- Ryan et Leo Gerth sont deux jumeaux nés d’un couple mixte en Allemagne en 2008. REUTERS/Fabrizio Bensch -
«Si on enlève des statistiques les enfants issus de l’immigration, nos résultats ne sont pas si mauvais ni si différents de ceux des pays européens. Nous avons beaucoup d’enfants de l’immigration et devons reconnaître notre difficulté à les intégrer. Commençons par combattre l’illettrisme de leurs parents»
Marie Reynier, rectrice de l’académie d’Orléans-Tours, juin 2011.
Que peut bien vouloir dire, bon sang de bon soir, «enlever des statistiques»? C’est retrancher du total une partie de ce que l’on étudie?
C’est faire des «statistiques partielles»? Ce qui a à peu près autant de sens que de se demander combien il y a de canards rouges et combien de canards bleus dans une mare, mais en ôtant tous les canards bleus du décompte (et vice-versa). Ou combien d’élèves avec mention très bien au bac… en ôtant des statistiques tous ceux qui n’ont pas la mention très bien!
Marie Reynier devrait assurément se faire réexpliquer ce que sont les statistiques. La Tunisienne Aïcha Ben Dhia, major 2010 de Polytechnique, se ferait certainement un plaisir de lui offrir ce cours de rattrapage.
Bon, ensuite, «les enfants issus de l’immigration». Mais laquelle, ma bonne dame? Quelques repères spatio-temporels pour aider?
Ceux du Sud et du Nord, ou juste ceux du Sud? Ceux qui, issus de peuples évolués, et même, n’ayons pas peur des mots, civilisés, ne connaissent ni violence, ni problèmes sociaux, ni problèmes familiaux, ni problèmes scolaires? Ceux qui sont, toujours et partout, brillants et équilibrés, avec des parents lettrés, qui fécondent vigoureusement le patrimoine national de leurs belles différences?
Ou ceux qui, proches de la bête, avec des parents forcément ignares et analphabètes, souvent violents, envahissent nos belles écoles et tirent nos pauvres chères têtes blondes vers le bas?
Si donc nous suivons bien cette brillante rectrice, noble représentante locale de l’éducation nationale, malgré ses piètres résultats en son duché de l’Orléanais, les enfants qui ne cartonnent pas à l’école devraient simplement évacuer les bancs des classes qu’ils polluent de leurs mauvais résultats?
C’est vrai que l’école de la République n’a pas vocation à amener tous les enfants, quelles que soient leurs conditions (et accessoirement leurs origines), vers le savoir. Quelle idée farfelue! Ces enfants dits en «échec scolaire» étant tous nécessairement issus de l’immigration (et vice-versa), c’est la faute à ces filles et fils de migrants (du Sud, un peu de concentration) si le système scolaire orléanais est grippé. CQFD.
On enfoncerait bien le clou en dénonçant spécialement les primo arrivants, ces enfoirés, qui parfois ont temporairement besoin d’un soutien scolaire particulier...
C’est que dans le beau pays d’Orléans, au système pédagogique parfait, aux effectifs parfaits, aux équipes parfaites, à la rectrice parfaite, le seul problème, ce sont les enfants à éduquer, enfin surtout les basanés.
Ce que partage votre éminente ministre de tutelle, Valérie Pécresse, qui n’en démord pas elle non plus: si la France est aussi mal classée, c’est en raison «d’une immigration très nombreuse» dont les rejetons ne sont pas foutus d’intégrer «les savoirs, les codes, les fondamentaux», ces imbéciles.
L'immigration fait chuter le niveau Français ! par confiteor-II
Que les gens qui se sont penchés sérieusement sur la question, des statisticiens notamment, disent que les enfants d’immigrés, à conditions socio-économiques égales, réussissent mieux que leurs camarades, ça compte? On s’en fout un peu.
Ce qui compte, ce sont les élections. Ça vous mettrait un de ces bazars de déclarer que les enfants de pauvres ont de moins bons résultats et que c’est leur faute… C’est que les chômeurs, smicards et autres bénéficiaires de revenus sociaux seraient foutus de descendre dans la rue. Et comme ils sont de plus en plus nombreux…
Ça obligerait à revoir sa copie pédagogique, entre autres, aussi. Comme en plus la rectrice est revenue sur ses propos, faut pas dramatiser non plus. Oui, elle a dit comprendre que «les propos cités, sortis du contexte académique, aient pu heurter».
Ouf, on avait eu peur. «Ces jeunes ont un potentiel énorme, elle a dit aussi. Qu’ils utilisent cette intelligence pour faire des mauvais coups, c’est dommage.» C’est vrai.
