Le lait est l'avenir de l’homme
Obama a ouvert la voie à une réforme profonde de l'agriculture mondiale.
- Vaches allemandes. REUTERS/Michaela Rehle -
Barak Obama a annoncé mardi soir, devant les deux Chambres réunies, qu'il allait réduire les subventions agricoles aux Etats-Unis. Cette décision, noyée dans beaucoup d'autres, ne devrait pas passer inaperçue. Elle est fondamentale parce qu'elle rompt avec la politique de George Bush qui avait beaucoup augmenté les aides aux agriculteurs américains et parce qu'elle devrait faire école en Europe, où la France va se retrouver de plus en plus isolée dans sa défense des milliards de la Politique agricole commune (PAC). (Sur ce sujet lire la contribution de Nicolas-Jean Brehon)
L'affaire n'est pas simple, en vérité. J'en conviens. Se faire une idée de ce qu'il faut prôner comme politique agricole en France, en Europe et dans le monde est un exercice qui force à l'humilité intellectuelle tant les paramètres déterminants sont nombreux et contradictoires. L'agriculture est un domaine qui réunit tout ce qui est important pour l'homme sur cette terre et tout ce qui va dessiner notre avenir, économiquement, politiquement, techniquement mais aussi, bien entendu, symboliquement. Une grande part du monde de demain, se joue dans l'agriculture. L'avenir est dans le lait, le blé, le sorgho, le riz, les vaches, les poulets et les moutons. Jugez-en.
1 - Pour nourrir les 9 milliards d'être humains que comptera la planète en 2050, contre 6 milliards actuellement, il faut doubler la production alimentaire. Cela a déjà été fait entre 1960 et 2000, tandis que la population mondiale doublait, grâce à ce qu'on a appelé, à l'époque, «la révolution verte», c'est-à-dire grâce aux remembrements et à la productivité. Le sens du «vert» s'est cocassement inversé.
2 - L'environnement, justement, est devenu une priorité qui complique la production agricole à cause des conséquences des engrais chimiques, des rendements de la mono-culture, de la désertification des sols. Le réchauffement climatique ajoute à la complexité de l'équation.
3 - L'eau va manquer. Non pas dans l'absolu : on ne sait utiliser qu'une faible fraction des eaux de pluie, 10-15%. Il suffirait de mieux les capter. Mais parce que l'eau est très mal répartie sur la planète. Elle a été et sera source de conflits et de guerres. Plus de 700 millions de personnes vivent dans des zones insuffisamment arrosées, elles sont en «stress hydrique» («Demain la faim!», Frédéric Lemaitre, Grasset). Or l'agriculture pompe 80% de l'eau disponible dans les pays en développement et 40% dans les pays développés.
4 - Les biotechnologies devraient permettre de faire «un nouveau bond» en avant de la production agricole, en résolvant les problèmes de la presque saturation des terres arables et du manque d'eau. Mais leur coût est très élevé, de lourdes questions de propriété intellectuelle sont posées par les grands groupes industriels qui les mettent au point à des agriculteurs qui dans leur très grande majorité sont pauvres. Les biotechnologies sont indispensables pour nourrir 9 milliards d'être humains mais leur acceptabilité par les populations n'est pas acquise.
5 - Manger est indispensable pour vivre et la question de «la sécurité alimentaire» est revenue sur le devant de la scène à l'été 2007 lorsque les prix ont bondi, faisant craindre des pénuries aux populations. En Egypte, au Maroc, en Indonésie, dans 40 pays au total, sont réapparues des émeutes de la faim, manifestations qu'on croyait éradiquées ou presque. En France, c'est au nom de la sécurité alimentaire que les lobbies agricoles et le gouvernement défendent maintenant la PAC. L'Europe, disent-ils, doit s'assurer une autosuffisance alimentaire.
6 - L'instabilité des cours des matières agricoles, céréales ou viandes, est un problème aggravé. Les prix varient très vite et déstabilisent les agriculteurs pour qui le rythme de production est annuel, au mieux bi-annuel. Que la volatilité touche aussi le pétrole et toutes les matières premières et, de façon dramatique dans la crise, l'ensemble des actifs, n'est pas une compensation.
7 - Le protectionnisme qui revient de façon larvée dans l'industrie et les services à cause de la récession est une réalité historique forte dans l'agriculture. Les Etats subventionnent leurs productions et leurs exportations à des grandes hauteurs : le budget 2007-2013 de la PAC est de 864 milliards d'euros, un quart de plus que le plan de relance économique actuel d'Obama! Ces aides représentent en moyenne 50% du revenu des agriculteurs européens, qui sans elles ne pourraient se maintenir («La PAC», Jean-Christophe Bureau, Repères, La découverte). Quel doit être le niveau et les moyens de l'intervention de l'Etat? Par quoi remplacer la politique actuelle d'aides et de prix garantis?
8 - Reste, dernier point retenu ici dans une liste qu'on pourrait facilement allonger, à souligner que l'agriculture forme et déforme, embellit ou détruit le cadre de nos vies: les paysages. Leur diversité est essentielle.
