- Des ampoules halogène basse consommation, à Molsheim, en 2008. REUTERS/Vincent Kessler -
La relance de la production industrielle est au programme de tous les candidats à la présidence de la République et c'est heureux, tant la situation de notre commerce extérieur est catastrophique. C’est une des causes profondes du chômage et de la dette publique. Mais il en est ainsi depuis au moins trente ans. Plans et programmes se sont succédé. Le problème persiste, et même s'aggrave.
Les politiques industrielles mises en œuvre par tous les gouvernements successifs se sont attaquées aux symptômes sans comprendre et soigner les causes profondes: nous avons en France un écosystème peu favorable au développement industriel. La seule exception a été la politique purement macroéconomique de «désinflation compétitive» mise en œuvre par Jacques Delors qui avait permis de redresser le commerce extérieur.
L’image de l’industrie n’est pas bonne. Médias et gouvernants insistent sur l’horreur industrielle dès qu’une entreprise prend une décision socialement difficile; l’école et l’université ont et donnent encore une piètre image du monde industriel; l’industrie a du mal à attirer les jeunes de talent; elle les paye mal par rapport aux services à forte valeur ajoutée pour un travail qui est différent mais, objectivement, au moins aussi difficile.
Il y a chez nous une forte crispation contre le changement, en refusant par avance d’en négocier avantages et inconvénients. Une fermeture d’usine est un drame national, mais nous sommes très contents que plus personne ne travaille dans les mines de charbon. On croit encore qu’un ministre peut, durablement, empêcher l’inéluctable et on le lui demande, pour être déçu quelques mois ou années plus tard.
Nous n’avons pas la pratique du compromis, mais celle de l’arbitrage permanent par l’autorité politique. C’est peut-être, de toutes nos faiblesses, la plus pénalisante. L’Etat, qui ne résiste pas à la tentation d’intervenir et auquel «la Société» demande sans cesse d’intervenir, joue un rôle structurant fondamental dans la vie sociale, appauvrissant par là le dialogue social dans l’entreprise et amenant trop souvent les acteurs à un jeu de rôles. C’est pourtant au niveau du terrain, en appliquant le principe de subsidiarité, qu’on peut trouver les solutions sociales innovantes et créer un consensus autour d’un projet industriel. Les Allemands l’ont démontré magistralement durant la dernière crise.
L’environnement des industriels est d’une rare complexité. Aujourd’hui, lois et règlements dépassent la capacité des fonctionnaires à les maîtriser et sont un cauchemar pour toutes les entreprises, même les grandes. Deux causes: le manque de confiance systématique, mais aussi, avec les meilleures intentions du monde, un maquis de systèmes d’aides pour pallier nos faiblesses industrielles dont la mise en œuvre génère des usines à gaz de plus en plus incompréhensibles. A cette complexité s’ajoute une instabilité qui décourage beaucoup de bonnes volontés.
L’innovation souffre de ce qui reste un faible niveau de compréhension entre le monde industriel et celui de l’université. C’est un domaine où des progrès réels ont été faits ces dernières années, plus au niveau de la recherche que de celui de l’enseignement. Mais on est loin du compte, en particulier pour les PME.
Le discours public décourage souvent l’entrepreneur. On oublie, dans une critique systématique, que la plupart des plans sociaux sont la conséquence de la faible rentabilité des entreprises françaises, de la nécessité de rester compétitifs non pas pour satisfaire la Bourse mais tout simplement pour avoir les moyens d’investir, de chercher, de prospecter de nouveaux clients.
Les délocalisations partielles sont critiquées alors qu’elles ont exactement le même effet qu’une automatisation d’un atelier pour préserver l’essentiel. Les pouvoirs publics, au sens large, ne sont pas avares de leçons données à tel ou tel chef d’entreprise, mais oublient d’être tout simplement efficaces dans la gestion des dépenses publiques alors que c’est leur premier travail. Personne ne peut le faire à leur place. Et leur activisme dans le champ qui devrait être celui des partenaires sociaux suscite un rejet de plus en plus fort.
Nous avons pu, jusqu’au milieu des années 1990, trouver les moyens de pallier nos faiblesses. Mais, faute d’une compréhension en profondeur des évolutions du monde, ces mesures nous ont laissés très mal préparés aux défis de la mondialisation.
Les Trente glorieuses correspondaient bien à notre culture, avec ses grands programmes, ses champions avec des clients captifs et une forte intervention de l’Etat. On en voit bien les limites aujourd’hui: trop souvent ce que nous proposons à l’exportation n’est pas ce qu’attend le client.
Cette approche nous a amenés à négliger de travailler sur tout ce qui fait la compétitivité d’un pays: éducation, recherche, consensus dans les entreprises, développement de PME performantes dont le rôle ne se limite pas à la sous-traitance pour amortir les chocs économiques.
Pendant longtemps, des dévaluations périodiques nous permettaient de survivre lorsque notre compétitivité avait pris du retard, évitant au chômage d’exploser. Pendant ce temps, les industriels allemands savaient qu’il n’y aurait jamais de dévaluation et s’adaptaient en conséquence vers le haut de gamme.
Des systèmes d’aides massifs, financés par endettement, permettaient de compenser les erreurs économiques, comme le coût trop élevé du travail peu qualifié ajouté aux 35 heures. Dans cette catégorie figurent aussi les systèmes de préretraite ruineux qui ont créé une attente de départ de plus en plus tôt et légitimé dans les entreprises un arrêt de la formation permanente à un âge beaucoup trop jeune.
Tout ceci nous a enfermés dans le piège du travail trop peu «haut de gamme», avec des femmes et des hommes pas assez formés, des produits trop soumis à la concurrence par les prix et une rentabilité insuffisante des entreprises qui les empêche de sortir par le haut.
L’arrivée des pays émergents a servi de révélateur à nos faiblesses, mais celles-ci sont aussi manifestes au sein de l’Europe. Notre compétitivité s’est gravement érodée depuis dix ans et aucun ajustement monétaire ne viendra remettre les compteurs à zéro
La situation très préoccupante de l’industrie française mérite un langage de vérité et des mesures fortes.
Aujourd’hui, une politique industrielle moderne, c’est de créer un écosystème favorable à une industrie forte, évoluant sans cesse vers le haut, et accompagnant les femmes et les hommes qui y travaillent pour qu’ils puissent participer à cette aventure.
Des aides financières sectorielles ou géographiques peuvent avoir un certain effet. C’est ce qu’on a coutume d’appeler une politique industrielle. Mais elles sont très coûteuses pour les finances publiques, génèrent une bureaucratie dévastatrice et contribuent à entretenir une mentalité d’assistanat qui est une des sources de nos problèmes. Sans parler des nombreux effets d’aubaine! Et de la difficulté pour l’Etat d’être un bon stratège, coincé entre le désir de préparer l’avenir et la demande forte des électeurs de protéger le statu quo!
Un allègement des charges sociales qui pèsent sur le travail est de toute évidence nécessaire, mais ne servira qu’à repousser le problème si on n’en attaque pas les causes profondes.
Le coût complet du travail en France ne dépasse pas encore celui de l'Allemagne; il l’a simplement rattrapé sur les 10 dernières années. Mais ce coût est aujourd'hui devenu insupportable pour l'industrie française, qui n’a pas en moyenne le niveau de gamme de la production allemande, son contenu en innovation et en services ajoutés. Sa rentabilité, je parle ici des PME, beaucoup plus faible que dans de nombreux pays européens, est un frein majeur à l’innovation et à la conquête des marchés étrangers les plus prometteurs.
L’évolution de la durée du travail et le poids des charges sociales expliquent largement cette évolution défavorable. L'analyse montre que les charges sociales liées au salaire sont très supérieures en France par rapport à l’Allemagne, en particulier au niveau des allocations familiales et du financement du chômage. Il est impératif de les réduire. Cette réduction doit être financée en partie par des économies, en partie par des recettes budgétaires, probablement une hausse de la TVA.
Il est également nécessaire de repenser la durée du travail. Même si le CAC 40 n’en fait pas une priorité, 75% des autres chefs d’entreprises le demandent, selon un sondage récent. Il est impossible de faire cela au niveau national de façon uniforme, comme l'avait été la réduction. C’est au cas par cas qu’il faut agir. Il faut permettre aux branches, et aux entreprises, de discuter librement de la durée du travail effectif et du salaire correspondant.
