Culture

Anthony Rowley, un dandy de l'édition est mort

Temps de lecture : 2 min

Publier chez lui, pour ses auteurs, était une évidence. Hommage à l'homme qui avait refondé le milieu de l'édition.

Anthony Rowley interviewé par France Info en 2010. Capture d'écran
Anthony Rowley interviewé par France Info en 2010. Capture d'écran

Il était long —près de deux mètres… Il fumait d’improbables cigares et il trifouillait dans nos livres avec une gourmandise qui seyait au brigand qu’il était.

Anthony Rowley, je n’ai pas peur de le dire, pensait l’édition autrement. Il avait coalisé, d’abord chez Perrin, ensuite chez Fayard, une armée d’historiens —mais pas seulement— dont la marque de fabrique était de combiner science, conscience, et transmission; de concilier le souci de l’objet, celui du discours et celui des lecteurs.

Publier chez lui était devenu pour nombre d’entre nous une évidence, tant il suivait ses auteurs, tant il en prenait soin et les poussait, les stimulait sans jamais les mettre sous pression, prenant avec passion soin d’eux et de leurs livres, se démenant avec son équipe et notamment avec Marie-Laure Defretin, son éternelle et merveilleuse attachée de presse, pour que ces livres fussent achetés et lus. Oui: nous, ses auteurs, avons été séduits, soulevés, enlevés, choyés par cette équipe dont il était l’âme.

Anthony Rowley est mort ce mercredi 26 octobre 2011. Il a été un historien économiste de talent, le destin faisant que sa thèse d’État sur la Bourse de Londres resta au fond de son tiroir et qu’après un si long tunnel, Anthony Rowley devint ce que nous connaissons tous de lui: cet historien de la cuisine et du plaisir, de la liberté académique et de cette uchronie qu’il pratiqua avec Fabrice d’Almeida.

Il avait véritablement refondé un milieu d’édition; il promenait ses deux mètres de banditisme dandy dans une constellation d’auteurs attachés à lui par des liens «dont pas un ne devait se rompre», pour reprendre les mots du poète guerrier. Il a d’abord fait de Perrin une maison d’édition où l’on pouvait de nouveau donner des textes d’histoire, puis, parti chez Fayard, il emmena avec lui une grande partie de ses auteurs.

Ses… Oui: les auteurs —ceux qui comptent, devrais-je dire— qu’Anthony Rowley publia lui ont, je crois, appartenu en quelque sorte; nombre d’entre eux sont aujourd’hui littéralement sidérés par sa brusque disparition. Et ils ne sont pas seuls dans la sidération: toute une cohorte d’étudiants formés par lui à Sciences-Po dans son cours sur cuisine et gastronomie ont reçu la nouvelle de son décès dans l’incrédulité et la tristesse. «Mon Dieu, qu’allons-nous faire?», se disent des dizaines de personnes en ces jours d’automne…


Anthony Rowley, france-info, 17112010 par FranceInfo

Mais il est un message qu’Anthony Rowley délivrait à qui voulait bien écouter. Anthony Rowley avait voici 21 ans vécu un immense désastre familial et ne s’en cachait pas. Il était pourtant toujours resté —au prix de quel effort, de quelle résistance!— historien et écrivain, tout en portant à bout de bras une famille éprouvée. Il montrait ainsi, sans ostentation, avec tact et style, jour après jour, que la peine et le malheur ne devaient pas dominer nos vies.

C’est pour ma part cette leçon-là que je retiendrai; celle qui nous accompagnera, nous ses amis, ses collaborateurs, et je le crois fermement sans la connaître, sa famille. La peine et le malheur n’ont jamais dominé sa vie; ils ne domineront pas les nôtres.

Christian Ingrao

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