France

Pour une France sans OGM

WWF France, mis à jour le 02.05.2011 à 15 h 43

Contrairement aux idées reçues, l’agriculture biologique connaît aujourd’hui des rendements égaux à ceux générés par l’agriculture conventionnelle.

Une manifestation anti-OGM de Greenpeace à Bruxelles en 2008. REUTERS/Thierry Roge

Une manifestation anti-OGM de Greenpeace à Bruxelles en 2008. REUTERS/Thierry Roge

L’agriculture nourrit les hommes. Base d’un développement économique viable pour toute société humaine, rien n’est plus essentiel que ce travail de la terre dépendant des services rendus pas la nature. Grâce à la pollinisation, la fertilité des sols, la qualité de l’eau et de l’air, la planète apporte les conditions nécessaires à la culture de nos denrées alimentaires.

La seconde moitié du XXe siècle a marqué un tournant pour l’agriculture européenne. Il s’agissait alors d’assurer l’autosuffisance alimentaire de notre continent. Un défi considérable qu’ont su relever les agriculteurs soutenus par la Politique agricole commune (PAC). Toutefois, les politiques prônant l’accroissement de la productivité et du rendement à tout prix n’ont pas été sans conséquences sur les écosystèmes du fait de l’utilisation massive de produits chimiques.

Afin de répondre à ces problématiques, les industriels d’outre-Atlantique et d’Europe ont développé les organismes génétiquement modifiés (OGM) en mettant en avant le double bénéfice supposé de ces semences: rendement amélioré et baisse du recours aux intrants chimiques parallèlement. Comment expliquer dès lors la méfiance de l’opinion publique européenne, y compris dans le secteur agricole, pour les OGM?   

Les données scientifiques dont on dispose actuellement sont insuffisantes pour recenser toutes les conséquences d’une modification génétique sur l’ensemble des acteurs de la chaîne du vivant. De nombreux éléments permettent même de douter sérieusement de l’innocuité des OGM. Par exemple, une étude «confidentielle» réalisée en 2002 par l’un de ses principaux fabricants, la multinationale Monsanto, a révélé des effets sur la formule sanguine, les reins et le foie de rats ayant consommé une alimentation contenant le maïs génétiquement modifié «MON 863» de cette compagnie. Ces résultats ont été admis par la compagnie elle-même, mais aussi par les experts de la Commission française du génie biomoléculaire.

D’autre part, les OGM permettent une forme de «brevetabilité» du vivant qui met les agriculteurs à la merci d’intérêts privés. En étant la propriété de leur fabricant, les OGM les empêchent de disposer librement des semences nécessaires aux cultures. L’exemple argentin est un précédent intéressant: depuis 15 ans les agriculteurs locaux ont massivement plantés des semences de soja génétiquement modifiées et se retrouvent dans l’obligation de racheter ces semences et leurs herbicides associés. A cette dépendance, s’ajoutent les effets nocifs constatés sur leur santé: congestion des poumons, endommagement de la peau, des reins, etc. 

L’évolution naturelle de la biodiversité est un processus continu initié il y a des milliards d’années. Il a impliqué une sélection naturelle, des interactions étroites entre les espèces de plantes et d’animaux, et des rôles joués par chacune. Certaines sont très sensibles à toute modification même mineure des conditions de vie ou à toute concurrence avec d’autres espèces. Une sélection artificielle de caractères souhaités entraîne un risque d’appauvrissement du patrimoine génétique et de la biodiversité qui n’est pas maîtrisé en l’état.

Sortir de la «monoculture intellectuelle»

L’enjeu ici est de sortir d’une certaine «monoculture intellectuelle» en valorisant le savoir-faire technique et professionnel des agriculteurs: plutôt que de penser sans cesse à l’optimisation artificielle des processus de production, il s’agirait de viser l’optimisation des processus naturels des écosystèmes dont font parties les plantes.

Alors même que des recherches sous serre seraient possibles, des cultures en plein champ sont pratiquées aujourd’hui. La nature ne peut être prise pour un laboratoire. La dissémination d’OGM qu’elles occasionnent dans l’environnement est une menace supplémentaire pour des ressources naturelles en déclin ainsi que pour les agriculteurs ayant fait un autre choix. C’est pour défendre la liberté de choisir que des collectivités territoriales ont récemment déposé un recours devant la Cour de justice européenne afin d’annuler l'autorisation de commercialiser de nouvelles variétés de maïs génétiquement modifiés.

S’appropriant «l’initiative populaire» instaurée par le traité de Lisbonne, 1 million de citoyens issus des vingt-sept Etats membres de l’Union ont signé l’année dernière une pétition réclamant que la Commission européenne gèle les autorisations de mise sur le marché d’OGM. Première initiative du genre, elle oblige les instances officielles à se saisir de la question en vue d’une possible évolution de la loi. Nous disons avec ces citoyens que nous ne voulons pas d’OGM en Europe tant qu'une commission de recherche indépendante n'aura pas analysé de façon exhaustive leur impact sur la santé et l'environnement.

L’Union Européenne possède la plus stricte législation au monde en matière environnementale. Elle a sur ce sujet le devoir d’être à l’avant-garde en protégeant ses agriculteurs et les populations qu’ils nourrissent. Proposant une vision renouvelée du progrès, elle doit résolument s’attacher à marier sciences et conscience en portant haut sur la scène internationale la préservation des ressources naturelles et les alternatives écologiques.

Or une alternative viable existe dans ce domaine : l’agriculture biologique ou similaire. Mode de culture réglementé, cette dernière garantit notamment le non usage de pesticides ou d’engrais chimiques remplacés par d’autres méthodes incluant des produits naturels, l’absence d’OGM, le recyclage des matières organiques, la rotation des cultures, etc. Ce faisant, elle contribue significativement à la survie des pollinisateurs, la fertilité des sols, à la séquestration du carbone et évite toute atteinte à la santé humaine en comparaison de l’agriculture intensive.

L'exemple d'Haïti

Avec la réforme de la PAC prévue en 2013, l’Union européenne serait bien inspirée de favoriser par tous les moyens la transition des pratiques agricoles actuelles vers une approche biologique. Contrairement aux idées reçues, l’agriculture biologique connaît aujourd’hui des rendements égaux à ceux générés par l’agriculture conventionnelle. Si tant est que la production locale et des circuits courts de distribution soient développés, l’agriculture biologique a la capacité de nourrir les 9 milliards d’êtres humains attendus au cours du siècle selon les conclusions de juin 2010 du Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation.   

Coïncidence ou signe des temps, ce même mois de juin 2010 plus de 10.000 paysans haïtiens manifestaient pour exprimer leur désaccord avec la décision de leur gouvernement d’accepter les semences offertes par la compagnie Monsanto. Quelques mois après le tremblement de terre qui ravagea le pays, la multinationale promettait un don de 475 tonnes de semences hybrides. Bien que Haïti soit plongé dans une situation d’extrême précarité alimentaire, utiliser ces semences dans ce qu’il leur reste d’environnement faisait courir pour ces paysans le risque de perdre la possibilité de produire et de reproduire leur propre semence à destination de leur famille et du marché de proximité.

Une alimentation suffisante et saine est une nécessité pour l’Homme. Là-bas comme ici en Europe, ce  besoin vital doit faire plus que jamais l’objet d’une seule et même précaution au bénéfice d’un seul et même bien commun. C’est pour cette raison essentielle que nous voulons une France sans OGM au sein d’une Europe sans OGM.

Isabelle Autissier
Présidente du WWF France

Serge Orru
Directeur général du WWF France

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