Warhol jusqu'à l'overdose
Les deux expositions parisiennes consacrées au pape du pop affadissent son œuvre.
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Warhol partout. Warhol ad nauseam. Ses portraits sont à la Galerie nationale du Grand Palais, ses prestations télé à la Maison Rouge... Warhol, c'est le quart d'heure de célébrité qui ne finit jamais. Et toute la presse s'y met, des féminins qui ne parlent strictement jamais d'art, au Figaro, en passant par les Inrocks... Sans oublier les hors séries de Beaux-Arts, Art Press, Connaissance des Arts, L'Express... Chacun y va de son hommage ou, surtout, de son anecdote.
A «Elle», Debbie Harry la chanteuse du groupe Blondie, confie: Andy Warhol «était à la fois très présent et très absent.» Avant d'ajouter « Tout les deux nous avions un point commun: les cheveux blond devant et brun derrière, ça nous faisait beaucoup rire.» (ben, nous aussi alors).
Le Monde nous parle de Warhol et l'argent: «Andy pouvait être généreux, il m'a aidée quand j'avais des problèmes, mais il pouvait aussi devenir radin, car ses "assistants" lui coûtaient très cher», se souvient Daniela Morena, une de ses anciennes assistantes justement. Bref, il était radin sauf quand il était généreux (et vice et versa sans doute)... Pour sa défense, le quotidien du soir a consacré sept papiers au pape du pop en moins d'un mois, dont un prophétique «Warhol à toutes les sauces».
Difficile, donc, de trouver des angles nouveaux et de sortir du concert de louanges. Warhol est devenu l'artiste consensuel par excellence. Figure tutélaire de l'art de la deuxième moitié du XXe siècle, il fait désormais l'unanimité chez les marchands de coussins comme chez les dames qui s'assoient dessus. Surtout que la partie la plus décapante de l'œuvre — «Car crash», «electric chair», films expérimentaux - est un peu congédiée ... Trop conceptuels sans doute. On veut du people!
Et c'est donc à ses portraits qu'est consacrée l'exposition du Grand Palais. Ils sont (presque) tous là, dans un souci d'exhaustivité sensée créer l'événement. Alors même que la taille du lieu auraient largement autorisé à élargir le propos, à mettre en perspective l'œuvre. Mais de perspective, il n'est pas trop question. Le classement est thématique: « Autoportrait, icônes...», «Le monde de l'art, de l'argent, et du glamour». Un gigantesque dîner de tête. Jusqu'à donner le tournis. Des célébrités en deux dimensions. Aplaties par la démarche volontairement répétitive et mécanique du maître. Marilyn, Elvis, Jackie, Mao, Mick, Giorgio... «Les copains d'avant» mais version riche et célèbre.
Reconnaissons toutefois que la dernière salle donne la mesure de l'œuvre, rappelant l'obsession de la mort qui la sous-tend en mettant en regard sa «dernière Cène», un crâne sérigraphié et une «electric chair». Le commissaire de l'exposition Alain Cueff publie d'ailleurs un livre, «Warhol à son image», dans lequel il réfléchit à l'influence de sa culture catholique et byzantine sur l'œuvre de l'artiste new-yorkais d'adoption mais d'origine Slovaque et enterré en grande pompe à la Cathédrale Saint-Patrick.
Mais tout ça, c'est un peu compliqué. Ce qu'on aime chez Warhol, ce sont ces portraits. Point. Avec leurs traits comme effacés, leurs bouches et leurs yeux aux couleurs flashy qui mangent le visage, comme ce que proposent sérieusement les chirurgiens esthétiques du monde entier.
Au même moment, à la Maison Rouge, on montre ses émissions de télé des années 80 comme «Andy Warhol 15 minutes», ses pubs, l'épisode de «La croisière s'amuse» auquel il a obligeamment participé. Des images un peu anecdotiques qui se prêteraient sans doute mieux à un documentaire qu'à une exposition. Mais c'était «la seule partie de l'œuvre qui n'avait jamais été montrée» dixit la commissaire de cette «Warhol TV», Judith Benhamou-Huet, dans l'émission Starmag. Bon, si c'est nouveau!
