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Dans son nouveau programme, le Parti socialiste semble découvrir que «l'Europe demeure le seul continent qui s'impose le libre-échange dans un monde qui ne cesse d'y déroger» (programme du PS, p.16, PDF). Il proposera donc «que soient inscrites dans les règles du commerce international les règles fondamentales définies par les 8 conventions de l'OIT (Organisation internationale du travail), les normes de lutte contre le réchauffement climatique ainsi que les normes techniques et sanitaires de protection du consommateur européen». En cas d'échec des discussions dans le cadre de l'OMC, les droits de douanes au niveau européen seront augmentés sur les produits ne respectant pas ces normes. «Nous plaiderons pour le renforcement des clauses de sauvegarde et de réciprocité visant à garantir la loyauté des échanges.» La Chine est nommément visée.
Pour un parti qui a jusqu'ici adhéré sans réserve notable au libre-échange à l'échelle européenne et mondiale, et compte deux de ses militants à la tête des principales organisations globales libérales (Strauss-Kahn au FMI et Pascal Lamy à l'OMC), c'est plus qu'une évolution, c'est une rupture, verbale toutefois, à ce stade.
Pour rester crédible, le PS devrait maintenant prendre l'initiative d'un large débat sur l'utilité et les modalités d'une «défense de l'économie européenne», et ce avant la présidentielle de 2012.
En effet, il est aujourd'hui difficile de prôner des mesures de défense économique sans se faire taxer immédiatement de passéiste, de frileux, d'incompétent, voire de Front national, ou même, injure suprême, de «populiste». C'est vrai que la position des deux principales forces politiques institutionnelles françaises (UMP, PS) diffèrent très peu sur le sujet, ce qui limite singulièrement la discussion.
Il s'agit d'abord de redonner une légitimité à ces idées, avec le concours d'économistes reconnus et de responsables expérimentés. Pascal Lamy, qui se désole des résultats médiocres de l'OMC depuis l'ouverture voici 10 ans du cycle de négociations de Doha, serait invité, bien sur. Il avouerait peut-être que la reconnaissance de la Chine, toujours communiste, comme «économie de marché» pouvait attendre un peu.
Historiquement, toutes les grandes économies se sont développées derrière des barrières solides, douanières ou autres, qui n'ont été abaissées qu'une fois le développement sur les rails.
Le Royaume-Uni n'est devenu libre échangiste qu'après avoir assis sa domination sur les mers et la France; l'industrie allemande a pris son essor à l'abri du Zollverein. La conversion des Etats-Unis au libre échangisme est contemporaine de son accession au statut de superpuissance. Mais quand son industrie automobile vieillotte s'est trouvée menacée de disparition, on a eu vite fait de justifier une exception.
La Chine nouvelle, qui parvient sans complexe à concilier la planification stratégique –elle vient d'adopter son 11e plan– la légitimation du profit et l'exploitation des classes ouvrière et paysanne qui en est le corollaire, le pillage des technologies occidentales et le mépris de l'environnement, a assuré son développement spectaculaire à l'abri des intrusions extérieures; les marchés publics chinois restent soigneusement verrouillés grâce notamment aux grandes entreprises publiques et les entreprises étrangères implantées dans le pays doivent y produire de quoi satisfaire la demande locale.
Un protectionnisme sans volonté de développement ne rime à rien; il assure à coup sûr le sous-développement et provoque l'arrièration de la société: on pense au Portugal de Salazar.
Mais s'agissant d'assurer le démarrage rapide d'une économie, quand la volonté de développement est réelle et l'organisation politique, universitaire et industrielle à la hauteur de l'enjeu, des mesures de protection bien ciblées peuvent être très efficaces.
Il existe aujourd'hui trois raisons sérieuses d'assurer sans plus tarder une forte protection de l'économie européenne:
Dans un premier temps, l'importation de produits bas de gamme à bas prix (type t-shirts) a contribué à augmenter le pouvoir d'achat des consommateurs de l'Union européenne; dans un second temps la destruction de l'emploi industriel qui en résulte est telle que cet avantage momentané est plus qu'annulé par le développement du chômage et la stagnation voire la baisse des salaires en termes réels.
En 15 ans, 80% de la production textile française et l'emploi correspondant ont disparu. Quand globalement, l'emploi industriel ne représente plus que 15% de l'emploi total, ce qui est le cas en France, on peut considérer que l'on est entré pour de bon dans la deuxième phase, celle de l'appauvrissement global. Même si les salaires chinois triplaient en cinq ans, ils atteindraient à peine la moitié du smic français actuel (1.365 euros/mois brut en 2011)!! La convergence assurée par une main invisible ne marche pas.