C’est tellement vrai qu’on aurait bien une solution à proposer pour aider: pourquoi ne pas tous les envoyer à Mayotte? Ben oui, le vice-recteur y déplore «l’accent» de ses petits élèves, alors ça lui ferait plaisir, tous ces gamins parlant le métropolitain…
Neijma Lechevallier pour Les Indivisibles
Je suis petite fille de deux grands-parents espagnols mais ma mère est née en France juste après leur arrivée, donc est née française. Ca n'empêche qu'elle ne parlait pas français chez elle, et que mes grands parents étaient illettrés. Elle est devenue assistante logistique et s'en est bien tirée, et m'a permis avec mon père de grandir dans une famille dite de classe moyenne. Moi, j'ai réussi des études d'ingénieur, et ma foi on peut dire que je m'en sors bien. Quel est le réel facteur à l'origine de ma réussite scolaire? Le fait d'avoir profité de l'ascension sociale de ma mère? D'avoir eu l'enseignement très pro-école de ma grand mère qui m'encourageait soir et matin à réussir à l'école, elle, l'immigrée illettrée, qui parlait très mal le français, et d'ailleurs souvent ne s’embarrassait pas à parler le francais du tout? D'avoir eu la bonne couleur de peau et pas d'accent?
(Je souligne cela car au final, aujourd'hui, quand je me ballade dans la rue avec mon copain, qui est noir, on ne me demande jamais "tu es d'origine d'où?" mais lui, oui, souvent. Ce qui est assez drôle quand on sait qu'il est antillais, donc français depuis bien plus de générations que moi, que c'était chez moi qu'on parlait une langue étrangère, et que j'ai baigné dans une culture métissée bien plus que lui.)
Désolée, c'est un peu décousu, j'ai du mal à exprimer toutes ces idées....
Non seulement il est hors-sujet, mais aussi complètement crétin : il faut être d'une mauvaise foi particulière pour réussir à partir des problème d'éducation en France au racisme qui serait spécifiquement allemand pour réclamer le retour des frontières en Europe...
Pourquoi vouloir à toute force, dès que l'on prononce le mot "immigration", entraîner le débat sur le terrain du racisme?
Oui, l'Ecole de la République est depuis longtemps malade d'avoir abandonné les valeurs qui avaient fait son succès, et qui avaient permis à des générations d'immigrés de toute provenance de disposer d'un ascenseur social.
Oui, la République est elle-même malade de cette naïveté qui lui a fait croire qu'un pays moderne pouvait se payer le luxe de ne pas gérer ses flux migratoires, ni en qualité, ni en quantité.
Non, le peuple français n'est pas spécialement raciste. Allez courir le vaste monde, devenez vous-même immigré dans quatre ou cinq pays sur deux ou trois continents, et vous constaterez, comme je l'ai fait, que le reste du monde est bien moins tolérant de la différence.
Mais le peuple français finira bien par le devenir si on s'évertue à nier les problèmes qui lui empoisonnent l'existence, au lieu de les traiter en adultes responsables et lucides.
Nous avons des problèmes. Il nous faut les régler. Et là où il nous faut - enfin - inventer des politiques, vous ne songez quà faire des polémiques!
Moi-même, voyez-vous, je suis un rescapé. Issu d'une famille nombreuse, très pauvre, d'origine étrangère (et pas franchement blanche), arrivé en France comme adolescent dans une cité dortoir faite de barres de béton, eh bien j'ai tout de même réussi à intégrer brillamment les Grandes Ecoles, et faire mon petit bout de chemin dans la vie. Mais il est vrai que l'école n'avait, à l'époque, pas encore tout-à-fait baissé les bras. Et que ceux de mes camarades de classe qui n'étaient pas disposés à profiter de la fabuleuse opportunité d'une scolarité gratuite, publique, et laique, n'empêchaient pas encore tout-à-fait les autres d'étudier. Tout au plus ai-je subi quelques rackets, et le vol de mon vélo(deux ans de marche à pied, je ne suis pas près de l'oublier).
Aujourd'hui, je ne prendrais pas le risque de scolariser mon propre enfant dans le collège et le lycée qui m'ont permis de réussir, car ce serait le condamner à l'échec. Mais vous-mêmes, peut-être avez-vous fait le choix de scolariser vos enfants en Zone d'Education Prioritaire, pour les faire profiter d'une éducation pluriculturelle?
Quant aux statistiques qui vous préoccupent tant, ne vous en souciez pas outre mesure: nous avons eu la bonne idée de les interdire. Rien de tel, il est vrai, que de proscrire les thermomètres pour supprimer la fièvre!