France

Le blues du sarkozyste

Jean-Benoît Roquette, mis à jour le 31.05.2011 à 10 h 11

Je ne regrette pas d'avoir voté pour Nicolas Sarkozy en 2007. Voila, c'est dit. Ce n'est pas facile à assumer.

Des supporters de Nicolas Sarkozy, le 7 mai 2007 à la salle Gaveau, le soir de son élection.

Des supporters de Nicolas Sarkozy, le 7 mai 2007 à la salle Gaveau, le soir de son élection.

Comme beaucoup, j'ai été très vite épouvanté par la Marseillaise de Mireille Mathieu, Jean-Marie Bigard au Vatican, le cirque des vacances en Egypte avec «Carla et moi c'est du sérieux» et toute cette quantité de «beaufitudes» humiliantes qui jamais n'a semblé se tarir. Mais si l'on s'extirpe de ce trop-plein médiatique, ringard et à côté de la plaque, le bilan semble beaucoup plus séduisant que l'état des lieux pathétique que l'on nous rabâche à tout bout de champ.

J'ai eu ce que j'attendais.

Pourquoi les Français ont-ils voté pour Sarkozy en 2007? Parce qu'ils n'en pouvaient plus de l'immobilisme et du cynisme qui avaient marqué les 26 années des présidences chiraquiennes et mitterrandiennes. Vingt-six ans… Lassés, outrés, désespérés devant les incessantes reculades, angoissés de voir la France toujours nier la voie de l'avenir, pourtant connue à droite comme à gauche, par manque de courage, de volonté, d'énergie.

Ont-ils voté en sa faveur pour une mesure précise? Ou bien pour une idée, celle du changement? A part le «travailler plus pour gagner plus», qui peut se rappeler une idée forte de la campagne de 2007? Les Français ont voté, j'ai voté, pour la rupture, pour un mouvement porteur d'espoir en opposition aux situations figées et démoralisantes du passé.

Qu'en est-il aujourd'hui? Le désespoir est toujours présent. Le ras-le-bol contre les grands pouvoirs, ces oligarchies, s'est accentué. Le réflexe grégaire vers les extrêmes s'est ravivé.

Et pourtant, nous avons eu le changement que nous souhaitions. Toujours décriées et dénoncées comme insuffisantes, les réformes sont là. La plupart considérées comme inimaginables il a encore 5 ans. Là se trouve l’avancée et elle est remarquable.

Peut-on mieux faire? Toujours! Mais regardons les faits: l'autonomie des universités, la réforme de la constitution, de la carte judiciaire, des retraites, du crédit d'impôt recherche pour soutenir l'innovation, la création de Pôle emploi, la mise en place du RSA et de la rupture à l'amiable du contrat de travail, sont autant de mesures courageuses, voulues à droite comme à gauche, pour la plupart.

Si le Parti socialiste devait remporter les prochaines élections, il est fort à parier, que, contrairement à ce qui est péroré au quotidien, ces réformes ne seront pas remises en question, ou à la marge symbolique. Car, elles vont dans le sens d'un pays plus réactif, mieux adapté et d'institutions plus modernes.

Et tout cela sans tenir compte des avancées remarquables au niveau international. Ce qui n'était d'ailleurs pas prévu au programme.

Entre les efforts entrepris pour trouver des solutions au blocage institutionnel européen, qui avaient abouti à la signature du traité de Lisbonne, l’intervention en urgence pour arrêter la stupéfiante invasion russe de la Géorgie, les allers-retours incessants entre les différentes chancelleries du monde, en plein cœur de la crise financière, pour assurer une action de concert et éviter l’effondrement de la planète, la création du G20 sur proposition de la France pour s’ouvrir aux nouveaux émergents, et l'intervention en Libye et en Côte d'Ivoire, il est difficile de croire la tribune assassine publiée récemment dans Le Monde par le collectif des diplomates anonymes.

Néanmoins, après la Grande Humiliation du Fouquet's, du «Casse toi pauv' con», des arguments faisandés sur les étrangers, des décisions à l'emporte-pièce et des messages de communication gros comme des maisons, il n'est pas étonnant que les Français se réfugient vers un Tout-Sauf-Sarkozy protéiforme. Comme me le répétait récemment un ami, encore plus indéfectible sarkozyste que moi, «il en prend plein la gueule et il l'a bien mérité!».

C'est pourquoi, alors que le monde n'a jamais été aussi incertain, secoué de toutes parts par les crises économiques, les bouleversements géopolitiques et climatiques, les Français semblent vouloir se tourner pour les uns vers les relents de l'extrême droite −transformée sous les traits de Marine Le Pen en République de Daumier, icône protégeant nos enfants de ses bras puissants et nourrissant au sein le peuple tricolore traumatisé– pour les autres vers les vieilles recettes éculées de Martine Aubry ou bien même vers François Hollande dont le fait d'armes principal est d'avoir imposé le consensus mou en tant que premier secrétaire du Parti socialiste pendant de très longues années.

Non, décidément je ne regrette pas d'avoir voté pour Nicolas Sarkozy.

Jean-Benoît Roquette

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