisonner son fils adolescent à la dérive, qu'elle aura soudain beaucoup plus d'influence auprès de lui que les grands de 18 ans qui se font bien plus de fric qu'elle en dealant (je vous rappel aussi qu'il faut avoir au moins 2 enfants pour les toucher, ça me semble donc très pertinent de priver de ressources un gamin parce que son frère fait des bêtises).
La mère de Greg, on lui dit quoi ? "Votre fils est suicidaire et violent. - je m'en étais aperçue oui, la situation est très difficile à la maison... Vous pourriez faire quelque chose pour nous ? - C'est à dire qu'on voudrait bien mais qu'on a même pas un psy scolaire qu'il pourrait aller voir en fait..."
Et même la mère d'Abbes et Adbel ! Elle ne veut pas venir à l'école mais encore une fois, elle viendrait on lui dirait quoi ?? "Madame, vos fils ne travaillent pas, savent à peine lire. - Je sais, j'ai essayé de les remettre au travail. - Bien. - Bien. - Merci d'être venue hein". S'abstenir d'une telle discussion vaut-elle une amende ?
Je suis actuellement étudiante, et j'ai la joie de donner des cours de soutien à des enfants dont les familles peuvent se le payer. Le niveau n'est pas mieux. Aucune culture, ne comprennent pas ce qu'ils lisent, c'est désastreux. Ils s'en sortent, au final, parce qu'ils reçoivent des cours privés dans toutes les matières, pour atteindre péniblement la moyenne. Du coup, pas vraiment de convocations de l'école. Des parents qui parlent français, ce qui admettons le facilite tout de même la communication avec l'école. Et ils ne sont pas privés d'allocations dont ils pourraient de toute façon se passer.
Moi aussi je suis enseignant, moi aussi je pense démissionner dans pas très longtemps après 12 années de "loyaux" services pour bien des raisons que je partagerais volontiers avec vous, moi aussi je suis pétri d'idéaux républicains, égalitaires ... Bref, tout pareil !
Sauf que ...
Il ne faut pas imaginer que la réforme proposée concernant le système de notation des enseignants soit un repoussoir pour tout le monde.
En l'occurence, je ne partage pas votre point de vue (et je ne suis pas le seul), car j'estime que la (re)professionnalisation du métier d'enseignant passe par cette étape nécessaire qui tend à accorder un regard au chef d'établissement sur la qualité du travail pédagogique effectué par ses collaborateurs : c'est l'une des conditions que l'opinion publique, la société à laquelle nous devons des comptes, les parents d'élèves (dont nous faisons partie aussi, rappelons le tout de même) attend de nous afin d'établir un rapport de confiance qui manque à l'image des professeurs à l'heure actuelle.
Si cette réforme apporte la part de crédibilité qui nous manque, dans l'espoir futur de redéfinir une identité de l'enseignant un peu sérieuse (en dehors des luttes partisanes qui nuisent à notre lisibilité), alors dans ce cas, mille fois oui ...
Ce dont vous souffrez, comme moi, comme beaucoup d'entre nous, c'est d'un manque de reconnaissance, cette fameuse part d'intégration sociale qui vous ferait atteindre un degré d'épanouissement personnel que vous méritez, mais dont vous êtes encore bien éloignée, car personne ne croit en ce que vous faîtes. Mais le jour où les établissements scolaires seront perçus comme des "entreprises" (ouh le vilain mot, mais soyons réalistes, bien que le terme soit souvent brocardé dans notre bouche, ils le sont déjà dans les faits ... Et j'ai moi aussi du mal à l'admettre !) alors l'opinion se rangera enfin à l'évidence, puisque nos traitements, nos statuts pourront correspondre à une attente sociale très forte.
Votre combat est certainement très noble, mais c'est un combat d'arrière-garde ... Et sans vouloir paraître péremptoire, la Résistance au système ne se fera pas à ce niveau là. Il faut anticiper plutôt que de rester à "la traîne".
Courage !
Je ne veux pas critiquer les profs, qui sont des êtres humains, mais ce système qui a voulu nous faconner d'une manière qui est hors contexte de nos jours. Et on a sacrifié une génération entière à coup de "politique d'éducation, réformes, modèles, budgets,...". Quand les fonctionnaires commencent à avoir le nez dans les comptes, plutôt que dans les classes, rien de bon ne peut en sortir. Et on en paye le prix très fort! Je n'ai pas de solutions, ni d'idées, et c'est ce qui me fait le plus peur. Désole pour les fautes d'orthographes, j'étais pas très bon à l'école...