Plus généralement, de bons compromis ne seront trouvés que si le champ de la négociation est aussi large que possible. La mère de toutes les réformes est de créer les conditions d’un vrai dialogue entre des partenaires sociaux responsables pour augmenter la richesse créée par l’entreprise puis négocier son partage, sans intervention de l’Etat.
Aujourd'hui, beaucoup de discussions sont faussées par l'attente d'une intervention publique par l'un ou l'autre des partenaires sociaux. Il faut mettre fin à cette situation, pour redonner du crédit aux représentants des employeurs et des employés. Il s'agit d'une réforme très difficile, dans un pays où l'on a tendance à tout attendre de l'État, où les représentants de l'État auront beaucoup de mal à prendre durablement de la distance et à laisser faire les partenaires sociaux. Dans un pays, aussi, où les syndicats sont faibles. C'est pourtant indispensable si l'on veut moderniser la France.
Attention: il ne s’agit pas d’une astuce pour faire passer une augmentation de la durée du travail, mais d’une vraie révolution qui doit être soigneusement préparée pour réussir et qui doit être équilibrée. Il faut, comme d’ailleurs en Allemagne, donner aux représentants syndicaux toute leur place dans le dialogue autour de la stratégie d'une entreprise.
Cela passe probablement par leur participation plus systématique dans les conseils d'administration, comme membres à part entière et pas seulement comme observateurs. Il faut avoir confiance dans la capacité des partenaires sociaux à négocier de façon autonome et responsable des accords qui soient bons pour leur entreprise et pour les salariés. L'État, qui subit trop de pression, est très mal placé pour cela. Pour y parvenir, les pouvoirs publics doivent s’engager à ne pas intervenir dans un champ qui aura été défini avec précision. Il faut donner à cet engagement une valeur juridique contraignante, par exemple en l’inscrivant dans la Constitution.
L'innovation, autre clé du rebond, ne se décrète pas, mais l'État peut créer un contexte plus favorable. Rapprocher encore plus fortement l’éducation, les centres de recherche publics et l’entreprise est une condition de la survie de notre industrie. Des progrès reconnus par tous ont été réalisés ces dernières années, mais on doit aller plus loin.
La France est en retard dans les dépenses privées de recherche, en particulier dans les budgets privés confiés aux laboratoires publics. Autre symptôme alarmant: le taux de chômage des docteurs est supérieur à celui des Bac+5. Tout cela traduit, malgré des progrès récents, un manque de confiance entre le monde universitaire et celui de l’entreprise.
Il faut encourager, inciter, voire «forcer» ces deux mondes à travailler davantage ensemble. Cela permettra d'avoir des programmes plus proches des besoins des industriels et de leurs clients, et aussi, comme dans de nombreux pays étrangers qui réussissent, de mieux mutualiser les idées et les connaissances entre les entreprises qui feront appel aux mêmes laboratoires universitaires.
Ce dernier point est particulièrement essentiel pour les PME. L’octroi de fonds publics à un organisme de recherche devrait être conditionné à un partenariat avec le secteur industriel, pour une proportion plus significative des budgets. En parallèle, les aides financières à la recherche privée seraient liées en partie à la qualité des partenariats noués avec le monde universitaire.
Une des conséquences –à accepter– sera une concurrence accrue entre laboratoires pour accéder aux financements. Et si on réussit à rendre les entreprises françaises plus rentables, en particulier les PME, elles auront plus de moyens à consacrer à la recherche, amorçant ainsi un cercle vertueux.
Une sortie «par le haut» entraînera des reconversions importantes pour beaucoup, sur les dix ans à venir. Ces efforts ne seront acceptables que s’ils sont bien accompagnés. La plupart des suppressions d’emploi résultent, in fine, d’une inadéquation entre les qualifications disponibles et les besoins de l’industrie nationale.
