Monde

La Grèce, pays sous perfusion communautaire

Temps de lecture : 2 min

La leçon de l'épisode référendaire est politique et budgétaire. Quelle est la souveraineté d’un Etat à qui l’on dénie le droit d’organiser un référendum? Quelle est la responsabilité d’un Etat qui fait abstraction, à ce point, de l’effort de ses partenaires?

Under waterlin / Marcus Vegas via FlickrCC License by
Under waterlin / Marcus Vegas via FlickrCC License by

C’est peu dire que l’option référendaire un temps évoquée par Georges Papandréou pour faire valider le nouveau plan d’aide à son pays a déconcerté ses partenaires de la zone euro. Non que la procédure envisagée ait été illégitime, au contraire, mais la façon de faire, l’encre de l’accord à peine sèche et «dans le dos», si l’on peut dire, a semblé plutôt inappropriée. Que vaut la parole d’un gouvernement qui ne gouverne plus? La question se posera bientôt pour d’autres pays.

L’hypothèse –l’hypothèque– référendaire est levée. Mais avec ce geste, la parole s’est libérée. Cela n’a pas traîné d’ailleurs. Le tabloïd allemand Bild Zeitung n’a pas manqué de mentionner que l’Allemagne payait déjà beaucoup pour ses partenaires. Même le toujours excellent Alain Lamassoure, président de la Commission des budgets au Parlement européen, rappelait, dans une tribune au Monde, que la Grèce avait reçu des dizaines de milliards d’euros d’aides de la part de l’Union.

La parole se libère d’autant plus facilement que les chiffres se passent de commentaires. Les relations budgétaires entre la Grèce et l’Union européenne ont même été plutôt privilégiées. Dès son adhésion en 1981, la Grèce a souhaité «tirer parti des avantages de son adhésion à la CEE. Ces pressions ont contribué à l’introduction du premier mécanisme de redistribution (budgétaire) sous la forme de Programmes méditerranéens intégrés», rappelle le site de l’ambassade de Grèce. Cette solidarité ne s’est jamais démentie depuis. Avant les aides par les prêts (prêts ou garanties de prêts, rachats ou annulation de dettes), le premier relais de l’aide européenne à la Grèce passe par le budget communautaire, comme on peut en juger:

  • La Grèce aura reçu en dix ans 69 milliards d’euros de crédits communautaires, plus de 6.100 euros par habitant. Record d’Europe.
  • Depuis le début des fonds structurels en 1988, 100 milliards d’euros ont été programmés en Grèce. La dépense effective moyenne annuelle au cours des cinq dernières années est de 3,5 milliards, soit 312 € par habitant. Record d’Europe.
  • La dépense agricole moyenne annuelle est de 3,2 milliards, soit 285 € par habitant. Record d’Europe. Le montant des aides directes au revenu est de 590 € par hectare. Record d’Europe.
  • Le solde net (dépense du budget UE en Grèce – contribution au budget UE) est de 25 milliards en cinq ans, financé pour moitié par l’Allemagne et la France. Record d’Europe. (chiffres complets sur le site www.finances-europe.com)

Les décomptes font les bons ennemis. Pas plus pour les Etats que pour les individus, l’argent versé n’entraîne de droit pour celui qui le donne, et encore moins de lien de subordination, mais il entraîne des devoirs pour celui qui le reçoit. La Grèce n’est pas seulement au bord du gouffre, elle perd sa mémoire. Il y avait une sorte d’indécence à l’oublier et ses partenaires le lui ont rappelé.

Dans la mythologie grecque, lors de la création du monde, la belle Pandore ouvrit une boîte qu’on lui avait interdit d’ouvrir et les maux de la terre se répandirent sur l’humanité. Pareille à la boîte de Pandore, l’urne citoyenne a fait remonter des chiffres que l’on aurait préféré ne pas rappeler.

La leçon de cet épisode est politique et budgétaire. Quelle est la souveraineté d’un Etat à qui l’on dénie le droit d’organiser un référendum? Quelle est la responsabilité d’un Etat qui fait abstraction, à ce point, de l’effort de ses partenaires? Pour de bonnes et de mauvaises raisons, les Etats de l’Union ont aidé la Grèce à travers les aides budgétaires. Pour de bonnes et de mauvaises raisons, les Etats de la zone euro vont continuer à le faire à travers leurs prêts. Maintenant, si les Grecs n’en veulent pas...

Nicolas-Jean Brehon

Nicolas-Jean Brehon Enseignant en finances publiques

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