Football: Le racisme anti-Blanc

L'équipe de France de football le mars 29 mars 2011, REUTERS/Gonzalo Fuentes

L'équipe de France de football le mars 29 mars 2011, REUTERS/Gonzalo Fuentes

L'enquête qui accuse les dirigeants du foot français de vouloir instaurer des quotas raciaux est à prendre au sérieux, mais contient des raccourcis un peu rapides, notamment concernant Laurent Blanc.

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Le foot français accusé de vouloir instaurer des quotas pour limiter le nombre de joueurs noirs et d’arabes: les accusations qui sous-tendent l’enquête de Mediapart sont graves.

Des accusations qui doivent être prises au sérieux et qui, si elles sont vérifiées, devraient à juste titre entraîner le départ des responsables mis en cause, au premier rang desquels Laurent Blanc et François Blaquart, respectivement sélectionneur national et directeur technique national, les deux postes les plus importants du football français.

Que les instances dirigeantes d’une grande nation du football organisent une ségrégation raciale en mettant en place des quotas pour limiter le nombre de joueurs «noirs» et «arabes» dans ses équipes de jeunes est inacceptable et c’est un délit réprimé par la loi.

Aucune trace écrite

La ministre des Sports Chantal Jouanno a immédiatement réagi en demandant à la Fédération française de football de «faire très rapidement toute la lumière sur les allégations de l'article». Laurent Blanc a déjà démenti les accusations, et plusieurs responsables de centres de formation nient avoir entendu parler d’un quelconque projet de quotas raciaux.

Mais au-delà de l’incertitude quant à la «lepenisation de l’encadrement du football français», l’enquête procède à un certain nombre de raccourcis et de sous-entendus concernant d'une part Laurent Blanc, et d'autre part deux débats tout à fait légitimes discutés ouvertement depuis des années.

Bi-nationaux

D’abord, celui des joueurs bi-nationaux formés en France et qui décident de jouer pour la sélection nationale d’un autre pays que la France.

On peut difficilement reprocher à une fédération qui dépense de l’argent et des ressources pour la formation de jeunes joueurs de vouloir qu’ils fassent ensuite partie du réservoir dans lequel l’équipe nationale peut piocher pour mettre en place la meilleure sélection possible.

Certains arguent que les joueurs qui choisissent de ne pas jouer pour l’équipe de France sont peu nombreux, et qu’ils le font parce qu’ils pensent qu’ils ont plus de chances de jouer dans une sélection d’un plus petit pays où la compétition est moins rude.

On peut ici citer l’équipe d’Algérie, qui comptait lors de la dernière Coupe du monde une écrasante majorité de joueurs nés et formés en France, mais dont la plupart n’ont pas le niveau pour postuler à une place chez les Bleus. Il n’empêche, le débat est légitime, et il n’a rien à voir avec la couleur de peau.

Contradiction

Mais la manière dont l’enquête fait entrer des considérations raciales dans ce débat de fond du foot français est peu convaincante. Mediapart écrit notamment:

«Les discussions au sein de la DTN n’ont jamais évoqué aucune nationalité en particulier, mais se sont polarisées exclusivement sur les "blacks" et les "beurs", décrits parfois comme des "étrangers" alors qu’ils sont Français.»

Une phrase contredite dans le passage qui suit, où l’article rapporte les propos du sélectionneur national, qui n’emploie justement pas de terme décrivant la couleur des joueurs, mais bien des nationalités:

«Ainsi, Laurent Blanc a affirmé au sein de la DTN qu’il faut "limiter" le nombre des joueurs français ayant une autre nationalité qui "partent jouer dans des équipes nord-africaines ou africaines".»

Physique contre technique

L’autre débat évoqué est celui du profil recherché chez les jeunes joueurs de football.

Depuis vingt ans, une des caractéristiques principales de l’équipe de France est la puissance physique et athlétique de ses joueurs, développée de manière consciente et volontaire dès le plus jeune âge.

Un atout unanimement souligné par les observateurs après la victoire contre l’Espagne et ses petits gabarits techniques en huitième de finale de la Coupe du monde 2006.

