France

Politique de la gomme

François Hollande, mis à jour le 29.04.2011 à 12 h 43

La politique de Nicolas Sarkozy, même s’il y a l’excuse de la crise, n’a atteint aucun de ses objectifs, ni sur le pouvoir d’achat, ni sur la compétitivité, ni sur le travail et sa valorisation. Par François Hollande.

Nicolas Sarkozy, le 15 février 2011. REUTERS/Philippe Wojazer

Nicolas Sarkozy, le 15 février 2011. REUTERS/Philippe Wojazer

Il y a des moments où l’actualité internationale emporte tout. Ces dernières semaines, pas moins de deux révolutions et d’autres peut-être en cours sans qu’on les ait encore identifiées. Il y a des phases où la parole présidentielle, et c’est normal, écrase tout, surtout quand elle n’est pas contredite dans une émission qui, elle-même, n’est pas construite pour la confrontation. Il y aussi des cycles médiatiques où les commentateurs préfèrent jauger, interpréter, supputer telle ou telle phrase plus ou moins mystérieuse plutôt que de se préoccuper de la réalité.

Et pourtant, en quelques jours, plusieurs indicateurs nous renseignent sur l’extrême fragilité de l’économie française. Ils sont passés presque inaperçus et pourtant le tableau qu’ils dressaient était particulièrement noir.

La croissance pour 2010 n’aura donc pas dépassé 1,5%, ce qui était le point bas des prévisions; le déficit commercial, le solde de nos échanges avec l’extérieur, aura retrouvé le niveau record de 50 milliards d’euros; la balance des paiements courants affiche 40 milliards d’euros de déséquilibre, c’est-à-dire une amputation équivalente de notre épargne; la progression du chômage de longue durée appellerait une inquiétude légitime puisque 1,5 million de demandeurs d’emploi le sont depuis plus d’un an; enfin le déficit public, pour l’année 2010, aura dépassé 140 milliards d’euros.

Des annonces insignifiantes

Un tel bilan, dans un autre contexte, dans d’autres circonstances, et avec une autre hiérarchie des urgences, aurait mérité l’alarme, pour ne pas dire davantage.

Car, rapprochés les uns des autres, ces indices confirment la détérioration continue de notre économie, non pas simplement de sa compétitivité, mais de sa capacité à retrouver les taux de croissance d’avant la crise, quand l’Allemagne affiche un regain, en 2010, de 3,6%.

Ils démontrent une inertie de notre pays à créer des emplois, alors que, dans toutes les économies comparables, les chômages commencent à baisser; et enfin, ils révèlent un déséquilibre structurel de nos finances publiques que rien, désormais, ne peut cacher.

Ce qu’il y avait de surprenant dans les propos du président de la République l’autre soir, ce n’est pas qu’il voulait nous protéger ou qu’il s’inquiétait de la place de la France dans la mondialisation, c’est qu’il n’avançait aucune stratégie cohérente pour redresser le pays.

Les mots y étaient: politique industrielle, relocalisation, compétitivité, création d’emplois… Mais les annonces apparaissaient comme insignifiantes.

L’apprentissage redevenait une priorité avec le rétablissement de deux mesures qui venaient d’être supprimées il y a à peine quelques mois, les emplois aidés étaient appelés à la rescousse comme au meilleur temps du traitement social du chômage et il était même demandé à Pôle Emploi de convoquer manu militari les chômeurs en fin de droit pour faire un bilan de leur situation et leur faire miroiter un emploi ou une formation. Alors même que les salariés de Pôle Emploi ont perdu 1.700 agents de leur effectif et qu’ils sont incapables de faire face.

Son mandat est terminé

Ces chiffres sont à la fois un bilan et un aveu. Le bilan, c’est que la politique de Nicolas Sarkozy, même s’il y a l’excuse de la crise, n’a atteint aucun de ses objectifs, ni sur le pouvoir d’achat, ni sur la compétitivité, ni sur le travail et sa valorisation.

L’aveu, c’est que son mandat est déjà terminé. La présidence Sarkozy est finie. Certes il est encore chef de l’Etat jusqu’en mai 2012, mais il est clair qu’il n’engagera plus aucune réforme d’envergure, et qu’il n’a plus les moyens financiers de décider d’un plan quelconque.

Il paraît comme désarmé, ou plutôt il a revêtu la cuirasse du candidat dont il s’est harnaché, pour partir à la conquête d’un électorat perdu avec la seule perspective d’apparaître plus protecteur que ses rivaux.

Mais protecteur de quoi? Des intérêts de la France? Des atouts de l’économie? De la qualité du travail français? D’un modèle français dont on ne sait lequel il promeut?

En fait rien de tout cela. Protecteur de lui-même, de ses intérêts, de sa famille politique, de son pouvoir. En attendant 2012, il efface scrupuleusement et avec méthode tous les chiffres qui pourraient gêner. C’est la politique de la gomme.

François Hollande

François Hollande
François Hollande (37 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte