- Gay Pride à New York, le 26 juin 2011, au lendemain du vote autorisant le mariag -
Le vote de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe dans l’État de New York vendredi a été une occasion de plus de mesurer la bêtise de la droite française. La majorité y a été atteinte grâce au vote de certains Républicains, alors qu’en France, à part Roselyne Bachelot, personne à droite ou au centre n’a eu le courage de voter pour l’égalité. Surtout, elle a permis à beaucoup de commentateurs de souligner le rôle négatif de la droite et de l’Église catholique dans cette triste aventure.
C’est vrai que dans les pays latins qui ont franchi le pas, la droite et l’Église se sont opposés, parfois de façon violente, à l’égalité entre les couples. Mais c’est loin d’être aussi simple: aux Etats-Unis, les Démocrates sont plus à droite que la droite française sur la plupart des sujets, alors imaginez les Républicains... Et surtout, il y a plus de dix ans que le mariage civil a été ouvert aux couples de même sexe aux Pays-Bas, justement grâce au travail de l’Église catholique et de la droite parlementaire. Rattrapage rapide...
Historiquement, c’est l’Église catholique néerlandaise qui a été la première institution à se battre pour les homosexuels, dans les années 1950. Elle était alors quasiment en monopole de la gestion des hôpitaux psychiatrique du pays, et devait s’occuper de beaucoup de patients homosexuels souffrant de divers troubles psychiatriques qu’on appelle aujourd’hui dépression.
Forte de son expérience en la matière, elle a été la première à constater que leurs troubles n’étaient pas dus à leur homosexualité, mais aux mauvais traitements qui leur étaient infligés par la société et le législateur.
L’Église catholique néerlandaise s’est donc associée aux militants homosexuels de l’époque pour obtenir la fin du harcèlement dont étaient victimes les homos néerlandais, et qui nous semble aujourd’hui terriblement absurde et cruel.
En France, on voit l’Église catholique comme une institution ivre de son pouvoir et ferme jusqu’à la névrose sur certaines questions «éthiques», mais aux Pays-Bas c’est une religion minoritaire qui était elle-même en butte à la toute puissance des Églises protestantes, bien moins portées sur la miséricorde et l’amour du prochain.
Pour
la petite histoire, quand cette même Église a essayé de se démocratiser et de
suivre ses tendances progressistes dans les années 1950 et 1960, le Vatican a
remis bon ordre en éliminant tout ce qui ressemblait à du progressisme. La
violence de cette reprise en main a fini de détourner les catholiques
néerlandais de leur Église, alors qu’ils étaient déjà en voie de sécularisation
rapide. Il n’y a rien de plus efficace qu’un management autiste et incompétent
pour mener une entreprise à la faillite, l’histoire du catholicisme néerlandais
le prouve.
Les années 1990 ont été pour les Pays-Bas des années politiquement extraordinaires, commençant par la mise en place de toute une législation anti-discriminatoire qui a été prise pour modèle dans de nombreux pays, et finissant par la légalisation de l’euthanasie et l’ouverture du mariage civil aux couples du même sexe.
Pour ma thèse de doctorat, j’ai suivi à l’époque quasiment en live le processus qui a mené aux premières unions de couples de même sexe à Amsterdam en 2001 par le maire de l’époque, Job Cohen, qui en tire encore profit aujourd’hui dans l’opinion. Je pense que ce succès est utile pour comprendre la nullité des «représentants» de la «communauté gay» française, et la médiocrité des élus français
Tout d’abord, le COC (sorte de Centre gay et lesbien chargé de défendre la cause des homos, bis, lesbiennes et trans) a fait du lobbying auprès de tous les partis politiques, y compris la droite et les chrétiens fondamentalistes, et s’est attaché à garder sa neutralité sur tous les sujets ne le concernant pas. Ils ont utilisé un argumentaire très simple:
Ensuite, quelques élus ouvertement gays ont créé un comité de travail pour faire avancer leur argumentaire dans leurs partis respectifs. C’est forcément de la science-fiction en France où il n’y a officiellement ni homo ni lesbienne parmi notre millier de sénateurs et députés, mais aux Pays-Bas, où les célébrités et responsables politique se font un devoir de sortir du placard, c’était déjà ainsi depuis les années 1980.
Ce sont finalement les homos de droite, issus du VVD (droite libérale) et du D66 (centre), qui ont eu le plus à cœur de soutenir l’égalité matrimoniale, surtout pour les raisons idéologiques (le libéralisme, justement, et la question du choix personnel) et économiques (que les homos riches d’Amsterdam puissent transmettre leur capital à leur compagnon à leur décès).