Il est indispensable d’admettre que retrouver un emploi durable passe souvent par l’acceptation d’un changement de métier. Il convient de réussir enfin la mise en place d’une vraie flexsécurité. Le système danois est cité en exemple de ce qu’un pays à forte tradition sociale peut faire. Il est généreux dans les montants versés, la durée d’indemnisation et l’appui moral et intellectuel au salarié. Il est exigeant dans ce qui est demandé pour rechercher un emploi, se former utilement et finalement accepter un emploi disponible même éloigné des compétences historiques de la personne.
Un plan crédible de gestion rigoureuse des dépenses publiques –je parle bien ici des dépenses et pas du déficit– n’est pas seulement indispensable pour protéger notre fameux triple A. C’est un élément essentiel d’une ambition industrielle pour la France.
Toute entreprise sait que des frais généraux excessifs, ou peu efficaces, peuvent la tuer à petit feu. Les «frais généraux» de la France sont très élevés, et ne sont trop souvent pas gérés avec le même souci d’efficacité que ceux des entreprises soumises à la pression des concurrents internationaux. Ils sont un frein majeur au dynamisme de l’économie et à l’emploi.
Il est essentiel d'engager plus vigoureusement que maintenant une politique à long terme visant à être exemplaire sur ce point. Des pays comme le Canada ont donné l'exemple et montré que c'était possible, à condition d'en avoir la volonté. La Suède, l’un des pays les plus égalitaristes au monde, a des dépenses publiques inférieures de 100 milliards aux nôtres. C'est sans aucun doute quelque chose que les chefs d'entreprise regardent avec attention quand ils se demandent si l'État, au-delà du discours, a vraiment une volonté industrielle.
Ces quelques idées sont certainement très difficiles à mettre en œuvre et peuvent être considérées par certains comme une utopie. Je suis convaincu que la poursuite de la «politique industrielle à la française» ne peut que nous enfermer dans l’impasse dans laquelle nous sommes engagés. Nous devons changer de logiciel!
Jean-Pierre Rodier
« l’industrie a du mal à attirer les jeunes de talent; elle les paye mal… » Si elle peut se permettre de les payer aussi mal, c’est qu’elle n’a pas de mal à les attirer.
« Nous n’avons pas la pratique du compromis, mais celle de l’arbitrage permanent par l’autorité politique. C’est peut-être, de toutes nos faiblesses, la plus pénalisante. L’État, qui ne résiste pas à la tentation d’intervenir et auquel «la Société» demande sans cesse d’intervenir, joue un rôle structurant fondamental dans la vie sociale, appauvrissant par là le dialogue social dans l’entreprise et amenant trop souvent les acteurs à un jeu de rôles. » Très drôle ! En cas d’occupation de l’usine par les ouvriers, qui demande l’intervention des forces de l’ordre, c'est-à-dire de l’État, sinon l’employeur ? Mais bien sûr, à part quand le patron a besoin des matraques et des gaz lacrymogènes des CRS, l’État ne devrait jamais se mêler des problèmes des entreprises.
« Nous avons pu, jusqu’au milieu des années 1990, trouver les moyens de pallier nos faiblesses. » Absolument pas ! La France est ravagée par un chômage massif depuis 1974. Au milieu des années 1990 le mal était fait depuis longtemps.
« Des systèmes d’aides massifs, financés par endettement, permettaient de compenser les erreurs économiques, comme le coût trop élevé du travail peu qualifié ajouté aux 35 heures. » Ce n’est pas parce qu’un mensonge a été répété 500 000 fois qu’il devient la vérité. Rétablissons la vérité : le SMIC est beaucoup trop bas dans notre pays. Ce n’est pas moi qui le dit mais les banques, les assurances et les agences immobilières. Essayez d’emprunter pour acheter un logement, ou de trouver un appartement à louer pour une famille en ville en présentant des fiches de paie de smicard. On vous rira au nez.
Essayez de payer une mutuelle pour pouvoir vous soigner un tantinet décemment si vous tombez malade avec un budget de smicard : vous n’y arriverez pas et devrez renoncer.
Et pourquoi croyez-vous que des millions de smicards roulent sans permis ou sans assurance ? Voilà la réalité, tout le reste n’est que baratin, propagande et mensonges.
