France

Les Français issus de l'immigration, grands absents de la primaire

Jean-Christophe Despres, mis à jour le 18.10.2011 à 17 h 57

Le débat public répugne, sauf à l’extrême droite, à se saisir de ce qui semble poser problème, c'est-à-dire la situation des noirs, des arabes, rebaptisés musulmans ainsi que des asiatiques.

Au siège du PS à Paris le 16 octobre 2011, REUTERS/Gonzalo Fuentes

Au siège du PS à Paris le 16 octobre 2011, REUTERS/Gonzalo Fuentes

Au début se trouve déjà la difficulté de nommer les personnes dont il est question. Issus de la diversité, minorités visibles, personnes issues de l’immigration… autant de termes non neutres tant ils relèvent d’un malaise face à une situation précise. Personne n’a en effet évoqué Manuel Valls comme un immigré (à part lui-même), ce qu’il est pourtant (né à l’étranger de parents étrangers).

Ainsi, le débat public répugne, sauf à l’extrême droite, à se saisir de ce qui semble poser problème, c'est-à-dire la situation des noirs, des arabes (et berbères), rebaptisés musulmans ainsi que des asiatiques.

Luttant de manière quasi automatique sur des termes convenus et définis au gré du vent comme la laïcité ou le communautarisme, la gauche a étouffé une question qui a fini par entrer dans le débat public sous le poids de certaines réalités amplifiées par le vent mauvais de ceux qui ont utilisé les questions identitaires comme facteur de diversion/division.

C’est la droite, sous la pression de son aile extrême qui a choisi de créer ce fameux ministère de l’Identité nationale, puis ce fumeux débat, sans parler des différentes lois sur le voile à l’école puis le niqab dans la rue, soutenues par une partie de la gauche.

Effrayés par le climat de guerre civile ainsi créé, certains membres de la majorité ont commencé à reculer.

Quant à la gauche, fidèle à sa tradition depuis la création de SOS Racisme, elle se cache derrière un universalisme de façade qui contribue à éluder de fait le problème du zonage ethnique dans les quartiers populaires et les écoles y attenant, celui des discriminations de toutes sortes, sans parler d’un certain discours anti-mondialisation qui, en clouant la Chine au pilori, entretient sans le vouloir un sentiment de méfiance vis-à-vis des asiatiques «sûrs d’eux et dominateurs».

En réalité, les clichés de l’époque coloniale n’ont pas été totalement évacués et la reconnaissance de ce continuum historique vaut à des universitaires comme Pascal Blanchard, Pascal Boniface, Patrick Weil, Esther Benbassa, Eric Fassin d’être catalogués comme des ludions plus que comme des chercheurs légitimes. Dire l’Histoire coloniale et en étudier ses conséquences contemporaines vaut d’être qualifié d’apôtre de la repentance voire d’agents de l’anti-France (sic).

C’est pourtant la reconstitution du lien social qui est en jeu c'est-à-dire celui de la place des Français et plus généralement des Européens dans un monde globalisé. Nos concitoyens sentent naturellement qu’ils ne sont plus centraux et les gesticulations diplomatiques masquent mal des fautes géopolitiques majeures (refus d’entrée de la Turquie dans l’Europe, manque de cohérence dans nos relations avec la Chine, politique Africaine uniquement affairiste) qui empêchent ce malaise, cristallisé en partie par Arnaud Montebourg lors du 1er tour de la primaire socialiste.

Reprendre son destin en mains nécessite de savoir qui nous sommes, ce nous voulons et pouvons faire ensemble en vue de définir notre relation aux autres.

Or, la France est devenue, pour paraphraser Edouard Glissant, un «pays monde», un pays Créole. Ses habitants portent en eux ces différences qui peuvent les conduire à s’adapter, sans se soumettre, au déplacement du centre de gravité du monde contemporain. Pour cela, il faut donc accepter des différences, des dissonances et reconnaître que celles-ci ne remettent pas en cause notre socle commun. Un Français, de toute origine, de toute religion, quand il vit à l’étranger l’admet volontiers: notre pays est structurant.

Face à cette mutation, à la nécessité probable de faire encore appel à l’immigration, à faciliter la liberté de circulation rendue nécessaire par les stratégies désastreuses de citadelles assiégées, la gauche est restée muette et molle. Que des coups à prendre. Electorat déjà anti-sarkozyste. Allez, on en reparlera. Cette vieille lâcheté risque de se payer cher, aussi bien auprès de ceux dont on entretient la peur que des français issus de… (resic) qui n’en peuvent plus de servir de force d’appoint.

Jean-Christophe Despres

Fondateur de Sopi Communication, première agence de marketing «ethnique» en France

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