Ce Warhol people ici mis en scène est bien moins intéressant que celui de la première Factory, son laboratoire des années 60. Dont le triomphe est aujourd'hui vertigineux! Il avait là réuni une bande de drogués, de travestis, d'homos, de filles de familles désœuvrées et proclamait qu'ils étaient des «superstars», des « beautifull people», les égaux de Jim Morrisson ou de Marilyn... Et ça a marché : sa galerie de marginaux était devenu la référence d'une époque.
Retournement caustique, artistiquement décalé, qui prend tout son sens à l'heure où Paris Hilton, Linsay Lohan ou Britney Spears tiennent le haut du pavé. Pareil encore, lorsqu'on songe à ses boîtes de soupe ou de lessive exposées dans les galeries : aujourd'hui, les journalistes sont régulièrement invités à un vernissage d'œuvres composées de bonbons Haribo, au lancement d'une bouteille de Coca-cola détournée par un artiste. Sauf que, désormais, c'est la marque qui paie.
Dans les années 60 et 70, alors qu'il était de bon ton pour les artistes de revendiquer leur engagement, la façon que Warhol avait de tout transformer en image, de revendiquer sa superficialité était moderne, subversive ou, au minimum, ironique. De même, face à la culture savante et aux tenants d'une abstraction devenue académique, le pop art incarnait un retour de l'énergie et de la vie dans l'Art. Dans les années 90 et 2000, au contraire, tout le monde assume sa superficialité et sa fascination des images. La moindre cafetière affirme une intention artistique et la célébrité règne sans partage sur les corps et les âmes. Alors on convoque Warhol pour justifier ce monde qu'il a pressenti et accompagné. C'est presque obscène de lui mettre tous ça sur le dos.
Andy Warhol était un visionnaire, et c'est pour cela que son quart d'heure de gloire dure depuis bientôt 50 ans. Mais la victoire de ses prémonitions a affadi son œuvre.
Pour en retrouver le sel, il nous faut du Warhol au carré, exagéré, cinémascopé... Du David LaChapelle qui photographie Amanda Lepore, transexuelle au visage boursouflé par la chirurgie esthétique à la manière d'une Marilyn de Warhol. Cette image qui s'étale sur tous les murs de Paris sert d'ailleurs d'affiche à la rétrospective du clipper des stars, metteur en image de la démesure du people postmoderne, à la Monnaie de Paris. Normal, la célébrité est devenue l'unité monétaire contemporaine par excellence. Merci Andy!
Jacques Braunstein
Le grand monde d'Andy Warhol, à la Galerie nationale du Grand Palais, jusqu'au 13 juillet; Warhol TV, à La Maison Rouge, jusqu'au 3 mai; David LaChapelle à La Monnaie de Paris, jusqu'au 31 mai.
Mis à jour le 21/03/2009 à 7h13












































Dernièrement - dieu sait pourquoi -, j’ai pensé à Louise Bourgeois et à son araignée intitulée "Maman" ; sculpture qui, à mes yeux, n'a qu’un seul mérite : celui d’être monumentale (ce qui n'est pas une qualité en soi, bien évidemment) car, pour le reste…
J’ai pensé aussi à son expo, celle de Beaubourg, en mars dernier ; expo qui peut se résumer à une vidéo bavarde et complaisante diffusée sur un écran devant lequel des fauteuils confortables ont été placés, le tout disposé à l’entrée de la dite Expo comme pour dissuader quiconque d’aller plus loin.
