Economie

France: les conditions de l’optimisme

La Fondation du Risque, mis à jour le 13.05.2011 à 9 h 10

Comment lever les incertitudes et s’inscrire résolument dans une lecture optimiste de notre société?

Un bébé photographié sur une feuille dans un zoo de Rotterdam. REUTERS/Jerry Lampen

Un bébé photographié sur une feuille dans un zoo de Rotterdam. REUTERS/Jerry Lampen

Le débat entre optimistes et «déclinologues» fait désormais rage. Certes, les perceptions de l’avenir ont toujours été clivées. Mais la fracture est sans cesse plus marquée, prenant l’allure d’une schizophrénie toute française.

Deux tournants majeurs permettent de mieux s’en rendre compte. Le débat exacerbé sur les retraites, d’abord: crainte de ne plus pouvoir financer ses vieux jours pour les uns; fantastique opportunité de vivre plus longtemps en bonne santé pour les autres.

Les révolutions dans le monde arabe, également: peur d’une déferlante incontrôlable de population pour les uns; vent de liberté et promesses économiques pour les autres.

Ce clivage transcende très largement les oppositions politiques traditionnelles et il n’est pas rare qu’un même individu, perdu face à ce monde d’incertitudes et de mutations, passe lui-même, en l’espace d’une nuit, d’une lecture à l’autre. Dans les moments hautement décisifs que nous vivons aujourd’hui, comment lever les incertitudes et s’inscrire résolument dans une lecture optimiste? En réalité, trois conditions doivent être réunies.

Une ambition, tout d’abord

Il est primordial de piloter le rebond économique de notre pays en discernant quelques secteurs clés dans lesquels investir pour les 20 prochaines années. On pense au nucléaire, à l’aéronautique, aux technologies vertes bien sûr…

D’autres secteurs (une dizaine environ) doivent constituer l’armature de l’indispensable renouveau industriel. Certes, les services à la personne comportent un aspect très sympathique dans une économie vieillissante et seront sans nul doute créateurs de richesse et d’activité. Mais cela ne suffira pas, en termes d’emploi comme de valeur ajoutée, pour compenser la perte de substance économique si nous n’amorçons pas une nouvelle révolution industrielle, permettant à la fois d’exporter et de répondre aux besoins de nos sociétés.

Une protection, ensuite

Nous le savons: lancer de nouvelles activités suppose de prendre des risques, pour ceux qui s’y aventurent comme pour ceux qui appuient de tels projets. Or, le goût du risque ne se décrète pas! Drainer de l’épargne pour financer de nouveaux secteurs suppose de porter des risques sur le long terme.

La puissance publique doit donc largement inciter un tel mouvement, aujourd’hui insuffisant. Mais les risques sont surtout pris par ceux qui s’investissent personnellement dans de nouveaux projets, notamment s’ils sont jeunes et ont leur temps pour patrimoine essentiel. Il faut alors être capable de protéger les actifs des ruptures de la vie professionnelle en mettant –enfin!– en place une véritable sécurité sociale professionnelle et une convergence entre les contrats de travail existant aujourd’hui.

Une véritable éducation, enfin

L’investissement dans l’enseignement supérieur est déterminant, bien évidemment. Mais les choses se jouent aussi en amont et en aval des études supérieures. Or, ces horizons de temps sont mal maîtrisés.

Dès le plus jeune âge, une divergence des parcours de vie s’opère selon le territoire où l’on naît. L’évolution récente des prix du logement renforce encore ce mécanisme de ségrégation territoriale et de divergence. Il est donc nécessaire d’investir massivement dans l’éducation dès la petite enfance, notamment dans les quartiers les plus dépourvus, tout en luttant contre la concentration géographique des handicaps.

De même, après les études, les programmes de formation pour les professionnels confinent le plus souvent au ridicule. Une véritable refondation des temps de la vie doit alors être proposée. Nous travaillerons plus vieux que nos parents; formons-nous également plus vieux!

Dans cette perspective, une année de formation obligatoire et à plein temps autour de 40 ans pourrait constituer une incitation forte –pour les entreprises comme les individus– à investir dans le capital humain, sans effet de sélection selon la formation initiale. Elle remplacerait, d’une certaine manière, l’ancien service obligatoire, pour le plus grand bénéfice de l’étudiant et de la société.

Si nous savons mettre en musique ces trois impératifs, le jasmin aura sans nul doute raison des chrysanthèmes!

Jacques Pelletan
Maître de conférences en sciences économiques - Université Paris 8
Chercheur associé - Fondation du Risque

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