Ils ont été aidés par Henk Krol, le directeur du GayKrant, sorte de Pierre Bergé batave, franchement de droite, qui a mené campagne avec son journal et a utilisé son carnet d’adresse
Quant à la gauche, elle a soutenu le projet de loi du bout des lèvres, toujours travaillée par les féministes abolitionnistes, les marxistes anti-patriarcaux et les révolutionnaires anti-bourgeois, vous imaginez probablement à quel point le ridicule ne tue pas à gauche non plus. L’argument de l’égalité était officiellement ce qui l’a conquise, mais elle avait surtout peur d’être ringardisée par la droite.
Peu après la promulgation de la loi, j’ai moi-même pu m’unir légalement à Lewis, mon mari, à la mairie d’Amsterdam. Je l’ai épousé par amour, bien sûr, mais aussi pour provoquer les membres les plus à droite de la branche bretonne de ma famille. À ma grande surprise, ils ont été très heureux pour moi, ce qui m’a rappelé qu’il faut faire attention à ses préjugés, et qu’être de droite ne vous rend pas forcément homophobe.
Depuis, le COC, le centre et la droite ont réussi à faire de la question du mariage et de la fin des discriminations un non-sujet, quelque chose d’aussi évident que le droit de vote des femmes ou l’interdiction de l’esclavage.
À tel point que les chrétiens-démocrates du CDA et les chrétiens fondamentalistes progressistes de la ChristenUnie ont beaucoup évolué sur la question, soutenant même une politique de lutte contre l’homophobie à l’école —y compris dans les écoles chrétiennes. Officiellement, en tous cas, ce qui est déjà une sacrée victoire.
Surtout, la question de l’égalité entre homos et hétéros est devenue tellement évidente qu’elle est aujourd’hui utilisée par Geert Wilders pour mieux ostraciser les musulmans néerlandais dans leur ensemble.
Une folle tabassée par deux merdeux d’origine marocaine dans un village du Brabant, et voilà Wilders devant les caméras de télévision, jugeant inacceptable que «les musulmans» ne respectent pas «notre culture judéo-chrétienne de tolérance et d’égalité entre homos et hétéros».
Ce qui est bien sûr très drôle quand on sait ce qu’en pensent encore certains évêques, pasteurs ou rabbins, mais dans la lutte contre les mahométans, autant faire feu de tout bois, hein Geert?
Il reste cependant la question des weigerambtenaren, ces officiers d’état civil qui refusent de célébrer le mariage des couples de même sexe, fruit d’un des ces compromis bizarres que les Pays-Bas affectionnent. La plupart des grandes villes ont résolu la question en s’engageant à être weigerambtenaarvrij, c’est à dire garanti sans officier homophobe.
Amsterdam a d’ailleurs été récemment prise d’une honte intense quand on a découvert que deux fonctionnaires chrétiennes avaient fait valoir leur droit de retrait, alors qu’elles avaient dit n’avoir aucun problème lors de leur entretien d’embauche.
Ces weigerambtenaren sont soutenus par les plus radicaux des chrétiens (et ils peuvent être vraiment gratinés, surtout dans la ceinture biblique) et sont encore tolérés parce que le gouvernement actuel (coalition des chrétiens-démocrates du CDA et des libéraux nationalistes du VVD avec le soutien de Geert Wilders) ne peut gouverner qu’avec le soutien du sénateur chrétien fondamentaliste de droite du SGP.
Donc oui, j’ai été très choqué, et aussi blessé, par le refus de la droite parlementaire française de voter l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. On nous parle beaucoup de liberté, égalité fraternité, d’ordre républicain, de valeurs humanistes et des droits de l’Homme, mais au quotidien la droite française hésite encore entre la bêtise et la ringardise.
À titre de comparaison, puisqu’on en est au coup de grâce, il faut savoir que ce sont surtout des europarlementaires néerlandaises du centre et de droite (Sophie in ‘t Veld pour le D66 et Jeanine Hennis-Plasschart pour le VVD) qui ont défendu avec le plus de vigueur les homos européens contre les discriminations aux côtés de leurs collègues de gauche, alors qu’on n’a pas beaucoup entendu ni Rachida Dati ni Françoise Grossetête sur la question...
Magali Boumaza, chercheuse et spécialiste du Front national, pense d’ailleurs que la droite française risque d’être doublée rapidement sur la question par Marine Le Pen. Jusqu’à maintenant elle n’a fait qu’une déclaration négative —comparant le mariage entre personnes de même sexe à la polygamie— mais on sait qu’elle n’a pas fini de reprendre en main l’appareil du Front national, et qu’il est probablement encore trop tôt pour une prise de position qui crispe la droite ultra-catholique.
Il suffit de faire une analyse de l’électorat français pour comprendre que le public que vise Marine Le Pen est totalement mûr sur la question. Comme Boumaza, je prédis une ringardisation de l’UMP par sa droite.