Dans tous les cas, une "artiste" dont « l‘œuvre » est à chercher sous la moquette épaisse d’un salon cossu ou sous les lattes étriquées d‘un parquet ciré ; et le commissaire de l’expo ne s’y est pas trompé - même involontairement -, en installant ces fauteuils et ce téléviseur.
Pour rester avec Beaubourg* qui, manifestement, ne souhaite pas être en reste avec quiconque cotise à la MDA ("Maison des artistes" - organisme agréée par l'État pour gérer le régime de Sécurité sociale des artistes) : Annette Messager.
Après le stade oral et le stade anal, voici venir le stade « peluches et souffleries ».
Dis ! Annette ! Franchement, à ton âge, hein ? T’as pas honte ?
Jeff Koons maintenant.
Ce blaireau rémunéré à coups de millions de dollars (aussi riche, sinon plus, qu’un joueur de basket de la NBA), cet ancien trader est annoncé au château de Versailles en septembre ; alors... attendez-vous à… petit lapin, homard et cœur géants.
Vraiment, je suis impatient de lire les papiers des journalistes qui, le moment venu, seront dépêchés sur les lieux ; personne n'étant épargné par l'automatisme d'une approbation aussi irréfléchie qu’injustifiée, nul doute, leurs articles ne manqueront pas de mentionner un Koons sulfureux, un Koons futé et drôle avec ça, et irrévérencieux et tellement cocasse et insolite, dans ce lieu chargé d'Histoire, et... et... et...
Alors oui ! Mille fois oui !
Confronté à toutes ces figures d’une scène prétendument artistique que des journalistes moutonniers n’hésitent jamais à encenser, à quand une critique et une histoire de l'Art qui relèveraient de l’invective, de l’insulte et du crachat, courage d'une main, désespoir et colère de l'autre, face à l'affront (quand ce n'est pas l'outrage) qui nous est fait, saison après saison, exposition après exposition, installation après installation, toutes plus indigentes les unes que les autres, foutoirs indescriptibles dans lesquels l'infantilisme côtoie le plus souvent le trivial qui côtoie le puéril qui à son tour embrasse l'anecdotique, le tout noyé dans un océan d’intentions aussi immatures qu’incompétentes et/ou jean-foutres.
Mille événements - en veux-tu, en voilà ! - proposés par des commissaires bavards et suffisants parce que... dans le meilleur des cas, snobs ou tout bonnement carriéristes, et dans le pire, tragiquement incultes, même bardés de diplômes issus d’universités-dépotoirs et d‘Écoles nationales dans l'impossibilité de refuser quiconque se présente avec en poche un sésame qui a pour nom : le Bac.
*) N’est-ce pas ironique de constater que l’exposition René Char à la BNF aura été bien plus proche de l’idée que l’on se fait de l’Art, de l’Artiste et d’une Oeuvre que toute autre expo à Beaubourg, ces derniers mois ? La poésie volant au secours d’un art aujourd’hui indigent parce que.... sans mémoire, sans culture et sans métier.
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Toute cette production tapageuse mais vaine, c'est Warhol qui a triomphé de Picasso, César de Rodin - un Rodin qui pourtant avait pris soin d’ouvrir en grand toutes les portes qu’un César s’est empressé de refermer sur un univers concentrationnaire...
Tout ce ramdam, c’est aussi - dans une longue liste qui n’épargne aucun art ni aucune discipline -, John Cage qui a triomphé de Boulez, Houellebecq de Jean-Edern Hallier et de Maurice Clavel, un BHL et un Finkielkraut pour triompher et de Sartre et de Camus et de Deleuze et de Foucault et de Derrida...
Et pour finir - un malheur n‘arrivant jamais seul -, c’est aussi Mitterrand et le PS qui ont triomphé de Jaurès, Renaud de Léo Ferré, le Rock du Blues ; Guillaume Durand et Franz Olivier Giesbert... de Personne.
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Mais... voilà que j'entends des voix ; elles me demandent de ne pas m’inquiéter car, personne ne nous demandera des comptes.