Quant aux 35 heures, même chose. Ce n’est pas parce qu’un mensonge a été répété 500 000 fois qu’il devient la vérité. Et la vérité, c’est que la durée moyenne effective du travail est plus basse en Allemagne qu’en France. 35 heures ou pas, en aucun cas la France ne saurait être handicapée par une durée hebdomadaire légale trop courte du travail.
D’ailleurs une durée hebdomadaire légale trop courte du travail ne peut gêner le patron qu’en période de plein emploi, quand il a du mal à recruter. Certainement pas en période de chômage de masse, quand des millions de jeunes supplient les patrons de bien vouloir les embaucher.
Et encore, même en période de plein emploi, une durée hebdomadaire légale insuffisante pour répondre à la demande de main-d’œuvre ne constitue pas un obstacle infranchissable. Avant 1974, les patrons réglaient le problème en offrant des heures supplémentaires, ou au pire en faisant venir des immigrés. Jamais l’économie française n’a été handicapée par une durée hebdomadaire légale du travail trop courte, même pas à l’époque du plein emploi ! Alors aujourd’hui…
« Dans cette catégorie figurent aussi les systèmes de préretraite ruineux qui ont créé une attente de départ de plus en plus tôt et légitimé dans les entreprises un arrêt de la formation permanente à un âge beaucoup trop jeune. » Mais dans quel monde vivez-vous ? Cela fait combien de temps que vous êtes arrivé en France ? Vous ne savez pas que la France a très peu utilisé les préretraites, beaucoup moins que les pays du Nord de l’Europe ? Que ce sont les patrons qui ont réclamé les préretraites, pour pouvoir enfin embaucher un jeune de temps en temps ? Qu’ils ont dû supplier l’État et les syndicats pour cela ? Que seuls les patrons de grandes entreprise dans des secteurs en déclin ont réussi à en obtenir, et que maintenant c’est déjà fini ?
« Un allègement des charges sociales qui pèsent sur le travail est de toute évidence nécessaire » Mais ce que vous appelez les « charges sociales » ne sont des cotisations qui servent à payer la conservation et la reproduction de la force de travail, parce que les salaires n’y suffisent plus depuis longtemps ! Allocations familiales, allocations logement, assurance maladie…Vous ne savez donc pas que d’après Marx, quand la rémunération du travail ne suffira plus à assurer la conservation et la reproduction de la force de travail, le capitalisme s’effondrera et le communisme triomphera ?
« Il est également nécessaire de repenser la durée du travail. Même si le CAC 40 n’en fait pas une priorité, 75% des autres chefs d’entreprises le demandent, selon un sondage récent. »
Et 100 % des chômeurs !
« Il faut permettre aux branches, et aux entreprises, de discuter librement de la durée du travail effectif et du salaire correspondant. » Discuter librement oui, mais avec qui ? Les millions de chômeurs qui crèvent dehors en attendant que les places se libèrent enfin, que les vieux partent à la retraite, que la durée hebdomadaire légale du travail soit réduite drastiquement, aimeraient beaucoup participer à la discussion.
« La mère de toutes les réformes est de créer les conditions d’un vrai dialogue entre des partenaires sociaux responsables pour augmenter la richesse créée par l’entreprise puis négocier son partage, sans intervention de l’État » Surtout aucune intervention de l’État, jamais ! Il pourrait dans un moment d’égarement tenter de faire valoir l’intérêt national…
« Il faut avoir confiance dans la capacité des partenaires sociaux à négocier de façon autonome et responsable des accords qui soient bons pour leur entreprise et pour les salariés. L'État, qui subit trop de pression, est très mal placé pour cela. Pour y parvenir, les pouvoirs publics doivent s’engager à ne pas intervenir dans un champ qui aura été défini avec précision. Il faut donner à cet engagement une valeur juridique contraignante, par exemple en l’inscrivant dans la Constitution. » Inscrire dans la constitution que L'État ne pourra plus jamais envoyer les CRS pour mater les travailleurs qui ne veulent pas signer les accords que leur proposent les patrons ? Chiche !
