- Zheleznodorozhny, banlieue de Moscou, 2007. REUTERS/Denis Sinyakov -
Le spectacle que donnent les Européens face à la crise grecque est un véritable désastre. Leurs légitimes discussions se font sur la place publique et propagent l'inquiétude; leurs divergences deviennent des divisions alors que chacun sait que l'Europe, à la fin, aidera la Grèce.
On joue à se faire peur et cela est dangereux. Cela permet d'éviter les vraies discussions.
Paralysés par le nouvel égoïsme qui déferle sur le continent et qui, sous les formes diverses du populisme, des extrémismes et du repli, conduit les citoyens à d'abord vouloir garder ce qu'ils ont avant d'imaginer ce qu'ils peuvent construire et partager dans l'avenir, les dirigeants européens refusent d'aborder la seule vraie question: comment aller vers un véritable fédéralisme qu'impose depuis l'origine l'euro, notre monnaie fédérale, que réclament désormais les marchés financiers et que la seule logique rend pertinente?
Nous avons besoin d'un budget européen véritable, permettant des politiques européennes d'investissement et de soutien, alors que ce qui vient de Bruxelles n'est que punitif et se résume aux recettes techniques, certes nécessaires mais insuffisantes, du FMI.
Avec 1% du PIB, l'Europe est impuissante. Elle doit dès maintenant prévoir progressivement l'accroissement de ses moyens collectifs jusqu'à un budget qui, un jour, comptabilisera plus de 20% de sa richesse. C'est le seul moyen de conduire une politique économique et sociale qui donne encore des raisons d'espérer.
Nous avons besoin de règles budgétaires communes strictes, dont les manquements seront sanctionnés automatiquement et sans discussions, mais qui seront accompagnées de décisions budgétaires nationales communes en matière d'investissement, de recherche et d'innovation.
Avant d'être dotés d'un budget commun digne de ce nom, il faut additionner nos budgets nationaux, les faire converger alors qu'aujourd'hui ils tirent dans tous les sens.
Nous avons besoin d'un secrétaire d'Etat européen au Trésor, seul habilité à s'exprimer et à décider des grandes orientations de politique économique et budgétaire. Il présiderait l'Ecofin, réunion des ministres des finances, il représenterait l'Europe, ou l'euro, dans les instances économiques internationale
Nommé par les chefs d'Etat et de gouvernement, irrévocable par eux pendant une durée fixée, indépendant mais responsable politiquement, il assumerait ses décisions devant l'opinion et les assemblées élues.
Un tel plan constituerait une rupture, une vraie révolution dans la construction européenne.
Ces décisions sont évidemment difficiles à assumer sur le plan politique et elles méritent un examen démocratique véritable. Elles représentent un risque pour ceux qui les prendraient mais, de toutes façons, la plupart des dirigeants en fonction sont ou seront sanctionnés par la crise!
Annoncer seulement qu'on y réfléchit activement en vue d'un grand plan de sortie de crise et faire preuve d'une résolution ferme de les assumer, c'est ouvrir un espoir de surmonter la situation actuelle.
Mais ne pas les prendre, c'est danser au bord du gouffre.
En quelque sorte, nous avons le choix: décider avant d'y tomber ou y être contraints au fond du trou.
Jean-Dominique Giuliani
Le problème actuel est moins économique (la situation budgétaire de la zone euro prise dans son ensemble est meilleure que celles du Royaume-Uni ou des USA) que politique.
Nos politiciens sont comme les économistes que vous citez : ils ont une courte vue (enfin, je pense plutôt qu'ils ne veulent surtout pas perdre de leurs petites prérogatives) et refusent de voir que des pays européens divisés n'auront aucun moyen d'agir sur le monde de demain (on peut même dire que c'est déjà le cas dès aujourd'hui) !
Je ne vois pas comment subir pourrait être une attitude qui puisse aider les européens...
Elle est, par sa complexité et par tout ce qu'elle engage, d'une difficulté unique(transferts de souveraineté et de pouvoir des politiques locaux vers une échelle qui me semble plus adaptée pour faire face aux défis qui nous attendent, ou abandon du projet européen, celui qui avait été lancé pour, enfin, garantir la paix sur notre continent).
Et elle est d'autant plus difficile que la classe politique européenne actuelle est singulièrement dépourvue d'individus qui soient à la fois au pouvoir et dotés de l'envergure de ceux qui font l'histoire...
Si résoudre notre problème pouvait être facile, ce ne serait pas un problème. ;)
De même, très cordialement.
Comprenez moi bien, je me sens européen et j'aime ce continent, mais, comme je pense beaucoup de citoyens européens, je suis très en colère contre la politique menée par mon gouvernement, ainsi que ce que je vois faire par les gouvernements d'autres pays, mais tout cela n'est que peu de chose à côté du ressentiment que j'éprouve à l'égard de l'institution centrale encore moins démocratique, qui est le moteur de la politique de folie et de destruction qui est en cours...
Alors oui, plus d'Europe, lorsque nous aurons une institution démocratique qui nous proposera une politique vraiment raisonnable, un projet juste, positif et durable !
Enlisés jusqu'aux jarrets par des idées qui n'avaient leurs sens que dans l'histoire lointaine – la patrie, l'esprit 'Maginot', la monnaie souveraine, la défense nationale – l'Europe avance en titubant.
Mais elle avance.
Malgré l'incompréhension et la colère des Nonistes, malgré les hésitations des politiciens (qui après tout ne font que faire écho de celles de leurs citoyens) malgré les populismes fascisants, encouragés (volontairement ou non) par des médias linguistiquement et mentalement souverains, la charrue avance.
Et c'est inévitable qu'on le veuille ou non. Aucun pays européen ne peut prétendre à l'autarcie, même pas l'Allemagne. Ni autarcie économique, ni autarcie militaire, ni même culturelle.
Je sais, je sais les Anglais ne sont pas comme les Français, les Allemands ne sont pas comme les Espagnols, nous ne parlons même pas les mêmes langues. Et tant mieux! Mais il s'agit là des richesses régionales et non pas comme dans des siècles antérieures (désastreuses de ce fait) des différences et des antagonismes nationaux.
Nous ne pouvons pas exister seuls, comme nations « indépendants », dans le monde d'aujourd'hui avec son internet, ses transports rapides et – mais oui – avec son économie mondiale. Au mieux on peut s'attendre à une 'indépendance d'état' à l'américaine, où chaque état, parfois dans le chaos, essaye de maintenir une semblance de démocratie locale.
C'est comme ça et plus vite on l'acceptera plus vite on imposera des conditions réellement démocratiques au niveau européen que de nombreux commentateurs réclament à juste titre.
Du calme donc vous Nonistes, vous 'nationalistes', vous 'Maginot -istes'. Votre temps est révolu – dans le chaos du 20e siècle. Vous voulez vraiment revivre cela?