France

2012: Pour un ministère de la culture, de la communication et du numérique

Christophe Girard, mis à jour le 19.05.2011 à 14 h 43

La France ne doit plus avoir peur d'Internet. Le ministère de la Culture, de la Communication et du Numérique que j’appelle de mes vœux permettra de rattraper le temps perdu et, enfin, de nous projeter vers l’avenir, celui qui fait avancer et rêver. Par Christophe Girard

CYNETART 2009 :: rehearsals for European Tele-Plateaus / Matthias Härtig/TMA Hellerau via FlickrCC License by

CYNETART 2009 :: rehearsals for European Tele-Plateaus / Matthias Härtig/TMA Hellerau via FlickrCC License by

A l’heure où la confusion règne, avec l’annonce de la dissolution du Conseil de la Création Artistique et celle, concomitante, de la création d’un Conseil National du Numérique, sans pour autant que les missions du ministère de la Culture et de la Communication soient clarifiées ni renforcées, il est temps de réfléchir à une refondation du rôle de ce ministère, pour qu’il soit en mesure de relever les défis culturels du XXIe siècle.

Depuis 1997, les conditions d’accès à l’art et à la culture ont été profondément transformées du fait notamment de la révolution numérique et des progrès considérables de l’équipement des familles dans le domaine de l’informatique, de l’audiovisuel et de la communication.

Internet fait de plus en plus partie de nos vies

Alors qu’en 1997 à peine un foyer sur cinq disposait d’un ordinateur avec une proportion d’internautes dans la population française inférieure à 1%, les deux tiers des familles possèdent aujourd’hui un ordinateur et plus de la moitié sont connectées à internet. De surcroît, en 1997, 11% des Français utilisaient un ordinateur à des fins personnelles, c'est-à-dire sans lien direct avec les études ou le travail, ils sont désormais plus de la moitié à le faire. Cette proportion est même nettement plus importante chez les jeunes, car elle atteint 89% pour les 15-24 ans! Enfin, plus de deux internautes sur trois se connectent tous les jours à des fins personnelles, pour une durée moyenne de 12 heures par semaine 

Ces évolutions s’apparentent à une véritable révolution pour les pratiques culturelles. Le caractère multimédia de la culture numérique où textes, images et musiques souvent associés, et plus encore la nature même de l’Internet, «média à tout faire» permettant de s’informer sur la culture, d’écouter de la musique, de visiter une exposition en ligne, de lire la presse, de regarder des programmes télévisés ou d’écouter des émissions de radio, mais aussi de diffuser et de partager ses propres créations et productions changent radicalement notre appréhension des politiques culturelles.

Ainsi, aujourd’hui, l’accès à la culture ne se fait plus nécessairement à un moment, dans un lieu et sur un support déterminés par les institutions et les industries culturelles. Les frontières entre les disciplines artistiques s’estompent de plus en plus. La répartition des rôles entre le créateur, l’interprète, le spectateur, le lecteur ou encore le visiteur change continuellement.

Depuis 2002, les gouvernements successifs ont fait le choix d’adopter une attitude frileuse, conservatrice, défensive, protectionniste et malthusienne face à ces mutations. Ils ont donné la priorité à la lutte contre l’échange des œuvres culturelles sur Internet (lois Dadvsi de 2006 et Hadopi de 2008).

Internet n'est pas une menace

Cette politique repose sur une erreur d’analyse fondamentale: Internet ne constitue pas une menace, mais, au contraire, un formidable levier pour la culture. Plutôt que de redouter Internet et de chercher à s’y adapter tant bien que mal, il convient de prendre les devants et d’investir l’univers numérique pour en saisir toutes les opportunités, pour la création, l’action et la diffusion culturelles.

En 2012, si elle gagne, la gauche aura une lourde responsabilité: mettre en place une politique culturelle 2.0 qui fera bénéficier la culture de toutes les richesses de la révolution numérique. Dans cette optique, je propose la création dès 2012 d'un grand ministère de la Culture, de la Communication et du Numérique.

