- Une manifestation anti-OGM de Greenpeace à Bruxelles en 2008. REUTERS/Thierry Roge -
L’agriculture nourrit les hommes. Base d’un développement économique viable pour toute société humaine, rien n’est plus essentiel que ce travail de la terre dépendant des services rendus pas la nature. Grâce à la pollinisation, la fertilité des sols, la qualité de l’eau et de l’air, la planète apporte les conditions nécessaires à la culture de nos denrées alimentaires.
La seconde moitié du XXe siècle a marqué un tournant pour l’agriculture européenne. Il s’agissait alors d’assurer l’autosuffisance alimentaire de notre continent. Un défi considérable qu’ont su relever les agriculteurs soutenus par la Politique agricole commune (PAC). Toutefois, les politiques prônant l’accroissement de la productivité et du rendement à tout prix n’ont pas été sans conséquences sur les écosystèmes du fait de l’utilisation massive de produits chimiques.
Afin de répondre à ces problématiques, les industriels d’outre-Atlantique et d’Europe ont développé les organismes génétiquement modifiés (OGM) en mettant en avant le double bénéfice supposé de ces semences: rendement amélioré et baisse du recours aux intrants chimiques parallèlement. Comment expliquer dès lors la méfiance de l’opinion publique européenne, y compris dans le secteur agricole, pour les OGM?
Les données scientifiques dont on dispose actuellement sont insuffisantes pour recenser toutes les conséquences d’une modification génétique sur l’ensemble des acteurs de la chaîne du vivant. De nombreux éléments permettent même de douter sérieusement de l’innocuité des OGM. Par exemple, une étude «confidentielle» réalisée en 2002 par l’un de ses principaux fabricants, la multinationale Monsanto, a révélé des effets sur la formule sanguine, les reins et le foie de rats ayant consommé une alimentation contenant le maïs génétiquement modifié «MON 863» de cette compagnie. Ces résultats ont été admis par la compagnie elle-même, mais aussi par les experts de la Commission française du génie biomoléculaire.
D’autre part, les OGM permettent une forme de «brevetabilité» du vivant qui met les agriculteurs à la merci d’intérêts privés. En étant la propriété de leur fabricant, les OGM les empêchent de disposer librement des semences nécessaires aux cultures. L’exemple argentin est un précédent intéressant: depuis 15 ans les agriculteurs locaux ont massivement plantés des semences de soja génétiquement modifiées et se retrouvent dans l’obligation de racheter ces semences et leurs herbicides associés. A cette dépendance, s’ajoutent les effets nocifs constatés sur leur santé: congestion des poumons, endommagement de la peau, des reins, etc.
L’évolution naturelle de la biodiversité est un processus continu initié il y a des milliards d’années. Il a impliqué une sélection naturelle, des interactions étroites entre les espèces de plantes et d’animaux, et des rôles joués par chacune. Certaines sont très sensibles à toute modification même mineure des conditions de vie ou à toute concurrence avec d’autres espèces. Une sélection artificielle de caractères souhaités entraîne un risque d’appauvrissement du patrimoine génétique et de la biodiversité qui n’est pas maîtrisé en l’état.
L’enjeu ici est de sortir d’une certaine «monoculture intellectuelle» en valorisant le savoir-faire technique et professionnel des agriculteurs: plutôt que de penser sans cesse à l’optimisation artificielle des processus de production, il s’agirait de viser l’optimisation des processus naturels des écosystèmes dont font parties les plantes.
Alors même que des recherches sous serre seraient possibles, des cultures en plein champ sont pratiquées aujourd’hui. La nature ne peut être prise pour un laboratoire. La dissémination d’OGM qu’elles occasionnent dans l’environnement est une menace supplémentaire pour des ressources naturelles en déclin ainsi que pour les agriculteurs ayant fait un autre choix. C’est pour défendre la liberté de choisir que des collectivités territoriales ont récemment déposé un recours devant la Cour de justice européenne afin d’annuler l'autorisation de commercialiser de nouvelles variétés de maïs génétiquement modifiés.
S’appropriant «l’initiative populaire» instaurée par le traité de Lisbonne, 1 million de citoyens issus des vingt-sept Etats membres de l’Union ont signé l’année dernière une pétition réclamant que la Commission européenne gèle les autorisations de mise sur le marché d’OGM. Première initiative du genre, elle oblige les instances officielles à se saisir de la question en vue d’une possible évolution de la loi. Nous disons avec ces citoyens que nous ne voulons pas d’OGM en Europe tant qu'une commission de recherche indépendante n'aura pas analysé de façon exhaustive leur impact sur la santé et l'environnement.
