France

Fessenheim: on en reprend pour 10 ans

Sandrine Bélier, mis à jour le 05.07.2011 à 12 h 48

La poursuite de l'exploitation de la centrale présente un risque inutile, direct et durable pour un bassin de population cinq fois supérieur à celui de Fukushima. Fermer Fessenheim est un devoir, mais en plus, ce serait une belle opportunité.

Une manifestation anti-nucléaire, le 26 juin 2011, à Fessenheim. REUTERS/Vincent Kessler

Une manifestation anti-nucléaire, le 26 juin 2011, à Fessenheim. REUTERS/Vincent Kessler

Si le 4 juillet marque pour l’indépendance des Etats-Unis, il n’est pas prêt de marquer la prise de distance et l’indépendance au nucléaire en France… Le 4 juillet 2011, l'Autorité de sûreté nucléaire a estimé que l'exploitation du réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim pouvait se poursuivre pour dix années supplémentaires –sous réserve de travaux…

Scandaleux, incompréhensible, affligeant, cet empressement et ce manque de réserve dans le contexte japonais et européen. L'ASN émet un avis favorable à la poursuite de l’exploitation de la centrale en demandant notamment le renforcement, avant le 30 juin 2013, du radier, la dalle de béton sur laquelle a été construit le réacteur (4 fois plus mince que celui de la centrale de Fukushima).

Cet avis de l’ASN pointe le coût exorbitant que nécessiteraient les mises à niveau envisagées: socle en béton de protection de la nappe rhénane, remplacement du générateur de vapeur d’un réacteur, mise aux normes sismiques, sécurisation de la piscine de combustibles… La facture sera bien trop lourde au regard des recettes de la vente de l’électricité.

Ce que nous a répondu le cabinet de l'Elysée

Cet avis pour le prolongement de la centrale, conditionné à un certain nombre de prescriptions, finit de démontrer encore une fois l'entêtement des autorités françaises sur le sujet du nucléaire.

Dans une lettre ouverte du 10 mai dernier, signée avec six autres députés européens[1] (élus de l’Alsace et du Bade-Wurtemberg des groupes des Verts européens et des Sociaux démocrates), nous avions formellement appelé le président de la République française, Nicolas Sarkozy, à fermer immédiatement cette centrale.

La réponse qui nous a été adressée le 9 juin dernier était sans équivoque. Par la voix de son chef de cabinet, on nous assurait de «l’excellence technique et la transparence totale du dispositif de sûreté du parc nucléaire français».

A aucun moment il n'était fait mention des risques présentés par cette vieille centrale ou de la nécessité d'appliquer le principe de précaution! Mais il nous était assuré que tous les tests seraient réalisés d’ici fin 2011. Et nous avions naïvement imaginé qu’ils le seraient dans le cadre le plus exigent possible des «nouvelles» règles définies par l’Union européenne et au-delà au regard de la situation particulière de la plus vieille centrale –transfrontalière pour les risques– de France.

Rappelons que la poursuite de l’exploitation de Fessenheim présente un risque inutile, direct et durable pour un bassin de population cinq fois supérieur à celui de Fukushima.

Fessenheim est sujette à 4 fois plus d’incidents que n’importe quelle autre centrale. Sa vétusté et ses caractéristiques techniques obsolètes sont connues. En plus d'être sur une faille sismique, Fessenheim est à 8 mètres en dessous du niveau du canal d’Alsace, avec des possibilités d’inondations en cas de rupture de digues ou par une crue non prévue. 

Ces risques sous-évalués sont autant d’arguments qui doivent conduire à sa fermeture maintenant, pas dans 10 ans! Au vu des derniers évènements au Japon, aux Etats-Unis et même en France (à Tricastin ce week-end), il est incompréhensible et consternant que la France s’obstine à garder sous perfusion une installation aussi dangereuse.

2,8 millions d'emplois

Fermer Fessenheim est certes un devoir que nous dicte le principe de précaution. C’est aussi l'opportunité de transformer ce site en zone pilote recherche-développement pour mettre en œuvre des savoir-faire et des technologies innovantes, générateurs d’emplois nécessaires au démantèlement des centrales nucléaires.

La fermeture de Fessenheim serait le symbole du passage réussi à une transition énergétique vers une société juste, sobre en énergie et approvisionnée à 100% par les énergies renouvelables. Cette alternative est possible. Les chiffres montrent qu'atteindre l'objectif de 20% d'énergies renouvelables dans l'UE délivrerait 2,8 millions d'emplois au total![2]

Refus ou abandon du nucléaire, développement des énergies renouvelables, mesures pour la sobriété et l'efficacité énergétique… Certains Etats membres de l'Union européenne, frontaliers de la France (Allemagne et Italie), sous la pression populaire se dirigent déjà dans la direction d'un futur énergétique plus sûr, plus durable et plus juste. Il nous appartient maintenant de rejoindre ce mouvement, pour un futur sans nucléaire…

Quelle est l’autorité en France qui décide de l’avenir et de la sécurité des Français et de ses voisins?

Tenons-nous en au fait que l’avis de l’ASN n’est qu’un avis donné par une autorité technique au gouvernement.

Alors, la décision de fermer Fessenheim est encore ouverte et relève d’une décision du pouvoir politique face à ses responsabilités et aux français. Lui seul, et donc Nicolas Sarkozy, peut et doit décider ou non de la fermeture, avec ou sans référendum…

Sandrine Bélier


[1] Franziska Brantner, groupe des Verts européens, élue du Bade-Wurtemberg; Evelyne Gebhardt; groupe des Sociaux démocrates, élue du Bade-Wurtemberg; Rebecca Harms, co-présidente du groupe des Verts européens; Heide Rühle, groupe des Verts européens, élue du Bade-Wurtemberg; Peter Simon, groupe des Sociaux démocrates, élu du Bade-Wurtemberg; Catherine Trautmann, groupe des Sociaux démocrates, élue d’Alsace et moi-même. Retourner au texte

[2] Etude de la Commission européenne, juin 2009. Retouner au texte

Sandrine Bélier
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