Économie

La situation au regard de l’emploi: une perspective internationale

Temps de lecture : 3 min

La plupart des économies ont renoué avec la croissance. Et pourtant la situation au regard de l’emploi reste préoccupante et menace la paix sociale dans certains pays.

Dans le cadre de la présidence française du G20, l’Association mondiale des services d’emploi publics, présidée par Christian Charpy, et Pôle Emploi organisent à Paris les 26 et 27 mai, une conférence mondiale sur «la contribution des services publics de l’emploi à la sortie de la crise». Slate.fr, partenaire de cette conférence organisée par l'Amsep et Pôle Emploi, publie contributions et synthèses.

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Une situation préoccupante dans les pays développés…

La plupart des économies ont renoué avec la croissance. Et pourtant la situation au regard de l’emploi reste préoccupante et menace la paix sociale dans certains pays. Dans les pays développés, le chômage reste plus élevé que son niveau antérieur à la crise financière de 2008. Selon les dernières données disponibles, plus de 40% des chômeurs recherchaient un emploi depuis plus d’un an. Si ces chômeurs quittent le marché du travail, la croissance potentielle s’en ressentira –d’où le rôle crucial des services publics de l’emploi, sujet de la conférence.

… mais aussi dans les économies émergents en raison du chômage des jeunes…

Les jeunes sont particulièrement affectés par cette situation. C’est vrai dans les pays développés, où le taux de chômage des jeunes représente plus du double de celui des adultes. Dans ces pays, la pénurie d’emplois complique l’accès des jeunes, notamment les moins qualifiés, au marché du travail.

Mais le chômage des jeunes atteint aussi des niveaux élevés aussi dans certains pays émergents et en développement comme la Chine, l’Indonésie ou l’Afrique du nord. Ce sont les plus diplômés qui sont les plus concernées. En 2010, plus de 6 millions de jeunes chinois sont sortis du système éducatif avec un diplôme supérieur. Mais la majorité d’entre eux n’ont pas trouvé d’emploi adapté à leur qualification. En Afrique du nord et en Indonésie, le taux de chômage des jeunes frôle les 20%, et il dépasse les 30% –davantage pour les jeunes diplômés– dans certains pays arabes comme la Jordanie. Les emplois créés dans ces pays-là, souvent dans le secteur informel et peu qualifiés, ne correspondent pas aux attentes des jeunes diplômés. Alors que l’émigration soulageait temporairement ces déséquilibres, cette possibilité s’est pratiquement tarie du fait des difficultés des marchés du travail dans certains pays d’accueil.

… et des inégalités croissantes, parfois avec des tensions sociales

Par ailleurs, les inégalités de revenus se creusent un peu partout. Avant la crise, les revenus des catégories les plus aisées progressaient davantage que la moyenne. Cette tendance se poursuit. Dans les pays développés, le sous-emploi ampute le pouvoir d’achat des catégories peu favorisées. La situation est particulièrement préoccupante dans certains pays de la zone Euro où la croissance est anémique, et les coupures budgétaires menacent la protection sociale.

De nombreux pays émergents et en développement font face aussi à des inégalités croissantes et qui donnent lieu à des tensions sociales comme en Chine, comme le montre un rapport récent de JP Morgan. Quelque 1,5 milliard de personnes occupent un emploi vulnérable –le plus souvent dans le secteur informel. Partout les salaires réels stagnent ou progressent moins que la productivité. A l’inverse les profits augmentent, et avec eux les revenus financiers. Le renchérissement du prix des denrées alimentaires et les pénuries de logement pèsent lourdement dans le niveau de vie des classes populaires de ces pays.

Selon nos analyses, le chômage et les inégalités sont les principaux facteurs à l’origine des tensions sociales [1].

Une stratégie centrée sur l’emploi est encore possible

Cette situation n’est pas une fatalité. Des discours réformistes avaient vu le jour dans le cadre des plans de relance de 2009, encouragés notamment par le BIT, le G20 et aussi le FMI. Des mesures avaient suivi, évitant une crise encore plus grave.

Des pays comme l’Argentine et le Brésil ont facilité la reprise grâce à des politiques d’emploi adaptées à leur situation: prestations conditionnelles, dispositifs pour faciliter l’insertion de groupes à risque, logement social, investissements publics intensifs en emploi, réformes du marché du travail et de la fiscalité et meilleure couverture de la négociation collective, améliorant les incitations à l’embauche de travailleurs déclarés. Cela a dynamisé l’emploi, y compris des jeunes, tout en diminuant les inégalités.

Loin de décourager la croissance, ces politiques inclusives ont stimulé la demande au moment où les exportations vers les pays développés diminuaient et ont permis l’émergence de nouveaux marchés. La Chine et plus récemment l’Egypte et la Tunisie semblent s’orienter vers cette approche.

Aujourd’hui, les marges de manœuvre budgétaire sont plus limitées dans les pays développés. Mais les politiques d’emploi bien conçues, notamment le renforcement de services publics de l’emploi efficaces, sont peu onéreuses. Et la lutte contre la précarité –comme en Autriche depuis 2003— aura même tendance à diminuer les flux d’entrée au chômage, donc son coût économique. En se centrant exclusivement sur la réduction des déficits, on risque d’aggraver les déficits sociaux, avec des conséquences imprévisibles.

Raymond Torres

[1] Pour une reprise durable: des exemples de pays qui innovent, OIT, 2011. Retourner à l'article
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