L’Union Européenne possède la plus stricte législation au monde en matière environnementale. Elle a sur ce sujet le devoir d’être à l’avant-garde en protégeant ses agriculteurs et les populations qu’ils nourrissent. Proposant une vision renouvelée du progrès, elle doit résolument s’attacher à marier sciences et conscience en portant haut sur la scène internationale la préservation des ressources naturelles et les alternatives écologiques.
Or une alternative viable existe dans ce domaine : l’agriculture biologique ou similaire. Mode de culture réglementé, cette dernière garantit notamment le non usage de pesticides ou d’engrais chimiques remplacés par d’autres méthodes incluant des produits naturels, l’absence d’OGM, le recyclage des matières organiques, la rotation des cultures, etc. Ce faisant, elle contribue significativement à la survie des pollinisateurs, la fertilité des sols, à la séquestration du carbone et évite toute atteinte à la santé humaine en comparaison de l’agriculture intensive.
Avec la réforme de la PAC prévue en 2013, l’Union européenne serait bien inspirée de favoriser par tous les moyens la transition des pratiques agricoles actuelles vers une approche biologique. Contrairement aux idées reçues, l’agriculture biologique connaît aujourd’hui des rendements égaux à ceux générés par l’agriculture conventionnelle. Si tant est que la production locale et des circuits courts de distribution soient développés, l’agriculture biologique a la capacité de nourrir les 9 milliards d’êtres humains attendus au cours du siècle selon les conclusions de juin 2010 du Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation.
Coïncidence ou signe des temps, ce même mois de juin 2010 plus de 10.000 paysans haïtiens manifestaient pour exprimer leur désaccord avec la décision de leur gouvernement d’accepter les semences offertes par la compagnie Monsanto. Quelques mois après le tremblement de terre qui ravagea le pays, la multinationale promettait un don de 475 tonnes de semences hybrides. Bien que Haïti soit plongé dans une situation d’extrême précarité alimentaire, utiliser ces semences dans ce qu’il leur reste d’environnement faisait courir pour ces paysans le risque de perdre la possibilité de produire et de reproduire leur propre semence à destination de leur famille et du marché de proximité.
Une alimentation suffisante et saine est une nécessité pour l’Homme. Là-bas comme ici en Europe, ce besoin vital doit faire plus que jamais l’objet d’une seule et même précaution au bénéfice d’un seul et même bien commun. C’est pour cette raison essentielle que nous voulons une France sans OGM au sein d’une Europe sans OGM.
Isabelle Autissier
Présidente du WWF France
Serge Orru
Directeur général du WWF France
et il faudrait différencier l'OGM et l'utilisation commerciale qui en est faite. faire un OGM résistant à un herbicide est une abérration car du cout cela favorise l'utiolsation du persticide... sans compter le problème de brevet. dans l'avenir avec els changements climatique il faudra adapter nos culture ou en changer. cela peut être un outils à condition qu'il est utilisé rationelement
On pourrait aussi avoir les liens vers les rapports que vous citez? En général les citations de rapports sont toujours incomplètes et permettent de conclure tout ce que l'on veut...
Je suis très étonné de constater que "Slate", qui me paraissait sérieux et digne de confiance publie cet article qui n' est constitué que d' une collection de lieux communs datant de plusieurs années et, ce qui est plus grave, d' inexactitudes confinant au mensonge. Non, l' agriculture biologique ne produit pas, et de loin, les mêmes rendements que l' agriculture dite conventionnelle, utilisant de manière raisonnée des produits de protection, insecticides, fongicides, herbicides. Les variétés utilisées en bio sont certes plus rustiques, plus résistantes naturellement, mais elles sont moins productives. Elles sont tout de même parfois attaquées par des insectes ou des maladies qui peuvent aller jusqu' à la destruction de la culture. Economiquement, le coût de la main d 'oeuvre supplémentaire en bio n' est pas négligeable, et écologiquement, l' utilisation plus importante en bio des façons culturales (labour, hersage etc...)alourdit son "empreinte carbone". Le bio est une solution parmi d' autres, mais n' en faisons pas une panacée. Quant aux OGM, l' attitude de refus global de beaucoup d'européens et la pusillanimité des gouvernants est tristounette, pour ne pas dire lamentable. C' est toute une recherche dynamique et encore à ses débuts qui est perdue pour l' Europe.
On a besoin de recherche publique en bio en France pour améliorer les rendements, c'est clair.
Mais ce n'est pas en racontant n'importe quoi qu'on va y parvenir.
Slate.fr, je vous lis souvent mais là, vous me décevez.