Mais cinq ans plus tard, deux fiascos consécutifs des Français et deux victoires indiscutables de l’Espagne en 2008 et 2010 ont bouleversé les certitudes.

Les responsables du football français se demandent désormais si des joueurs comme Xavi ou Iniesta, grands artisans des succès espagnols, auraient eu leur chance dans le système de formation français où le physique est le critère de sélection numéro un.

Pour remédier à cette situation, François Blaquart cherche à rendre obligatoire des séances de futsal, discipline très pratiquée chez les jeunes en Espagne et au Brésil et qui fait travailler la technique, au programme des clubs formateurs.

Encore une fois, ce changement de stratégie dans la formation du physique vers la technique n’a rien de secret ni d’inavouable, et les dirigeants en discutent ouvertement dans les médias.

De la parole à l’acte?

Mais ce débat est mêlé dans les accusations de Mediapart à des considérations sur la couleur de peau qui n’ont absolument rien à y faire. Selon les sources des journalistes, Laurent Blanc aurait ainsi déclaré:

«Et qu’est-ce qu’il y a comme grands, costauds, puissants? Des blacks. C’est comme ça. C’est un fait actuel. Dieu sait que dans les centres de formations et les écoles de football, il y en a beaucoup.»

Les propos sont condamnables, mais sont-ils vraiment la preuve que «l’obsession des origines est désormais institutionnalisée, théorisée et, même, promue au plus haut niveau dans le foot français»? Pas sûr.

Les préjugés raciaux dans le sport n’ont malheureusement rien de nouveau, ni rien de français.

Le journaliste sportif américain Buzz Bissinger expliquait récemment comment dans le football américain, certains blancs sont persuadés que «les joueurs blancs atteignent le succès grâce à leur hargne, leur travail et leur intelligence, tandis que les noirs gagnent uniquement grâce à leurs qualités athlétiques». Toujours est-il que les noirs sont fortement représentés dans la ligue de football nationale (NFL), tout simplement parce qu’ils sont bons.

Performance

Quelle serait la logique pour des formateurs dont l’objectif est la performance de se fonder sur des critères raciaux pour parvenir à leurs fins, à savoir de former les meilleurs joueurs possibles qui feront un jour partie du réservoir de l’équipe de France?

Il n’y aurait qu’une seule explication: qu’une bonne partie des responsables du foot français soient racistes, — ou comme feu Georges Frêche qu’ils veulent une équipe de France moins «black» — , et, que de surcroît, cela les pousse à faire des choix qui nuisent à la performance sportive.

Evra et Ribéry

Une hypothèse que les faits semblent contredire. Mediapart écrit au sujet du fiasco sud-africain:

«Au sein de la DTN, de nombreux institutionnels avaient alors considéré, lors de réunions officielles ou en privé, que les joueurs noirs (comme Patrice Evra) et ceux de confession musulmane (comme Franck Ribéry) pouvaient être tenus comme les premiers responsables de l’échec sud-africain»

Pourtant, Laurent Blanc a réintégré, contre l'avis de Chantal Jouanno, les deux meneurs désignés de la fronde, Franck Ribéry et Patrice Evra, un musulman et un noir.

Ne minimisons pas la gravité des accusations portées contre la FFF. Selon l’article, François Blaquart aurait déclaré:

«Oui, il faut des espèces de quotas, mais il ne faut pas que cela soit dit.»

Cette phrase n’est pas simplement «une position excessive», comme s’est défendu l’intéressé. Mais il sera très difficile pour les services de la jeunesse et des sports qui vont enquêter sur l’affaire de prouver l’existence de ces propos.

L’enquête et l’indignation qu’elle suscite ont au moins un mérite: il sera désormais impossible d’instaurer des quotas dans le foot français, quelles qu’aient été les intentions des instances dirigeantes. Mais elle procède à plusieurs raccourcis concernant Laurent Blanc qui pourraient bien entraîner une contre-attaque musclée de la part du sélectionneur.

Grégoire Fleurot

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