Quelle conclusion tirer, en dehors de l'intérêt qu'il faut porter à ce secteur si déterminant? Le grand avenir est sans doute bien tracé par Michel Griffon: l'Asie n'a pas les moyens de sa subsistance et elle devra importer beaucoup. Le Moyen-Orient également. Les grands gagnants seront les pays d'Amérique latine et en particulier le Brésil et, possiblement, l'Afrique. Mais que feront l'Europe et l'Amérique du nord qui disposent des agricultures les plus puissantes, autosuffisantes et qui aujourd'hui contrôlent l'avenir? Maintient du protectionnisme? Ouverture progressive selon les filières?
Les impasses budgétaires qui vont devenir serrées avec les dépenses publiques qui explosent face à la crise forceront-elles les gouvernements à réduire les aides, comme l'indique Obama aujourd'hui? Probablement. Se dessine une agriculture plus libérale, très technologique, mais soucieuse de diversité et de qualité. Une nouvelle révolution à la fois plus verte (au sens actuel) et plus mondialisée. Dans ce cadre, que produira la France, pays dotée de terres si riches? Du lait, s'il vous plaît! Du lait pour les bébés, pour les veaux et pour les fromages! Et pour le beurre. Fondamental le beurre.
Mis à jour le 26/02/2009 à 17h59













































Merci pour cette analyse complète, qui nous sort des reportages ternes sur les crises agricoles (sanitaires ou économiques) ou le salon de l'Agriculture...
Je partage votre point de vue, sauf sur quelques points :
1 - Certes la production devra être augmentée, mais il sera difficile de la doubler. Les rendements des pays du Nord sont déjà élevés et leur augmentation (si elle est réalisable) poserait encore des problèmes environnementaux. Il existe par contre de formidables gains de productivité dans le Sud, d'autant plus bénéfiques qu'ils limiteraient le défrichement de nouvelles terres arables (ainsi que les rejets de GES et la désertification qui vont avec) et la dépendance de certains pays. C'est dans ce sens, notamment par plus de transferts de compétences, que les pays du Nord devraient pousser.
4 - Les biotechnologies ne résolveront que quelques problèmes, mais en ce qui concerne le manque d'eau ou la surexploitation des terres, seules des techniques appropriées et déjà connues (goutte-à-goutte, rotation des cultures, jachère) peuvent résoudre les problèmes de manière quantitative.
En ce qui concerne la production française, je suis d'accord avec vous pour encourager la production de lait, mais que dans les zones traditionnellement productrices : moyenne montagne, vallées humides, hauts plateaux. Mais de grâce, gardons nos bonnes terres pour la production directe de glucides et de protéines par des végétaux, bien plus rentable que la production animale !!! Et j'insiste sur les protéagineux (pois, féverolle, soja, trèfle, lin, etc.), car la faible production française nous oblige à importer du Brésil ou d'ailleurs des tourteaux pour nourrir nos bovins !
Quelle conclusion tirer ?
Alors que la crise économique impose un consensus pour une régulation mondiale de la finance, la crise écologique n'amène même pas l'idée d' une gouvenance démographique de la planète.
Si le secteur agricole est si déterminant pour les humains, 9 milliards en 2050, comment arrive-t-on à ne pas se poser la question ?
Elle reste très largement taboue, reste confondue avec des idées sordides telle l'eugénisme, ce qui permet de ne jamais l'aborder.
Il va pourtant de soi que les ressources de la planète sont déjà insuffisantes : cf les quotas de pêche.
Highcliff : vous avez raison, à côté des biotechnologies, il faudra finement utiliser des techniques ancestrales comme jachère ou goutte-à-goutte. Quant aux productions en France, je pense que le débat doit s'ouvrir sur les priorités. La crise budgétaire va obliger à faire des choix.
Mchlbgs: non ! non! non! Pas de restriction des naissances ! S'il vous plait!! Pas d'enfant unique !! Pas de malthusianisme. La population mondiale va se réguler toute seule, en liberté
Pas d'amalgames.
La politique de l'enfant unique n'est pas la réponse, c'est celle de la chine totalitaire.
Notons au passage que, sans elle, 300 Millions de chinois supplémentaires, la population des états-unis, seraient aujourd'hui à nourrir.
La politique, au sens noble, peut intervenir pour réguler les naissances tout en préservant les libertés.
Les allocations familiales sont là pour le prouver.
Dans un sens inverse le planning familial, la contraception sont aussi des moyens de régulation.
Estimez vous juste que des enfants non désirés meurent de faim ?
Pourquoi est on de plus en plus nombreux sur terre, alors qu'on sait aujourd'hui que tant qu'on aura pas réglé les problèmes d'environnement, nous sommes nuisible à notre propre planète ?
Depuis que je suis gosse, j'ai toujours entendu vanter les taux de natalité élevé. L'autre jour encore, on pouvait lire dans les journaux : l'Allemagne s'inquiète, le remplacement des générations n'est pas assuré. Et en comparaison, la bonne élève France avec ses 2.2 enfants par femme !
Il serait donc tabou de se réjouir que la population diminue ? Tout comme il est tabou de ne pas souhaiter d'enfant ?
Alors il y a pénurie de boulot, pénurie de ressources, pénurie de logement, et on veut être de plus en plus nombreux ?
Je ne dis pas qu'il faut limiter les naissances, comme la Chine, oh que non ! Mais ne pourrait on pas arrêter de montrer du doigt les "mauvaises statistiques" (notamment dans les livres scolaires), et ceux qui n'ont pas de descendance ?