Signé : un ingénieur agronome et agriculteur.
Le cas d'Haïti est honteux, le WWF a en rien à foutre que les haïtiens crèvent la dalle, ce qui leurs importent c'est qu'ils ne plantent pas d'OGM et d'hybride de Monsanto, alors que tout l'alimentation occidentale reposent totalement sur ces technologies. Pour sauvegarder leur "culture" les haïtiens doivent continuer à importer 70% de leurs aliments? Elle est ou l'indépendance financière et culturel?
Le bio est une idéologie qui va aboutir à une famine mondiale, la FAO a clairement démentie l'affirmation que le bio pouvait nourrir tout le monde. Le Bio fait déjà des victimes, en réduisant la production sur des surfaces importantes, ils participent à la hausse des prix qui poussent chaque années de millions d'humains dans la détresse alimentaire. Chaque tonne de céréales bio mis sur le marché, c'est autant retiré pour l'alimentation.
Arvalis fait régulièrement des essais en condition difficile (pas de traitement, mauvais potentiel) et les variétés modernes s'en sortent globalement toujours mieux que les anciennes. Les producteurs bio le savent bien, en grande culture ils plantent les mêmes variétés que leurs collègues conventionnels.
La vrai différence c'est plutôt au niveau du besoin d'azote, les variétés orientés bio sont moins exigeante et garantisse un qualité de grain plus constante (taux de protéine) malgré les carences. Mais au prix d'un rendement faible.
Jetez un coup d'oeil à un catalogue de semence professionnel, les résistances aux principales maladies sont des critères de classement des variétés très important.
C'est faux en France voir les article L-613-5-1 et L613-5-2 du code de la propriété intellectuelle. C'est faux également sur tout le territoire communautaire puisque les lois citées plus haut sont la transcription en France d'une directive européenne.
Un Agriculteur peut conserver une partie de la récolte d'un OGM breveté pour réensemencer sa terre.
"Par exemple, une étude «confidentielle» réalisée en 2002 par l’un de ses principaux fabricants, la multinationale Monsanto, a révélé des effets sur la formule sanguine, les reins et le foie de rats ayant consommé une alimentation contenant le maïs génétiquement modifié «MON 863» de cette compagnie." => C'est une légende qui s'est propagée sur la toile à la suite des "travaux" d'une association anti-OGM, le criigen. Les conclusions du criigen ont été réfutées par l’ensemble des instances de régulation qui se sont penchées dessus du fait d'erreurs scientifiques majeures (l'EFSA, l’Afssa, l’ex-CGB, le HCB, le Bfr (allemand), le FSA (anglais), la FSANZ (australie)… ). Il est facile de trouver les avis de ces instances sur leurs sites web respectifs.
"Ces résultats ont été admis par la compagnie elle-même, mais aussi par les experts de la Commission française du génie biomoléculaire. " => Ben non, là non plus. L'ex-CGB a réfuté les conclusions du criigen. De même, monsanto a demandé à un panel d'experts d'analyser les conclusions du criigen. Ces experts ont publié un article (J. Doull et al., 2007) qui descend les travaux des militants anti-OGM du criigen.
"D’autre part, les OGM permettent une forme de «brevetabilité» du vivant qui met les agriculteurs à la merci d’intérêts privés. En étant la propriété de leur fabricant, les OGM les empêchent de disposer librement des semences nécessaires aux cultures. " => Là aussi, grave erreur, d'ailleurs elle a déjà été relevée par d'autres intervenants. J'ajouterais que concernant le maïs les agriculteurs rachètent déjà leur semences chaque année depuis au moins 40 ans avec le développement des hybrides. Le maïs GM ne changent donc rien à la situation actuelle.
"L’exemple argentin est un précédent intéressant: depuis 15 ans les agriculteurs locaux ont massivement plantés des semences de soja génétiquement modifiées et se retrouvent dans l’obligation de racheter ces semences et leurs herbicides associés." => Double erreur. L'Argentine n'a jamais reconnu le brevet sur le soja RR. Les agriculteurs argentins utilisent donc ces semences sans avoir payé le moindre kopeck de royalties à monsanto. Cette dernière a tout fait pour toucher les droits sur sa licence, elle a même essayé d'attaquer les importateurs européens mais s'est fait déboutée par la Cour européenne l'année dernière. Par ailleurs le glyphosate est dans le domaine public depuis plus de 10 ans et aucun contrat n'oblige un agriculteur à utiliser du roundup. Il peut tout à fait utiliser un générique chinois moins cher.... et changer de fournisseur de semences si bon lui semble.
