Economie

L'Europe, l'euro, le vilain petit canard

Yves Labat, mis à jour le 22.07.2011 à 15 h 09

Qu'est-ce que l'histoire retiendra de ce 21 juillet 2011?

Slippery when frozen / jinterwas via FlickrCC License by

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Au-delà des commentaires savants mais certainement prudents que les spécialistes ne manqueront pas de faire sur l’issue financière et monétaire des décisions prises à Bruxelles jeudi, arrêtons-nous un instant sur ce que l’histoire retiendra de cette journée.

Quelques années plus tard, si un historien avait la chance de récupérer quelques manchettes du 21 juillet 2011, il pourrait en isoler deux:

Et

Poursuivant son analyse, cet historien aurait bien du mal à saisir pourquoi les agences de notation, les spéculateurs et autres hedge funders s’étaient acharnés à prévoir ou à parier sur la faillite de la Grèce (et son domino le plus proche: la chute de l’euro) alors que la plus grande économie du monde et en même temps la plus grande démocratie du monde cheminait vers la catastrophe sans qu’ils aient envie d’en tirer profit.

Dans ma naïveté –car j’ai perdu espoir de comprendre les instruments financiers d’aujourd’hui et je me refuse à faire, à l’instar de beaucoup d’autres, celui qui a compris–, je ne peux que me dire: c’est qu’ils sont persuadés que l’Amérique va trouver une solution alors qu’ils doutent que l’Euro et donc l’Europe survivent à la crise.

Dans l’échelle d’appréciation des «gamblers» financiers, l’Europe est un vilain petit canard.

L'Europe est tout sauf rationnelle

Et pourtant, l’Union européenne n’est jamais aussi «résiliente» que lorsqu’elle est au milieu d’un ouragan. Et si les spéculateurs en doutent, c’est tout simplement que le «machin» européen échappe complètement à leur entendement.

En effet, l’Europe de Newton, Leibniz, Descartes est, étrangement, tout sauf rationnelle: plus tout à fait une addition administrative de pays, pas encore –et peut-être jamais– une Fédération.

On ne dira jamais assez que l’Europe prend des chemins imprévisibles parce qu’elle explore un modèle de gouvernance qui est tout simplement nouveau.

La culture anglo-saxonne –qu’on le veuille ou non, elle domine les marchés financiers– veut pouvoir se rassurer en expliquant le succès d’un projet par l’efficacité de son organisation et de ses systèmes ou par le soin particulier avec lequel la planification de l’action a été menée.

L’Europe échappe à cette logique: l’Europe ne copie pas une expérience passée, l’Europe ne s’analyse pas au travers de «benchmarks». Elle invente. Elle ne peut donc être comprise ou prévue par des modèles prédictifs. Elle avance parce que tout simplement, quand ca va mal, la pression de l’histoire, sur ses dirigeants, est telle que leurs bras ne défaillent pas.

Ce matin, 22 juillet, la presse est plus ou moins unanime pour dire que le problème est résolu, pour l’instant.

Un peu d’optimisme: le vilain petit canard était perdu au milieu des cygnes. Ça ne l’a pas empêché de trouver sa voie. Mais à propos, qu’est-il arrivé au troupeau de cygnes qui l’accompagnait?

Yves Labat

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