« Le taux de chômage des docteurs est supérieur à celui des Bac+5. Tout cela traduit, malgré des progrès récents, un manque de confiance entre le monde universitaire et celui de l’entreprise. » Mais oui bien sûr ! Le chômage et la misère ne sont pas des problèmes économiques ou sociaux. Ils n’ont aucun rapport avec le partage des richesses et du travail. Ce sont des problèmes purement culturels et psychologiques, des problèmes de manque de confiance. Une bonne campagne de communication devrait suffire à régler cela.
Cela a été écrit dans l'article de manière douce "L’image de l’industrie n’est pas bonne" mais je crois qu'il faut le marteler encore et encore, en France on n'aime pas l'industrie. Et ça c'est le problème numéro 1 car tout le reste en découle. Il ne pourra pas y avoir de changement si on continue à détester l'industrie.
Pour ma part je suis largement pessimiste quant à une possibilité de changement. Nos élites n'ont aucune culture industrielle. Lors des primaires M. Aubry se gargarisait de son expérience de 2 ans en tant que n°3 chez Pechiney ! Comme si ce maigre temps (et sans oublier qu'elle a quitté son poste pour aller dans un gouvernement, pas vraiment de quoi prouver un attachement à l'industrie) suffisait à faire d'elle une femme d'industrie ! Il n'y aura aucun candidat qui aura un vécu significatif dans l'industrie, les seules choses qu'ils connaîtront de l'industrie seront des choses rapidement lues, vues ou entendues, des notes de conseillers n'ayant eux non plus aucune expérience de l'industrie, d'autres en resteront à une vision à la Germinal. On continuera donc à privilégier dans l'enseignement les voies nobles intellectuelles (ce qui est normal d'ailleurs, combien d'enseignants connaissent l'industrie) en donnant de l'industrie une mauvaise image. On continuera à alourdir les demandes d'implantation des industries (en général ce sont des ICPE, l'étude d'un dossier d'autorisation prend plusieurs mois - fourchette basse - à plusieurs années, qui a envie de lancer ?), on continuera à réclamer des industries tout en manifestant quand il y aura un projet d'usine dans sa commune et nos dirigeants politiques continueront à se lamenter sur la désindustrialisation tout en légiférant toujours plus durement contre l'industrie !
ça ne donne pas envie d'être optimiste tout ça !
1/ L'image de l'industrie en France a une certaine histoire ("glorieuse" dans le sens où elle a permis un développement important du pays, "honteuse" dans les conditions de travail des ouvriers). Les grandes luttes pour les droits des salariés y sont liées, les patrons ont fait des pieds et des mains pour ne surtout avoir aucune contraintes vis-à-vis des employés, cadences de travail, pauses, salaires, conditions de travail, etc...
Ce secteur ne développe qu'une chose au niveau humain : une capacité à mourir plus rapidement que la moyenne des salariés.
2/ En ce qui concerne le manque de préparation à la mondialisation... on peut noter une première erreur de la part de nombre d'entrepreneurs, patrons ou RH (enfin, c'est ce que je pense) : aux yeux de nombre d'entre vous, l'école, l'université, le lycée, doivent créer de futurs employés. Grosse erreur, ces institutions font des citoyens aussi éclairés que possible (dans l'idéal), aux entreprises de former ensuite ces citoyens aux besoins spécifiques liés à l'entreprise qui les emploie. Pour avoir des amis, de la famille, travaillant à l'étranger, il semble que vous, patrons français, ne voyez pas les choses de cette manière...mais, si vous voulez des salariés capable de réfléchir, prendre des initiatives, ceux-ci doivent DEJA avoir acquis ces capacités, avant même d'entamer une formation réellement technique. Non?
3/ Baisser les charges pour les entreprises? Dois-je vous rappeler qu'un rapport paru récemment dévoile que le montant de la fraude aux charges s'élève à environs 20Md €? Que cette fraude représente 2Md € pour les particuliers et environs 18Md € pour les entreprises? Que ces 18Md pourraient très largement contribuer à la formation continue, de manière à ce que les employés français puissent être au niveau pour maintenir les emplois en France?