"A cette dépendance, s’ajoutent les effets nocifs constatés sur leur santé: congestion des poumons, endommagement de la peau, des reins, etc. " => Affirmation gratuite. Le glyphosate est bien moins toxique que les cocktail de désherbants sélectifs employés sur le soja conventionnel.
"Une sélection artificielle de caractères souhaités entraîne un risque d’appauvrissement du patrimoine génétique et de la biodiversité qui n’est pas maîtrisé en l’état. " => Encore une affirmation sans aucun base scientifique. Cela fait 10000 ans que l'homme procède à une sélection artificielle de "caractères souhaités", ce qui s'appelle de la sélection variétale, que ce soit sur les plantes mais aussi les animaux. Le blé, le maïs, les patates ou encore le chihuahua ne sont pas des produits de la "sélection naturelle".
"C’est pour défendre la liberté de choisir que des collectivités territoriales ont récemment déposé un recours devant la Cour de justice européenne afin d’annuler l'autorisation de commercialiser de nouvelles variétés de maïs génétiquement modifiés." => Mettez vos pendules à l'heure, ce recours a été débouté par la Cour européenne la semaine dernière.
"S’appropriant «l’initiative populaire» instaurée par le traité de Lisbonne, 1 million de citoyens issus des vingt-sept Etats membres de l’Union ont signé l’année dernière une pétition réclamant que la Commission européenne gèle les autorisations de mise sur le marché d’OGM. Première initiative du genre, elle oblige les instances officielles à se saisir de la question en vue d’une possible évolution de la loi. " => Deux erreurs, là encore. Cette "initiative" n'en était pas une, les conditions d'application de l’initiative du traité de Lisbonne n'ayant pas encore été définies à ce moment là. D'ailleurs elle a été rejetée par la commission européenne car sans valeur aucune, ne serait-ce que par l'impossibilité de vérifier l'authenticité des signatures.
"Nous disons avec ces citoyens que nous ne voulons pas d’OGM en Europe tant qu'une commission de recherche indépendante n'aura pas analysé de façon exhaustive leur impact sur la santé et l'environnement. " => Chaque pays européen dispose de ses propres instances d'évaluations indépendantes. A cela s'ajoute l'EFSA au niveau européen.
"Or une alternative viable existe dans ce domaine : l’agriculture biologique ou similaire." => Là aussi, cette affirmation a déjà été commentée par d'autres intervenants. Le bio n'a rien de viable, c'est un marché de niche et cela le restera (rendements minables, prix élevés, impasse technique ...)
"Mode de culture réglementé, cette dernière garantit notamment le non usage de pesticides ou d’engrais chimiques remplacés par d’autres méthodes incluant des produits naturels (...)" => "produits naturels" dont la roténone, un insecticide interdit en conventionnel du fait de son rôle dans le développemetn de la maladie de Parkinson et pour lequel le bio a obtenu une dérogation. On pourrait aussi parler du sulfate de cuivre qui s'accumule irrémédiablement dans les sols... mais c'est naturel, donc "bon" dans l'idéologie biobio.
"Contrairement aux idées reçues, l’agriculture biologique connaît aujourd’hui des rendements égaux à ceux générés par l’agriculture conventionnelle." => gaps !
Bref, on lit toujours les même énormités sur les OGM et cela n'a pas l'air de changer. On peut dire que la désinformation orchestrée par les antis a été rondement menée. Pour rappel, cela fait une quinzaine d'années que des PGM sont commercialisées et jusqu'à maintenant aucun problème sanitaire ou environnemental ne peut leur être attribué. Bien au contraire, la réduction de l'usage des insecticides chimiques avec les plantes Bt est même plutôt favorable à l'environnement, tout comme l'adoption de la culture sans labour que facilite les plantes HR. Peu de technologies peuvent revendiquer un tel bilan.
Conclusion, le WWf ne vaut pas mieux que les autres organisation vertes aux positions radicales genre greenpeace ou FOE... quelle déception.
Alors, de grâce, arrêtez !
Arrêtez d'écrire : "jusqu'à présent, tel herbicide ne s'est pas révélé plus toxique que tel autre" ou "rien ne prouve que cet OGM soit plus cancérigène que ce produit Bio"
Oui, si nous voulons que l'espèce humaine survive, revenons à l'âge des cavernes, ou du moins, à une agriculture "raisonnable" ! Est ce vraiment trop demander ?
C'est à cette condition, impérativement, que les neuf ou douze ou vingt milliards d'êtres humains s'en sortiront, et arrêtez de nous bassiner avec cet argument de la surpopulation: ce sont les businessmen les plus répugnants qui l'emploient !