France

Bruno Le Maire, la bête (à concours) qui monte qui monte

Nicolas-Jean Brehon, mis à jour le 16.06.2011 à 14 h 53

Bosseur, l'ex-haut fonctionnaire a su se reconvertir avec succès en politique. Mais peut-être est-il trop premier de la classe...

Bruno Le Maire et Nicolas Sarkozy sentent de l'alimentation pour le bétail pendant qu'un agriculteur de Montemboeuf, François Laurent, leur explique les conséquences de la sécheresse, le 9 juin 2011. REUTERS/Remy de la Mauviniere/Pool

Bruno Le Maire et Nicolas Sarkozy sentent de l'alimentation pour le bétail pendant qu'un agriculteur de Montemboeuf, François Laurent, leur explique les conséquences de la sécheresse, le 9 juin 2011. REUTERS/Remy de la Mauviniere/Pool

On va encore parler de Bruno Le Maire la semaine prochaine. La semaine dernière, c’était pour les concombres et la sécheresse, demain, ce sera à l’occasion du G20 agricole des 23 et 23 mars à Paris. Un bon moment pour faire le point sur ce brillant ex-haut fonctionnaire, passé des cabinets aux portefeuilles ministériels. D’abord secrétaire d’Etat aux Affaires européennes puis, depuis juin 2009, ministre de l’Agriculture. Et ce n’est sans doute pas fini.

Ses atouts

D’abord c’est un bosseur qui mouille sa chemise. On ne peut pas être ancien élève de l’Ecole normale et de l’ENA sans avoir une grosse capacité de travail. Il est présent sur tous les fronts. Il n’est pas une crise agricole sans que l’on ne voie arriver la grande silhouette de Bruno Le Maire. Avec une vraie ténacité aussi. Pour obtenir un accord avec les Allemands sur la réforme de la PAC, le ministre s’est déplacé huit fois à Berlin.

Car il sait toute l’importance de la coopération européenne. D’emblée, il a choisi une stratégie d’alliance, bien préférable à celle de la posture si chère aux Français et si déplaisante à nos partenaires. Dans une Union à vingt-sept, les vingt-sept comptent.

Bruno Le Maire se déplace partout et tout le temps. Il va chercher, sur place, les soutiens et forge pas à pas des alliances agricoles contre les anti-PAC. Même à l’approche du G20, il s’est rendu à Washington pour rassurer les Américains que les remèdes à la volatilité des prix ne passeraient pas par des entraves au commerce.

Il passe assez bien auprès du monde agricole, qui lui reconnaît cette énergie et une dimension internationale, ainsi qu’auprès du monde politique. Les parlementaires surtout n’apprécient pas toujours les hauts fonctionnaires reconvertis dans la politique. Nulle trace d’agacement ou de mépris chez lui. Son énergie pendant les dizaines d’heures de débat au Sénat ou à l’Assemblée nationale pour défendre sa loi de modernisation de l’agriculture en 2010 a forcé le respect. Il est de la trempe des Jean-Pierre Jouyet, au parcours comparable, qui a réussi à faire oublier qu’ils étaient fonctionnaires pour ne laisser d’eux que l’image de l’excellence.

Il est aussi dans l’esprit du temps, adhérant par exemple l’idée de verdissement de la PAC pour faire plaisir aux écologistes.

Enfin, il est loyal. Villepiniste puisqu’il a été conseiller, puis directeur de cabinet de l’ancien Premier ministre, il a su faire oublier cette étape et est loyal vis-à-vis du président de la République même quand il s’agit de défendre des idées qui ne sont pas les siennes.

Ses succès

En France, Bruno Le Maire a affronté plusieurs crises et s’en est toujours sorti. En mars 2010, il a réuni dans son bureau éleveurs et industriels pour trouver un accord sur le prix du lait. Il a su à sortir de la crise du lait par la contractualisation des rapports entre éleveurs et industriels. Il a même réussi à associer les distributeurs.

En Europe, il est parvenu à cette «position commune pour une PAC forte au-delà de 2013» adoptée le 14 septembre 2010 avec les Allemands. Une déclaration qui affirme l’importance de la PAC, rejette toute forme de renationalisation et dit la nécessité «de disposer de ressources à la hauteur des ambitions». Ce n’était pas acquis.

Enfin l’organisation du G20 est un succès personnel. D’ordinaire, les sommets du G20 sont trustés par les équipes des ministères de l’Economie et des Finances ou par les diplomates. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci. Le sommet sera un sommet agricole et le ministère y sera en pointe. C’est un succès pour le monde agricole et pour son ministre.

Ses limites

Il est vrai que le ministre manque de chaleur et ne claque pas le cul des vaches comme un des illustres prédécesseurs. Son entretien au Grand journal de Canal+ avait beau être indigne de la part de la chaîne (juge-t-on un ministre parce qu’il ne sait pas reconnaître le cri du dindon?), il montrait le fossé avec une partie du monde agricole prompt à critiquer les élites-qui-ne-connaissent rien. Il fait toujours un peu premier de la classe, bien propre et réservé.

Bref, Le Maire n’est pas Chirac. Dernier avatar, les agriculteurs trouvent qu’il n’a pas mangé sa tranche de concombre assez vite...

Ses succès restent fragiles. La position franco-allemande sur la PAC revendiquée en France comme un accord des deux gouvernements est analysée outre-Rhin comme un simple accord des deux ministres. La religion de l’Allemagne sur la PAC n’est pas faite et quand il faudra arbitrer entre PAC et politique de cohésion ou entre PAC et un accord avec le Mercosour, l’Allemagne n’hésitera pas longtemps. Bruno le Maire revendique des alliances qui ne sont pas aussi solides qu’il le dit.

Enfin, le ministre est parfois accusé d’être très «entouré» par la FNSEA qui continue à faire la pluie et le beau temps. En arrivant au 78 rue de Varenne, il avait l’ambition de faire du ministère de l’Agriculture un ministère pour l’ensemble de la société, qui ne soit plus un ministère catégoriel de défense des seuls agriculteurs, mais un ministère ouvert, au service des citoyens. Tel était le sens de la nouvelle appellation du ministère en ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture.

Las, cette ambition aura été de courte durée. Au remaniement du gouvernement Fillon 3, le ministère est rentré dans le rang. L’alimentation a été rétrogradée. L’ordre est revenu. Le ministère reste avant tout un ministère des agriculteurs. Bruno Le Maire n’est pas parvenu à changer de culture. De même, il n’est pas pressé de s’occuper du partage plus équitable des aides entre secteurs et entre agriculteurs, sachant que quiconque s’y frotte s’y pique mortellement.

Il est peut-être temps de changer. Christine Lagarde partie, il faudra bien trouver un remplaçant. Cela ferait trois portefeuilles, trois expériences. Un bon CV en attendant un cran de plus.

Nicolas-Jean Brehon

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Nicolas-Jean Brehon
Nicolas-Jean Brehon (25 articles)
Enseignant en finances publiques
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