Dans un premier temps, on s'est consolé de la disparition de l'industrie textile et de l'outillage bas de gamme en se disant qu'avec le TGV, Airbus, le Nucléaire, notre avance technologique et notre formidable inventivité, ces pertes allaient être largement compensées. Mais depuis cinq ans, la balance commerciale française est devenue structurellement déficitaire. Bientôt, ce sera le tour de l'Allemagne.
Un jour, les Chinois fabriqueront aussi de belles machines-outils tout seuls; le vrai concurrent du prochain Airbus, et ceci concerne aussi les Allemands, est chinois, pas américain.
Les transferts massifs de technologie contractuels ou clandestins dans les domaines de pointe, conjugués avec les performances des pays émergents –la Chine bien sûr en premier– en matière de recherche développement, vont bientôt réduire à néant l'illusion de notre supériorité scientifique et technologique. Le solde de la balance des paiements en matière de brevets va très vite s'inverser au profit des Chinois notamment.
Au début, les prises de participation dans nos entreprises européennes ont facilité leur développement. Désormais, elles apparaissent comme des opérations de prédation; avec deux ans d'excédent commercial, la Chine aurait les moyens de prendre le contrôle de toutes les entreprises du CAC 40 français (51% de 1.000 milliards d'euros)! Elle a préféré jusqu'ici financer les déficits publics publics, américain et français notamment, sans doute pour soutenir la consommation de ses produits et diminuer la résistance des gouvernements. Un beau jour, quand il sera devenu évident que le dollar ne vaut plus rien, elle changera de politique, même si ce n'est pas cette fois, écrit noir sur blanc dans le 11e Plan.
Un changement de cap rapide s'impose donc, bien sûr au niveau européen. Les défenses à mettre en place pour une durée indéterminée visent à maintenir le niveau de vie, le mode de vie de tous les Européens. Elles ne répondent pas prioritairement à des demande des entreprises, d'autant qu'un nombre croissant d'entreprises «françaises» ne sont plus que des importateurs de produits asiatiques, ayant les mêmes intérêts que leurs fournisseurs: voyez Décathlon, Legrand, les grandes surfaces en général.
Cette protection serait fondée sur trois idées-force, s'appuyant sur des principes généralement admis mais largement dévoyés jusqu'ici:
Concrètement, l'Europe annoncerait son intention de mettre en place:
Il reste alors à vendre ce paquet à l'Europe et à l'OMC. Il est apparemment contraire aux accords européens et surtout aux interprétations biaisées qu'en ont donnés les commissaires, britannique notamment; mais ce qu'un traité a fait, un autre peut le modifier.
Cette initiative, qui aurait une audience populaire très forte, pourrait être faite par le prochain président de la République française; elle aurait été précisée pendant la campagne électorale.
Michel Cotten
Un réserve cependant : comme vous l'admettez à la fin de votre article, ces décisions devront se prendre au niveau national : tout d'abord, il n'y a aucun espoir que l'unanimité puisse se faire à 27, mais surtout, la Commission Européenne est un des trois chefs de file du lobby libéral, avec le FMI et l'OMC !
Grâce à Internet, il est plus facile d'acheter Européen. Tout n'est pas forcement made in Europe mais complètement fermer les frontières est ridicule. Nous avons des entreprises formidables qui font des produits de qualité et où nous travaillons.
Chaque pays doit être libre de gérer son économie comme il le souhaite. La réciprocité, c'est ça la solution et la vraie liberté. Les bons comptes font les bons amis. Le libre échange est une bêtise et ceux qui le soutiennent se sont bien gavés.
C'est dans l'intérêt de personne - surtout de nos fournisseurs étrangers - de voir diminuer le pouvoir d'achat de nos pays à cause du chômage.
Les 'montants compensatoires «salaires» (MCS)' est une formule intéressante mais il n'est pas claire comment elle créerait directement de l'emploi.
La prise en compte des coûts environmentaux par contre est un concept moderne et approprié. C'est une des raisons pour lesquelles les mesures envisagées par l'article doivent être prise au niveau européen et non national. Comment, en termes pratiques, différencier entre les niveaux de pollution de, mettons, Paris et de Londres pour ne pas dire de Calais et de Douvre?
Une remarque : les mesures intelligentes proposées par cet article ont été saisies immédiatement (vu les commentaires ci dessus)par les souverainistes (pour ne pas dire Frontistes) pour justifier encore une fois leur ardent désire de retourner au 19e.
Il est temps que ces romantiques commencent à jouer dans la cour des grands! L'article, lui, s'y trouve.