Je récapitule: les Démocrates et quelques Républicains de New York, bien plus à droite que l’UMP, ont voté pour l’égalité homos-hétéros, la droite néerlandaise a promu et obtenu cette égalité il y a plus de dix ans, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, l’Argentine ou encore la ville de Mexico ont fait pareil... A-t-on, comme on le dit souvent, la droite la plus bête du monde?
Laurent Chambon
Nous devons aussi donner la possibilité aux couples, homos ou non, et voire même aux personnes seules, d'adopter plus facilement, les "stocks" d'enfants à adopter de la DASS augmentant proportionnellement aux progrès de la fécondation artificielle qui détournent les parents "adopteurs" de l'adoption. Je crois par contre que comme les Gays ne sont pas "malades", ce n'est donc pas le rôle de la sécu de financer des prestations de fertilisation artificielle.
Les Gays doivent aussi faire attention ne pas passer de la situation de victimes à cette de "tortionnaires". Moi qui, bien qu'hétéro, et suffisamment vieux pour avoir fait la fête au Sept de Fabrice Emmaer et au Palace, devient méfiant à l'égard d'un certain militantisme communautariste. Dans le Marais, j'ai été témoins d'attitudes anti-hétéros qui ne faisaient pas honneur à la communauté. Cette attitude de "ghétoisation" de plus en plus fréquente me déçoit de la part d'une communauté qui m'avait habitué à son sens de l'humour et de l'auto-dérision qui justement faisaient tant défaut à nos contemporain.
Les Gays doivent rester gais, sinon, nous devront les appeler les "Tristes".
Tout ça pour dire que la droite française n'est pas bête, c'est simplement une partie de son électorat (salut) qui l'est!
Le progrès social doit fonctionner dans les deux sens, pas en faisant avancer l'un et reculer l'autre.
Et au passage, Roselyne Bachelot n'est pas la seule personnalité de droite à être en faveur de ce progrès qu'est le mariage pour les homosexuels : Chantal Jouanno, Frank Riester, Henriette Martinez, Yves Jégo, Jean-Louis Borloo dans le désordre. La situation n'est pas si mauvaise (un peu quand même puisque le texte a été refusé), et se comparer aux Pays-Bas n'est pas le plus approprié. Mme Bachelot a surement raison (ça change un peu), le mariage pour les homosexuels arrivera quoiqu'il arrive, nos députés ont juste repoussé un peu le progrès.
C'est surtout une dimension symbolique de l'Egalité que les homos auraient. L'Egalité juridique elle est bien présente.
Quant à cette inégalité de symbole, elle n'est pas choquante. Des unions différentes ne sont pas obligé d'avoir des régimes juridiques identiques.
En revanche, d'un point de vue personnel, je suis très libéral, pour le mariage gay et l'adoption d'enfant par les parents gay ainsi que l'accès aux femmes gay de des techniques d'insémination artificielle ( et la reconnaissance du conjoint comme co-titulaire à part entière de l'autorité parentale )
Le mariage en lui même à part pour les histoires de gros sous lors des divorcent et héritage n'apportera rien de plus. Si l'on veut une véritable Egalité citoyenne, il faut une réforme plus audacieuse !
Il semble en effet avéré que le mariage est une structure archaïque héritée d'autres temps, dont l'actualisation est le PACS, lui ouvert à tout le monde. Je m'appuie sur cette page http://www.le-pacs.fr/comparatif-pacs-mariage.html qui montre, à mon sens, que le PACS s'applique bien plus à un couple moderne en conservant les avantages du mariage.
D'où ma question : le mariage a été vraiment institutionnalisé par des religions dont les textes fondateurs expliquent dans le détail comment punir l'homosexualité et autre forme d'"hérésie", le plus souvent par la mort. Est-ce vraiment un héritage que l'on a envie de réclamer ?
Enfin, il y a bien sûr une petite revanche et un pied de nez à faire aux conservateurs qui continuent à prendre les saints commandements d'extermination à la lettre en les forçant à partager cette célébration de l'amour qu'est supposée être le mariage. Mais de un a-t-on vraiment envie d'avoir quelque chose à partager avec ces gens, et de deux n'est ce pas au final "juste" une guerre de symbole ?
