France

Sauvons l'euro maintenant

François Hollande, mis à jour le 20.07.2011 à 14 h 45

La crise de l'euro est avant tout une crise politique. La crise n’est pas celle d’une économie défaillante mais celle d’une Europe impuissante.

A Lisbone, en juillet 2011. REUTERS/Rafael Marchante

A Lisbone, en juillet 2011. REUTERS/Rafael Marchante

FACE À LA SPÉCULATION qui menace, l’euro cherche… une date. Aux dernières nouvelles, ce serait jeudi que se tiendrait le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, et tant pis si un avis de tempête était annoncé pour lundi.

Ce constat accablant révèle une triste réalité: la crise de l’euro est avant tout une crise politique. Il ne s’agit pas de nier les risques d’insolvabilité de la Grèce, les dettes accumulées par le Portugal et l’Irlande et la fragilité de l’Espagne et de l’Italie, pas d’avantage de passer sous silence les risques que présentent les comptes publics de la France. Mais l’Europe paye d’abord son absence de stratégie commune de désendettement, et ce dès avant la crise de 2008.

La France n’a pas, à cet égard donné l’exemple, elle qui depuis 2007 a déséquilibré ses finances publiques par une avalanche de cadeaux fiscaux au bénéfice des plus favorisés. Le plan de relance de 2009 n’aura fait qu’amplifier la tendance au point qu’en 5 ans, la dette n’a eu de cesse de progresser de 20 points de PIB. (65% en 2007, 85% aujourd’hui), un record.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel doivent enfin s'élever à la hauteur de l'enjeu

Paradoxalement, ce qui peut faire éclater l’euro, ce n’est pas le «défaut» d’un pays de la zone, en l’occurrence la Grèce, mais le «défaut» de direction de l’Europe. Ainsi, les Etats-Unis sont dans une situation budgétaire bien plus grave que l’Europe. Mais chacun sait que l’issue réside dans un compromis entre le Congrès et le Président, c’est-à-dire un arbitrage politique assumé devant les Américains. Sur notre continent, rien de tout cela, la confusion institutionnelle s’ajoute aux contradictions nationales. Et je n’oublie pas l’improvisation technique. D’ou le retard récurrent par rapport aux évènements et le malaise ressenti que la solution d’un jour crée le problème du lendemain.

Le péril est devenu imminent. C’est bien moins la Grèce qu’il faut sauver que la monnaie unique en elle-même. La crise n’est pas celle d’une économie défaillante mais celle d’une Europe impuissante. Le mal qui frappe l’euro n’est pas financier mais politique. C’est l’évidence d’un double manque:

  • Manque de solidarité, car finalement les Européens ne veulent plus payer pour les autres. Ce que les marchés testent chaque jour c’est l’affectio societatis européen. Les Allemands et les Français se mettront-ils d’accord pour aider les Portugais et les Italiens? Telle est la question que les opérateurs se posent, ils parient que cela ne sera pas le cas.
  • Manque d’autorité, car les marchés ont parfaitement compris que devant la faiblesse de l’Europe, ils étaient les plus forts et qu’ils gagneraient à tous les coups. Les banques qui ont joué imprudemment avec la Grèce savent qu’elles échapperont à toute restructuration de leur prêt grâce à la complicité de leur gouvernement. C’est la victoire des agences de notations dont les verdicts tombent comme des diktats. Le pouvoir a changé de main. La démocratie a cédé, ou plutôt abdiqué. L’acte a été scellé lors du sommet de Deauville quand Nicolas Sarkozy a conclu un accord avec Angela Merkel refusant toute augmentation du budget européen et toute nouvelle ressource.

Le mal qui frappe l'euro n'est pas financier mais politique

Puisque la crise est politique, sa solution l’est aussi. Elle suppose l’affirmation d’un gouvernement économique, avec bien plus qu’un ministre des Finances européen, lequel ne serait qu’un organe de plus dans un corps sans tête et donc la source d’une cacophonie supplémentaire. Je propose de fusionner le Président du Conseil européen avec le Président de la Commission et de lui confier cette autorité.

Elle exige ensuite un fédéralisme budgétaire et fiscal pour coordonner les politiques des Etats membres, mais aussi lever des impôts et notamment la taxe sur les transactions financières (taux de l’ordre de 0,1%) qui donnerait à l’Europe les recettes dont elle manque pour financer les dépenses d’avenir.

Enfin, elle appelle une stratégie européenne sur les marchés. Les Eurobonds, c’est-à-dire les emprunts européens, seraient un moyen efficace de lever de l’argent à moindre coût et de l’utiliser pour racheter la dette grecque décotée et de prendre les spéculateurs à leur propre jeux. La Banque centrale européenne pourrait de son côté acquérir des obligations non échues pour permettre une restructuration en douceur des dettes souveraines les plus attaquées.

C’est au prix de cet effort sur elle-même que l’Europe préservera l’existence de l’euro, non pas par des mesures au coup par coup mais par une refondation d’ensemble. Elle partira d’une initiative franco-allemande marquant une cohérence sans faiblesse sur les objectifs et une solidarité sans faille sur les instruments. Un nouveau pacte pour l’euro et l’Europe.

J’en prends l’engagement pour 2012. Mais je sais que d’ici là, le pire est possible si rien de sérieux n’est fait. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel doivent enfin s’élever à la hauteur de l’enjeu. Ils seront jugés sévèrement sur leurs résultats. Leur mésentente, leur pusillanimité et leur attentisme ont déjà coûté très cher. Sauver l’euro, c’est maintenant, c’est tout de suite.

François Hollande

Tribune également parue dans le JDD

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