Vous parlez du coût du travail en France par rapport à l' Allemagne. Ce dernier pays a souvent été pris en exemple par nos "dirigeants" et les patrons. Néanmoins, les mêmes évitent soigneusement de rappeler que de grosses entreprises allemandes, faisant des bénéfices importants, offrent une prime conséquente à leurs employés ces années là (j'ai à l'esprit VW, qui, je crois, fonctionne/fonctionnait ainsi). En France, si un patron nous file 10€ de prime, il ne comprend pas qu'un salarié lui crache au visage.
Idem sur la durée du travail : outre-Rhin, la semaine de travail est plus courte qu'en France ;-)
4/ De l'intervention publique : comme de plus en plus de français, je n'attend plus grand chose de l'Etat. Celui-ci a déjà perdu la plupart de ses prérogatives, accède à la demande des entreprises française de ne surtout pas augmenter le SMIC alors que tout augmente, y compris le montant des produits fabriqués par ceux à qui l'on refuse une augmentation de salaire (j'entend par là le bas de l'échelle hiérarchique, un patron, lui, ne refusera pas de s'augmenter de 20% même en période difficile...).
Pour faire plus simple, je vais prendre l'exemple de Péchiney que vous avez dirigé pendant près de 10 ans. L'exemple est centré sur le secteur originel de cette société, à savoir la métallurgie et particulièrement l'aluminium.
Péchiney achète de l'alu à une société d'extraction (disons, ExtractAlu), le transforme ensuite pour revendre à l'industrie automobile - AluCar -, qui va retransformer ce produit via certains de ses employés, produit qui sera "plié" pour faire de la tôle pour carcasse auto, puis vendu sous forme d'un produit fini à l'ensemble de la population X.
Les ouvriers de Péchiney achètent, pour se rendre sur le site de transformation de Péchiney, un véhiculé produit par AluCar.
ExtractAlu décide d'augmenter son prix de vente à Péchiney. Péchiney doit répercuter cela sur son client AluCar, qui doit lui même le répercuter sur la population X.
Péchiney a refusé d'augmenter le salaire de ces employés. Ils ne sont plus en mesure d'acheter un produit AluCar qui doit diminuer sa production, donc ses achats à Péchiney. Péchiney subi donc une perte. Pour éviter que celle-ci ne continue, l'entreprise licencie. De moins en moins de personnes achètent chez AluCar, qui licencie à son tour pour ne pas tomber. AluCar continue de diminuer ses achats à Péchiney, qui engrange de nouvelles pertes et réduit encore sa masse salariale. Le chômage augmente, les aides sociales également. Les aides étant à peine suffisantes pour survivre, l'achat de véhicule est reporté sine die. AluCar et Péchiney engrangent de plus en plus de pertes, demande au gouvernement des baisses d'impôt importantes qui lui sont accordées. Moins d'argent dans les caisses de l'Etat, qui n'est plus en mesure de former à d'autres emplois.
Et ainsi de suite jusqu'à la situation actuelle.
Les syndicats, en tout cas les leaders de centrales, sont globalement corrompus par les entreprises. Ceux-ci ne défendent que leur "bout de lard", qui n'est plus la qualité de vie entreprise mais leur place de leader.
Et les patrons, lorsqu'une grève éclate, n'hésitent pas à faire intervenir les CRS et autre Gendarmes Mobiles pour mettre fin à ladite grève.
Les syndicats n'ont donc plus réellement de pouvoir. Les salariés s'en écartent et demandent finalement l'arbitrage de l'Etat pour une négociation, ce qui n'est pas réellement sa prérogative.
5/ La recherche. Là, vous me faites bien rire. L'un des plus gros budget d'une entreprise n'est pas la R&D, mais le Marketing!!! Vendre est certes nécessaire, donc un budget conséquent aussi. Malheureusement, avoir un budget "Vente" monstrueux tout en produisant un mauvais produit ne sert strictement à rien, si ce n'est pour faire de l'argent à court terme, qui est l'arrêt de mort d'une entreprise.
Résultat : de très bons vendeurs, mais des produits qui laissent à désirer. Donc, des pertes de marchés et l'on peut reprendre l'exemple ci-dessus.