Comment réaliser cela dans l'école publique ? franchement, je ne sais pas, mais une vraie volonté politique doit pouvoir résoudre ce problème.
Pour info, je suis moi-même père de famille et compagnon d'une enseignante. Et je peux vous dire qu'un des (très gros) problème de l'éducation nationale c'est cette ghettoisation d'une partie de la population : les pauvres, très souvent issus de l'immigration, agglomérant tous les problèmes de la société, entourés de profs jeunes (pas assez d'ancienneté pour quitter ce qui ressemble un peu à l'enfer)se retrouvent entre eux d'un côté; les riches, très aidés, avec des profs plus âgés et plus expérimentés, de l'autre côté.
L'autre problème des instits et des profs, c'est bien sûr l'administration, ubuesque, imbécile, inhumaine... Mais c'est un autre sujet.
- On parle souvent "des" profs alors que les profs ne sont pas tous dans la même situation. Un prof dans un collège de ZEP ne fait pas le même métier qu'un prof dans un grand lycée parisien. De même, "les" fonctionnaires, ça ne veut rien dire : cela recouvre des métiers sans rapport les uns avec les autres, avec des niveaux de pénibilité distincts.
- Il est temps que les parents prennent leur part de responsabilité dans cette affaire. Lorsque les profs manifestent, les parents devraient les accompagner. La condition des profs rejaillit sur celle des élèves, donc les parents sont concernés...
- Je ne comprends pas les commentaires de cet article qui disent que c'est la faute des parents... D'abord, ces commentaires ne savent rien de ce que vivent ces gens : ils se bornent à dire que ce sont de "mauvais" parents alors qu'eux-mêmes sont de "bons" parents, et que s'il n'y avait que des "bons" parents comme eux, le problème des profs serait réglé. Bref, ce genre de propos n'avance à rien et ne règle rien. Les établissements scolaires situés dans des zones socialement défavorisées devraient évidemment avoir plus de moyens : par exemple, il ne faudrait pas plus de 15 élèves par classe, ou 2 profs par classe. Evidemment que le prof serait alors mieux à même de répondre aux besoins d'élèves en grande difficulté.
- Le commentaire d'frjulien, "un peu facile" est un peu à côté de la plaque et surtout suggère quelque chose d'assez nauséabond : les profs n'ont jamais rechigné à être évalués (d'autant qu'il existe déjà des inspections). La question n'est pas celle de l'évaluation mais des modalités de l'évaluation. Et c'est insupportable cette façon de dire : "vous êtes payés par les contribuables alors vous devez rendre des comptes aux contribuables". Ca veut dire quoi ? que les profs doivent être corvéables à merci si le gouvernement en a décidé ainsi. Encore une fois, vous n'avez pas lu, ou pas voulu comprendre, ce que disait l'article : les effets pervers d'une évaluation par le chef d'établissement.
Désolé d'avoir été si long, mais c'est fatigant de lire des gens reprendre sans arrêt les mêmes arguments, se replier sur leur quant-à-soi : il est temps que nous entendions ce que nous disent les profs.
Holden (je précise que je ne suis pas prof)
JE SAIS que ce discours passe pour défaitiste voire apparaît suspect mais ouvrez les yeux : NOUS NOUS FAISONS BATTRE A CHAQUE FOIS PARCE QUE LES REGLES, LE TERRAIN ET L'ADVERSAIRE ONT CHANGE.
Ma fille de seize ans a 37 heures de cours plus une bonne dizaine d'heures de devoirs à la maison auquels il faut ajouter deux heures de cours particuliers. Nous ne sommes ni riches ni pauvres. Elle est en première à l'excellent lycèe français de Lisbonne. Dans l'ensemble, les profs y sont très très bons. Ils sont ultra motivés et ont transformé notre petite écervelée en raisonnablement bonne élève.
Je suis conscient que nous sommes privilégiés. Je suis à l'autre extrèmité du spectre : les cas sociaux, chez nous c'est l'exception. Je ne devrais pas me plaindre. Je vais quand même le faire !
Les gamins bossent beaucoup trop. On est dans la quantité, pas la qualité. Le programme est archaïque et chiant. La litérature Le système de notation laisse trop de place à l'arbitraire.
Je crois qu'on devrait séparer l'enseignement de la notation. On pourrait èvaluer les élèves par l'internet. Le CNED pourrait gérer la correction. C'est infiniment plus efficace et permettrait de libérer le temps des profs enseignants. La triche deviendrait quasiment impossible. On pourrait faire des statistiques qui permettrait d'évaluer les élèves, les méthodes d'enseignement, les établissements et les enseignants eux mêmes. Les profs enseignants auraient plus de temps à consacrer aux gamins et aurraient des données quantitatives et qualitatives pour jauger leurs élèves.
La question n'est pas de savoir si ce système va exister, mais plutôt quand.
Suite à une mobilité pour rejoindre ma compagne mutée, je quitte mon poste, bien payé et enrichissant dans le secteur privé, et en profite pour réaliser un vieux rêve.
Je profite du fait d'avoir Bac+5 pour m'inscrire comme suppléant à l'éducation. Je reprends des documents, me forme et me renseigne,...
Tout ça l'an dernier.
Cette année, pas de poste pour moi à la rentrée.
On m'appelle au dernier moment pour commencer le 4 Septembre. J'ai au bout du fil un chef d'établissement désespéré pour remplacer un congé maternité (prévu depuis plusieurs mois).
Le pauvre n'a personne pour remplacer ladite prof. De mon côté, je n'ai pas de poste pour la rentrée. Il me rencontre et me propose le poste.
Je commence donc le 4 Septembre.
J'ai raté la prérentrée, je ne connais pas mes collègues, je ne connais pas l'établissement, je ne connais pas la méthode d'Anglais (je suis professeur d'Anglais) qui date de 2001 et qu'ils utilisent. Je ne connais pas le matériel inexistant.
Je dois préparer les progressions complètes pour les trois niveaux concernés (5 classes). Je dois préparer des cours pour les 18 heures de présence que j'assure.
Je prends le train tous les jours pour arriver à 8h12 à la gare proche de l'établissement, et je repars tous les soirs vers 18h15 de cette même gare.
Quand on est nouveau, on a plus de boulot, on va moins vite, tout est neuf.
J'ai des collègues géniaux. Ils m'aident beaucoup et me soutiennent. Je les aide pour découvrir les outils informatique,s qu'ils sont obligés depuis peu d'utiliser, et qui sont plus intuitifs pour moi et ma jeunesse.
Je fais les rencontres des parents, je convoque des parents d'élèves en difficulté, je prévois des réunions pour de la remédiation, je m'implique dans un voyage scolaire que je n'accompagnerai pas mais que je juge chouette pour les élèves.
Ma fiche de paie arrive ( en novembre, il faut le savoir). Mon traitement mensuel est de 1145,00 Euros Brut. Soit environ 900 euros nets.
J'ai travaillé un peu moins de 40 heures par semaine. Un prof aguerri aurait peut-être pu passer à 35heures.
En tous les cas on est loin du SMIC horaire.
Je suis en attente d'un autre poste. Je rempile parce que j'aime ce métier. Je survis car ma femme a un poste payé normalement. J'hésite encore à passer le concours... est-ce que l'évolution du métier m'invite à m'y engager? non
Est-ce que j'aime mon métier? oui Est-ce que je vois les fruits de mon travail? oui Est-ce que je vais le continuer? non, probablement pas.
Tant pis, je vais retourner à mon métier originel. Car j'ai la chance d'avoir d'autres cordes à mon arc. Je les souhaite à tous les professeurs du public comme du privé
Globalement, le sentiment qui ressort à la lecture du témoignage d'Amélie, c'est vraiment le manque total de contrôle des parents sur leurs enfants. Fracture sociale, culturelle, linguistique avec notre société... Enfants perdus, sans repères, éduqués par la rue plus que par leurs parents, et dont l'ambition se limite le plus souvent à égaler les "exploits" de leurs frères/cousins plus âgés - face à la police le plus souvent.
Autant de facteurs qu'aucun moyen scolaire ne pourra raisonnablement réduire pour améliorer les conditions d'enseignement et les résultats de tous ces enfants perdus.
Personnellement je suis futur papa (encore 4 mois avant la naissance!), et j'ai des sentiments très partagés quant à l'éducation de mon enfant à naître.
D'une part, nous savons, mon épouse et moi-même, que nous entourerons notre petit de toute l'attention et le soutien nécessaire pour le guider et l'accompagner dans toutes les étapes de son développement culturel, littéraire, scientifique, social... Ce ne sont pas les moyens qui manquent pour éveiller et instruire les enfants, par différents moyens: livres, médias divers, mais surtout le dialogue, et aussi notre bagage culturel, nos valeurs, que nous lui transmettrons au quotidien.