Dieu soit loué ! Personne ne nous demandera d’avoir honte car, ce qu’on ne vous a pas transmis ne peut en aucun cas vous manquer : un art d’aujourd’hui... pour demain qui renvoie aussi à hier, comme pour nous rappeler d’où l’on vient et sans qu'il ait été nécessaire d'y être allé ni d‘en revenir.
Un art intransmissible parce que... sans métier ce tapage auquel il nous est demandé d'adhérer ou bien, de nous taire et de disparaître. Car enfin... allez transmettre des peluches, des homards et des pouces ! Allez donc transmettre des concepts qui feraient hurler de rire n'importe quel étudiant en 1ère année de philosophie et nos penseurs mêmes les plus pusillanimes et les plus indulgents !
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Querelle des Anciens contre les Modernes ?
La bonne blague !
Grande bataille des idées neuves contres des idées anciennes ?
Encore faut-il qu’il en soit question car, pour ma part, je n’ai pas vu d’idées dans toute cette production.
Mais alors, cet art sans idée, sans art ni artiste sert quel Art ?
Il n’y a pas si longtemps encore, l’Art nourissait spirituellement et intellectuellement l’homme ; alors que depuis les années soixante et le pop art, (pour ne pas le nommer) l’art (du moins, celui qui nous est proposé) a non seulement perdu sa majuscule, mais il semble n’avoir qu’un souci : affaiblir l’homme jusqu’à l’avachissement.
Avec Duchamp, on avait l’audace, le courage, une radicalité assumée et salutaire ; le flair du prophète, mais aussi : l’hilarité et le scandale.
Aujourd’hui sans vision, la production de ces poseurs que l’on nous impose, ne dépasse guère le plus souvent le cadre des toilettes et/ou celui d’une chambre à coucher aux murs tapissés de jeunes filles en fleurs ; le nombril aussi, et plus bas encore mais... jamais plus haut.
A la trappe l’Universel ! Quid d’une tentative de sortir de soi et de son environnement immédiat : qu’il soit mental et /ou géographique.
Non ! Aucune vision digne de ce nom : celle d’un monde, celui d’hier, d’aujourd’hui et pourquoi pas, un monde pour demain ; artistes visionnaires, novateurs et précurseurs.
Pire encore, on cherchera en vain un savoir-faire pour défendre quelle que valeur esthétique que ce soit : efforts et travail dispensés pour une finalité bouleversante et incontestable dans sa maîtrise et son inspiration, témoin indiscutable d‘années de recherche et d’apprentissage solitaires et têtus.
Je conseille la lecture du très bon ouvrage de Cécile Guilbert, Warhol Spirit, Paris, Grasset, 2008.
L'auteure écrit avec élègance. La vie d'Andy Warhol vous glace le sang.
J'en parlerai sur mon blog Seriatim.
Merci pour cet article.
Jean Vinatier
Il y a quelques années il m'est arrivé de me rendre à une rétrospective d'oeuvres d'Andy Warhol : "Ce n'est pas seulement à Paris..."
J'accompagnais un jeune homme qui était d'un enthousiasme débordant concernant cet artiste.
Moi, je traversais les salles d'un air morne : rien ne m'émouvait ou m'amusait, quand tout à coup mon attention fut attirée par de grandes plaques métalliques sur lesquelles se déployaient ce qui aurait pu être un paysage onirique ou une végétation fantasmagorique. C'était magique et si loin des boîtes de soupe et autres têtes de Mao !
Après avoir bien rêvé, je m'approchai de l'étiquette pour en savoir d'avantage et je lus : "Urine sur plaques de cuivre".
Warholl est-il bien exposé ? Exposé à quoi serait-on tenté de penser tellement il incarne notre époque ?! Il est là tout autant dans ses œuvres propres que partout, dans la rue, chez soi et avec un peu de finesse (mais là c'est autre chose !) on se découvrira dans ces miroirs démultipliés à l'infini.