France

Eva Joly, une nouvelle ennemie du peuple

Les Indivisibles, mis à jour le 19.07.2011 à 14 h 20

Il est temps de regarder la réalité en face. L’UMP ne court plus derrière le FN, l’UMP et ses députés les plus anonymes l’ont dépassé. Le parti présidentiel donne le «la» des thèses les plus xénophobes, en défendant une «certaine idée de la France» débarrassée de toute influence étrangère.

Eva Joly en juin 2011. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Eva Joly en juin 2011. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

On croyait passer cette année un 14-Juillet pépère. Manque de bol, Eva Joly a foutu tous nos plans par terre et déclenché une guerre de tranchées digne des plus grandes batailles françaises en proposant de remplacer le défilé militaire du 14 juillet par un défilé citoyen. Proposition qui à le mérite de soulever une contradiction, on peut toujours se demander pourquoi (comme Paul Moreira) on célèbre un acte d'insubordination civile absolu –la Révolution française– en faisant défiler au pas des militaires obéissants...

Mais l’essentiel n’est pas là, non. L’essentiel est le déferlement de réactions xénophobes envers celle qui a osé proposer un changement.

Nous en avions déjà eu les prémices par Jean-Marie Le Pen qui s’en était pris à son accent «nordique» au début de ce mois, accent bizarrement devenu un accent «allemand», pour se jouer de notre inconscient collectif.

Cet accent, signe audible d’un héritage qui n’est pas exclusivement français, on n’aime pas ici! C’est qu’elle n’est pas «vraiment» française, la Joly. Née à Oslo (Norvège), l’ancienne magistrate a acquis la nationalité française à une époque où des milliards de mariages gris (ou blanc) déjouaient la vigilance des officiers d’état-civil.

Du coup, on comprend l’énervement de Lionel Tardy contre l’administration qui distribue le droit d’être éligible à n’importe qui : «[…] Il est temps pour elle de retourner en #Norvège».

Une ligne, un hashtag qui tue, le tout délivré sur Twitter… à coup sûr, avec ces trois éléments clés il sera notre prochain secrétaire d’Etat à l’Economie numérique!

Ce que ce député vient de nous rappeler, c’est une vieille rengaine qui finalement n’attendait qu’une occasion pour ressurgir: «La France tu l’aimes ou tu la quittes!»

Cette maxime, on la croyait réservée aux basanés, racailles, indigènes ou anti-français! On pensait que la liste s’arrêtait là! Qu’une ligne de démarcation agissait tel un firewall pour séparer le bon du mauvais, le Français de souche du Français d’origine (non blanc), le blanc du jaune d’œuf…

Eva Joly a encore des efforts à faire en matière d’intégration. Elle n’a pas encore compris que la défense est le domaine réservé du chef de l’Etat! 

François Fillon se charge de le lui rappeler avec la désinhibition d’un membre de la droite populaire sortant bourré de l’apéro facebook saucisson-pinard:

«Cette dame n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française

S’il veut renvoyer la toute nouvelle candidate écolo à la présidentielle vers Oslo comme une vulgaire clandestine, il serait bon que le charter fasse –par souci d’économie des deniers publics–  une halte au Pays de Galle pour y déposer son épouse (franco-galloise).

Sur le même mode, Chevènement ajoute:

«La nature de la France lui échappe sans doute. Peut-être lui faut-il encore un peu d'accoutumance

Ces deux politiques nous indiquent que pour comprendre et apprécier la francité, il faudrait jouir du droit du sang ou, a minima, avoir de l’ancienneté sur notre territoire. Cinquante ans au compteur d'Eva Joly, ce n’est pas assez! De son côté, Marine Le Pen ne peut donc espérer défendre davantage le programme du FN, puisque Eva Joly était Française avant sa naissance. Pas de bol Marine, va falloir annoncer ça à Papa! En allemand, ça le fera rire!

Puis ce fut le tour d’Henri Guaino qui pense aussi qu'Eva Joly ne comprend rien à «des dizaines de siècles de tradition» (du 14-Juillet). L’institution du défilé militaire ne date que de 1880! Henri, t’es sûr de ne pas être originaire de Bergen?

Quinze jours après la convention de l’UMP sur le thème de l’immigration, la binationalité revient donc au premier plan du débat politique. C’est Laurent Blanc qui doit être content.

Nul besoin de parler ici de course à l’échalote, il est temps de regarder la réalité en face. Non, l’UMP ne court plus derrière le FN, l’UMP et ses députés les plus anonymes l’ont dépassé. Le parti présidentiel donne maintenant le «la» des thèses les plus xénophobes, en défendant une «certaine idée de la France» débarrassée de toute influence étrangère.

Eva Joly n’a pas voulu se renier, elle n’a pas voulu effacer cet accent qui est une part de son héritage culturel, de ses origines, de son identité! Sentence: elle ne serait donc pas autorisée à critiquer la France, son pays!

Nous proposons donc à Eva Joly de rejoindre le camp des parias, des insoumis, des indigènes, des antirépublicains, des Français-mais-pas-vraiment-Français-de-par-leur-faciès-ou-couleur-ou-religion et nous sommes heureux de l’accueillir au sein des Indivisibles.

Là ou ne compte que votre désir de constituer une société plus ouverte, faisant fi des préjugés, combattant activement les discriminations et ne déniant à personne son identité française, quel que soit son accent! 

Gilles Sokoudjou

Le titre de cette tribune fait référence à la pièce du dramaturge norvégien Henrik Ibsen, Un ennemi du peuple.
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