Tout cela, c'est le côté excitant et passionnant de l'éducation et de l'enseignement que nous lui donnerons. Par contre, ce qui nous fait très peur pour l'avenir, c'est paradoxalement... l'école ! Il me suffit d'entendre autour de moi ce que disent ma familles, mes amis ( dont plusieurs travaillent dans le corps enseignant en école primaire collège et lycée, certains en ville, d'autres à la campagne) à propos des conditions d'enseignement à l'école... Et c'est absolument terrible! La situation empire avec les années, et on constate que l'école est devenue un lieu d'insécurité, de violence (verbale ou physique), de délinquance, et que le corps enseignant ne contrôle plus ce qui s'y passe...
Je ne suis pourtant pas encore bien vieux, mais je me souviens de mes années au lycée (il y a 20 ans de cela), où il aurait été inconcevable d'insulter un professeur, au risque de se retrouver en conseil de discipline et de se faire virer du lycée ! On est bien loin de ça à présent. Pour se faire expulser, il faut au moins aller cogner un professeur, et encore, la sanction tombe seulement si la victime ose aller porter plainte, ce qui est rarement le cas, la pression étant mise par la hiérarchie pour ne pas "faire de vagues" et risquer un embrasement de l'établissement...
Autrement dit, on a l'impression d'être plus à même d'éduquer nous-mêmes notre fils plutôt que l'envoyer dans une institution où il assistera chaque jour à la déconstruction de l'éducation que nous nous efforcerons de lui donner (j'entends par là: le respect, la politesse, l'honnêteté, le goût du travail et de la découverte, etc...).
Quand on voit le désespoir qui assaille les membres du corps enseignant, on n'a pas envie d'envoyer ses enfants à l'école.
l'emploi à vie de gens parfaitement inapte.... mais ils ont réussi le concours. dans beaucoup de profession il y a des concours (médecine,pharmacie, magistrature,etc) mais quand les professionnels sont mauvais il y a des recours.....pas dans votre corporation: vos syndicats sont contre.
alors cessez de pleurer et posez vous la question qui tue: pourquoi les enfants d'enseignants sont sur représentés dans le privé?
L'école pour tous, une énormité défendue par les syndicats enseignants ?
Pas du tout. C'est une authentique revendication populaire, très répandue. Avez-vous déjà entendu des parents protester contre l'école pour tous, exiger que leurs enfants en soient dispensés ? Pas moi. Pas seulement pour des bonnes raisons d'ailleurs. Les parents préfèrent savoir leurs enfants à l'école que dans la rue. N'oublions jamais qu'il n'y a pas de travail, et surtout pas pour les jeunes.
Doctorat en médecine : effectivement il s'apparente à un concours, en raison du mumerus clausus. Il ne suffit pas pour devenir fonctionnaire dans la fonction publique territoriale : il faut en plus réussir le concours de médecin territorial. Mais les candidats ne se bousculent pas. Les fonctionnaires sont tellement mal payés que les médecins préfèrent encore rester contractuels, ce qui leur permet de négocier des salaires meilleurs que les fonctionnaires qui ont réussi le concours !
Dans la fonction publique hospitalière les candidats ne se bousculent pas non plus, à tel point que de nombreux postes restent vacants.
Quand aux recours des usagers contre les mauvais médecins, ils s'exercent devant l'ordre des médecins. Peu importe que le médecin soit fonctionnaire ou exerce en libéral.
Conclusion : Il faut se rendre à l'évidence, le statut des professions libérales dans le privé est bien plus avantageux que celui des fonctionnaires.
Pharmaciens : les pharmacies des hôpitaux ne semblent pas manquer de personnel, mais ce n'est pas parce que le statut des pharmaciens libéraux est moins enviable que celui des médecins, au contraire. Il est tellement envié qu'il faut payer une fortune pour obtenir le droit d'ouvrir une officine, ce qui fait que les pharmaciens les plus pauvres ne peuvent pas s'établir à leur compte.
Magistrats : ils sont aussi détestés que les enseignants par le lobby ultralibéral qui lance contre eux les mêmes accusations outrancières que vous contre les enseignants, notamment celle d'être irresponsables ! Vous n'étiez pas au courant ?
La question qui tue : pourquoi les enfants d'enseignants sont sur représentés dans le privé ?
La réponse est pourtant simple. Quand le gouvernement raconte que l'État fourni un effort colossal pour l'éducation nationale, donne aux enseignants les moyens de faire leur travail dans des conditions décentes, etc, les plombiers ou les chauffeurs de taxi peuvent y croire.
Pas les enseignants : eux sont (mal) payés pour savoir combien la propagande gouvernementale est mensongère, très éloignée de la réalité.