Le ministère des Affaires culturelles a été créé en 1959. Par cet acte politique fort, Charles de Gaulle et André Malraux entendaient affirmer que le rayonnement mondial et le développement de la France passaient d’abord par la Culture. Si la création d’un ministère entièrement consacré à l’action culturelle fut alors novatrice, la volonté d’institutionnaliser l’intervention étatique dans le domaine des arts et des lettres était ancienne.

Déjà en 1870, un ministère des Lettres, Sciences et Beaux-arts fut mis en place, avant que ses attributions ne soient rattachées au ministère de l’Instruction publique. De 1959 à aujourd’hui, les attributions et la dénomination du ministère des Affaires culturelles ont beaucoup évolué et depuis 1986, le ministère de la Culture a toujours été chargé de la Communication, c'est-à-dire de la politique du gouvernement en direction des médias (presse, audiovisuel, et pour partie, Internet).

Pour l’exercice de ces attributions, le ministre dispose d’un service du Premier ministre: la direction du développement des médias (DDM). Ce rattachement de la communication à la culture est essentiel car la radio et, surtout, la télévision constituent un vecteur privilégié de diffusion de la culture et l’audiovisuel et le cinéma font partie des champs privilégiés de la création artistique.

En 2012, le moment sera venu d’élargir le périmètre du ministère de la Culture et de la Communication, pour y ajouter (ou associer) l’ensemble des questions liées au numérique.

Depuis 2007, le gouvernement comprend un secrétariat d’Etat chargé de la Prospective et du Développement de l’économie numérique. Son rôle est notamment de favoriser le développement de l’économie numérique, elle prépare la politique du gouvernement dans ce domaine, en lien avec les ministres intéressés. Si le secrétariat en charge de l’économie numérique et le ministère de la Culture et de la Communication sont amenés à travailler ensemble –notamment dans le cadre de la numérisation du patrimoine écrit– leurs collaborations restent rares et le secrétariat d’Etat privilégie une logique industrielle, favorable aux intérêts des opérateurs de télécommunication, au détriment d’une promotion de la diversité des contenus.

A l’heure actuelle, seul le Japon a fait ce choix, avec la création d’un ministère très ample de l’Education, de la Culture, des Sports, de la Science et de la Technologie. Néanmoins, ce regroupement de disciplines diverses au sein d’un même ministère ne semble pas être l’expression d’une volonté délibérée d’associer les questions culturelles et numériques.

Développer une offre adaptée à la révolution numérique

La France pourrait ainsi se singulariser et être précurseur en regroupant au sein d’un même portefeuille ministériel la culture, la communication et l’ensemble des questions numériques. Cela constituerait un symbole fort de la volonté d’inciter les opérateurs culturels à développer une offre adaptée à la révolution numérique et d’inviter les opérateurs de télécommunication à ne pas être que des fournisseurs d’accès aux réseaux numériques, mais aussi des acteurs de la promotion de la diversité culturelle, en les soumettant à des obligations en la matière, comme c’est le cas pour les entreprises audiovisuelles.

Ce ministère du XXIe siècle au rôle renforcé et élargi pourrait mieux faire face aux enjeux d’une société transformée par la révolution numérique: soutien à la production de contenus culturels numériques, lancement d’une salle immatérielle pour une diffusion sur internet des spectacles des grandes institutions culturelles, création d’une véritable offre numérique à partir des collections des musées nationaux, accélération de la numérisation des archives, des collections, du patrimoine écrit mais aussi cinématographique, développement de services musicaux en ligne à bas prix, accompagnement de l’essor du livre numérique, soutien aux salles de cinéma dans leur transition numérique…

La France a perdu trop de temps, pétrifiée par la nouvelle donne créée par internet. Le ministère de la Culture, de la Communication et du Numérique que j’appelle de mes vœux permettra de rattraper le temps perdu et, enfin, de nous projeter vers l’avenir, celui qui fait avancer et rêver.

Christophe Girard

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