De plus brandir l'inégalité comme prétexte pour la légalisation du mariage homosexuel est ridicule. Le mariage est une institution heterosexuelle, qui historiquement scelle l'amour entre un homme et une femme, pourquoi vouloir la copier? Pourquoi les homosexuels ne veulent ils pas créer une symbolique et un folklore autour du pacs qui confère les mêmes avantages sociaux? (qui prendrait un autre nom peut être- C'est vrai que le nom PACS n'est pas très sexy.) Pourquoi ce besoin de copier, de dépendre? En ne réservant plus l'exclusivité du mariage aux couples homme-femme ne leur volent on pas quelque chose au fond? Vouloir à tout prix greffer un sexe d'homme à toutes les femmes du monde pour qu'elles puissent avoir la liberté d'uriner fièrement sur le bas coté, le nez au vent, aurait-il un sens? Les hommes seraient t-ils encore des hommes? (comparaison un peu douteuse je vous l'accorde) Les femmes ont bien raison de s'assumer telles qu'elles sont, d'etre différentes et d'exister ainsi sans toujours souffrir de la comparaison. Je pense que beaucoup d'homosexuels fonctionnent de la meme manière et se foutent bien de pouvoir ou non se marier. Heureusement, tous les homos ne sont pas des gros pédés.
Mais bon si nous sommes rétrogrades, intolérants et liberticides, nous sommes prêts bien sur à nous remettre en question, et faire un Travail sur nous même. Nous avons pensé à la possibilité d'une Hetero pride, qui aurait lieu en novembre. Des hommes en salopettes et béret fumeraient la pipe sur des chariots remplis de foins, tandis que les femmes joueraient au bilboquet avec leurs enfants, en tablier, un rouleau à pâtisserie dans l'autre main. Le tout au son de la fanfare du village et des carillons. Ce sera vraiment du plus bel effet! Quelle réjouissance!
Alors rappeler sans cesse qu'il y a le PACS pour refuser le mariage est presqu'un mensonge, puisque l'on sait pertinemment que cela n’entraîne ni les mêmes droits ni les mêmes devoirs.
CQFD.
Dans tous les dictionnaires, mariage = union d’un homme et d’une femme. Quand on en vient à changer le sens des mots par la loi, le totalitarisme n’est pas loin. La mise à bas des symboles et des mots ne se fait pas sans danger. Le mariage entre un homme et une femme, et la famille qui en découle, sont depuis des siècles le fondement, la cellule de base de la société, balayer ce fondement est dangereux à mon avis, le faire d'un revers de main est juste irresponsable et immature.
Quant à l’argument de l’égalité… Il s’agit d’une égalité de droit. Il y a un droit du mariage, pas de droit au mariage. Dans ce cadre, nous sommes tous égaux, ayant le droit d’épouser la personne de notre choix sous certaines conditions (qu’elle soit majeure, consentante… de l'autre sexe, et sans lien de parenté trop proche, etc.). Le droit du couple n’existe pas, le droit au couple non plus, le revendiquer comme une évidence et taxer ceux qui ne font que constater cette inexistence d'oppresseurs n'est qu'une escroquerie intellectuelle.
Enfin, quand on revendique la tolérance, il vaut mieux éviter de traiter ses contradicteurs d’imbéciles dans le titre.
Ah tiens, un même mot à plusieurs sens, étonnant...
De plus, historiquement les femmes n'avaient pas le droit de travailler - l'humanité a été quasi unanime sur ce sujet, du moins en ce qui concerne la partie masculine, pendant des siècles - l'esclavage était un des piliers de la Rome antique et on pouvait perdre la tête pour un rien dans le bon royaume de France (ainsi que sous la république). Les moeurs d'autrefois ne sont pas forcément acceptables aujourd'hui. Et les moeurs d'aujourd'hui ne le seront plus demain. L'unique question est de savoir combien de temps la société prendra pour évoluer, pas si elle évoluera.
Quant au mot "tolérance" elle doit être à géométrie variable pour vous.
"L'unique question est de savoir combien de temps la société prendra pour évoluer, pas si elle évoluera." Je ne suis pas d'accord, il y a une autre question : "Vers où voulons-nous faire évoluer la société ?". Elle mérite d'être posée et débattue (comme par exemple, l'autorisation du clônage humain : en voulons-nous ? Est-il inéluctable ? Souhaitable ?). Sereinement, intelligemment, avec respect, parce que nous sommes humains et donc doués d'intelligence, de capacité d'écoute et de réflexion, puis de décision. Quand on commence à imposer des évolutions parce qu'elles iraient dans "le sens de l'histoire"...
Quant aux mots à plusieurs sens, certes, mais il ne s'agit pas de cela. Ici, il s'agit de changer par la loi le sens d'un mot.
Et encore une fois, j'admets que le débat puisse être posé, mais alors il faut entendre les arguments des uns et des autres, et ne pas réfuter ceux de l'autre camp sous de faux prétexte ("Homophobe ! Catho ! Rétrograde !"). C'est faux, trop facile, malhonnête intellectuellement.
Bref, cet article ne présente aucun intérêt.