Monde

Informer malgré l'exil

Reporters sans frontières, mis à jour le 20.06.2011 à 11 h 56

Ils ont dû fuir leur pays, mais choisissent de continuer leur travail. Notamment grâce à Internet, les journalistes exilés mènent le combat d'une information libre.

Un slogan peint sur le mur de l'ambassade de Syrie en France lors d'une manifestation de RSF le 3 mai 2011 à Paris. REUTERS/Benoit Tessier

Un slogan peint sur le mur de l'ambassade de Syrie en France lors d'une manifestation de RSF le 3 mai 2011 à Paris. REUTERS/Benoit Tessier

A l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, le 20 juin 2011, Reporters sans frontières rend hommage aux journalistes qui, en continuant leur travail malgré l’exil, font échec à ceux qui avaient cherché à les réduire au silence et publie un rapport intitulé «Condamnés au départ, pas au silence – Le combat des médias en exil».

Car c’est en effet de combat dont il s’agit. Ces journalistes, qu’ils soient iraniens, rwandais ou birmans sont autant de victimes collatérales d’une guerre pour une information indépendante qu’ils ont parfois menée des années durant dans leur pays, avant d’être contraints de le quitter. Tombés sur le champ de bataille de la liberté de la presse, ils doivent alors se relever et se reconstruire, souvent seuls, en terre inconnue.

Les nouvelles peurs

L’exil redistribue les cartes. Les journalistes d’avant, quelle que soit leur notoriété, sont désormais des anonymes aux portes des bureaux du Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies.

Arrivés le plus souvent dans des pays limitrophes des leurs, ils doivent composer avec une crainte nouvelle. A la peur de voir les forces de sécurité franchir le seuil de leur rédaction, se substitue celle d’être enlevés et ramenés de force par les sbires des régimes qu’ils ont fui. C’est en effet le propre des dirigeants totalitaires que de déployer des trésors de ressources pour faire taire les voix dissidentes, où qu’elles aient pu atterrir. Vient alors le temps de l’attente. Celle d’un retour possible ou d’un visa vers la sécurité.

Lorsqu’ils ont la chance de pouvoir rejoindre un pays sûr, la cause supérieure pour laquelle ils ont tout sacrifié doit encore laisser place à des exigences, moins nobles peut-être, mais nécessaires. Il leur faut aller grossir les rangs des milliers de personnes qui attendent de pouvoir retirer leurs formulaires de demande d’asile, trouver où se loger, comment se nourrir. Le temps reste à la survie.

Tous ne pourront pas reprendre leurs activités, où ne le feront qu’à une échelle moindre. Néanmoins parfois, l’urgence à informer, assourdie jusqu’alors, peut à nouveau s’exprimer.

Une fenêtre sur la réalité

Parce qu’il est accessible sur l’ensemble du globe, encore que l’état de liberté de l’information en ligne [PDF] doive ici nous faire relativiser ce propos, Internet représente bien souvent un vecteur de choix pour ses journalistes. De blogs en sites, de nouveaux médias se créent. Certains resteront en ligne, d’autres seront à nouveau édités sur papier ou deviendront des chaînes de télévision ou des stations de radios satellitaires. Accessibles dans les pays d’origines des journalistes qui les alimentent, ces médias constituent bien souvent les seules sources d’information indépendante à disposition de leurs compatriotes.

Loin de n’être destinés qu’à la diaspora ou à leurs concitoyens, ces titres constituent pour l’ensemble de la communauté internationale une fenêtre sur la réalité et le quotidien des sociétés au sein desquelles ces journalistes en exil sont nés, ont grandi et fait leurs armes avant d’être bannis.

Martial Tourneur
Bureau Assistance de Reporters sans frontières

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