Bon, j'arrête là, il y aurait bien plus à dire sur le tissu industriel mais aussi sur l'ensemble du patronat et du salariat pour ne faire ça qu'avec une tribune ou un commentaire.
Je me doute aussi que les choses ne sont pas aussi manichéenne que je semble le croire, mais toujours demander aux salariés de se serrer la ceinture alors même que ceux qui dirigent les sociétés continuent à faire comme si de rien n'était...BASTA!
Cordialement,
Raphaël PIQUERA aka Waphy
1/ Le niveau des charges qui pèse sur les entreprises est insupportable. 71 % de la valeur ajoutée du secteur marchand part en impôts et prélèvements (74 % dans ma société). Qui paye les 54 % de dépenses publiques ? Les entreprises, puis les citoyens. Il suffit d'aller voir des PME allemandes pour comprendre la différence. Comparer les prix entre la France et l'Allemagne permet aussi de constater que tout est moins cher outre-Rhin, avec des salaires plus élevés. Le problème est d'abord le surcroît de "frais généraux" de la France. 1er frein.
2/ Pour être compétitif, il faudra travailler plus, en réduisant les dépenses publiques et en innovant. Il faudra aussi baisser les prix en France, notamment le logement. Le portefeuille des français est tué par les dépenses publiques, mais aussi par la spéculation foncière et immobilière. 2ème frein. Au passage, je note que pour un contribuable aisé, il est plus rentable d'investir dans un monument historique que dans une entreprise.
3/ Ma société intervient dans le dentaire. Il n'y a quasiment plus de fabricant français. Les derniers se font racheter et deviennent des filiales de distribution. Tous nos fournisseurs étrangers travaillent avec des universités : coopération étroite et confiante. En plus ces universités ont des moyens et trouvent naturel de coopérer avec des industriels. Quasiment impossible en France : règnent dans ces universités l'arrogance parfois, l'incompétence souvent, et le manque de moyens toujours. En plus, travailler avec des entreprises privées est un péché. La structure de la recherche (INSERM, CNRS) est inadaptée parce que dans les mains de mandarins. 3ème frein.
4/ le droit social est inadapté. Il coûte 5 % de la masse salariale. Aujourd'hui, l'entreprise est responsable de tous les maux de la terre, doit suivre des quotas pour tout, et reste toujours coupable. J'avoue que j'ai un regret, avoir voulu un CE au lieu de m'organiser pour rester à moins de 50 personnes. Qui se rend compte de la somme de coûts, de paperasse, d'obstacles que cela entraîne ? Je ne parle pas des arrêts-maladie bidons, des salariés qui s'organisent pour être licenciés pour profiter quelque temps du système. 4ème frein
5/ Notre logique de l'Etat tout-puissant et donneur de leçons nous tue. Nous dépendons d'une administration (AFSSAPS) qui se fait un plaisir de rendre les règlements et certifications plus compliquées que dans les autres pays européens, en prétendant que les autres pays nous suivront... En Allemagne, comme en Italie ou dans les pays scandinaves, les fabricants sont respectés. Ici, nous sommes au service de l'arbitraire public. 5ème frein.
Les incultes de l'économie reconnaissent pourtant que la pauvreté s'accroît en France et que l'industrie disparaît. Ce serait de la faute des patrons. Tout cela est aberrant. Les patrons seraient vraiment masochistes de tuer leurs entreprises ! Si ces bornés voyageaient un peu et ouvraient les yeux, ils verraient cette cruelle évidence : il faut changer de logiciel comme le dit M. Rodier, et vite.
Cela suffit pour comprendre le reste.
On va sûrement augmenter la TVA que je dois payer aussi tous les 21, mais je ne pense pas qu'on nous abaisse nos charges pour autant, ça mériterait un gel de la TVA par les entreprises le jour où on en aura vraiment marre d'être des suppos.
Nous ne sommes pas en démocratie ici, nous n'avons jamais quitté la prison de la Bastille, on l'a renforcée, c'est écrit sur nos gueules.
Je vous souhaite bien du courage pour avaler les programmes télé à répétition, mère de la lobotomie nationale. Reste encore quelques mois avec le loft de l'Elysée.
Nous sommes des cons.