Monde

Une nouvelle politique libanaise

Jacques Benillouche, mis à jour le 22.03.2009 à 2 h 03

Contrairement à Jacques Chirac, obnubilé par les intérêts de la famille Hariri, Nicolas Sarkozy cherche un compromis avec Damas.

Le président libanais Michel Sleimane et Nicolas Sarkozy au palais présidentiel de Baabda  REUTERS/Dalati Nohra/Handout

Le président libanais Michel Sleimane et Nicolas Sarkozy au palais présidentiel de Baabda REUTERS/Dalati Nohra/Handout

Nicolas Sarkozy a reçu, lundi 16 mars, le président libanais Michel Sleimane pour une visite d'Etat de trois jours à Paris. Cette invitation entre dans une stratégie bien élaborée déclinée en dehors de toute politique spectacle à laquelle nous étions habitués. Le président français avait déjà pris de vitesse tous les autres chefs d'Etat pour être le premier dirigeant non arabe à saluer l'élection du général à la tête du Liban. Il s'était déplacé alors avec tous les responsables des partis politiques français, depuis son ennemi centriste François Bayrou en passant par Marie-Georges Buffet, la communiste, et par le socialiste Français Hollande. Cette mise en scène voulait marquer l'union sacrée française  pour prouver que le devenir du Liban n'était pas un enjeu de division en France et que l'unanimité est totale parmi les diverses sensibilités politiques pour garantir l'indépendance du pays du Cèdre.

Il avait surtout voulu défier les pays voisins, la Syrie et surtout l'Iran, pour leur transmettre le message ferme qu'ils ne pourront jamais compter sur un changement de stratégie, quelque soit la classe politique française au pouvoir. Le message s'adressait aussi à l'Arabie Saoudite, instigatrice des accords de Taif  et inspiratrice de l'aide financière décidée à Doha, qui ne devait plus régenter indirectement le Liban.

Mais fidèle à sa volonté d'équilibre, il avait décidé de rencontrer le Hezbollah à Beyrouth et de renouer les liens brisés avec la Syrie tout en lui faisant comprendre que la restauration du dialogue ne se fera pas sur le dos du Liban. Le secrétaire de l'Elysée, Claude Guéant, et le conseiller diplomatique Jean-David Levitte avaient alors planifié une visite à Damas car «une nouvelle page est peut-être en train de s'ouvrir entre la France et la Syrie». Cette visite d'Etat poursuit plusieurs objectifs.

Indépendance

Nicolas Sarkozy voudrait d'abord corriger les échecs des précédents présidents qui n'ont pas réussi à établir des relations normales avec la Syrie. Il s'agit pour lui de se réinsérer dans le processus libanais afin de négocier avec Damas les conditions fermes pour lui faire renoncer à gouverner en sous-main un Liban dont les frontières avaient été tracées par la France elle-même. Il montre aussi qu'il reste très attaché à l'existence dans la région d'un pays francophone et francophile, multiconfessionnel, où les chrétiens restent les protégés des Français. Contrairement à Jacques Chirac qui était uniquement obnubilé par les intérêts de la famille Hariri, le président défend toutes les communautés. Il fait comprendre à la Syrie qu'elle doit cesser de régner en maître en imposant ses solutions controversées et en jouant la politique du pire par communautés interposées, chrétiens contre sunnites, druzes contre chiites.

La frilosité du Liban indispose cependant la France qui souhaiterait qu'il fasse preuve de plus de courage dans ses choix politiques. «La France a demandé au Liban de s'engager dans des négociations bilatérales et directes avec Israël, mais nous avons dit que nous refusions» persiste à dire le président libanais. Sa seule bonne volonté se borne  à confirmer que le Liban participerait à «toute conférence internationale ayant pour objectif de parvenir à une paix complète et juste». Une façon claire de dire qu'il n'était pas encore majeur et qu'il avait besoin de tuteurs pour exister.

Renouer avec la Syrie

Certes le Général Sleimane entretient de bons rapports avec la Syrie et il n'a pas manqué de donner des gages à la fois à son voisin et au Hezbollah dans son discours de bienvenue à connotation anti-israélienne. «Les Fermes de Chebaa restent sous occupation en raison des menaces et des violations continuelles de notre souveraineté par Israël, nous devons élaborer une stratégie de défense nationale pour protéger le pays», a-t-il estimé en présence du président français qui n'a pas réagi par souci de ne pas remettre en cause sa stratégie.

Nicolas Sarkozy veut d'autre part cautionner les négociations de paix entre Israël et la Syrie qui se sont ouvertes sous l'égide de la Turquie et de ce fait, il offre à Bachar el Assad le choix de renouer avec les grandes puissances pour lui permettre, enfin, d'introduire son pays dans le concert mondial d'où il a été exclu depuis plusieurs années. En favorisant un compromis sur le Liban, le président français cherche aussi à jouer les intermédiaires pour trouver les bases d'une réconciliation entre la Syrie et les Etats-Unis, très intéressés à ce qu'une paix durable soit conclue avec Israël.

Isoler l'Iran

Le troisième objectif enfin concerne l'Iran. Nicolas Sarkozy a maintes fois affirmé de façon claire son inquiétude et sa désapprobation face à l'option nucléaire de l'Iran. Il croit encore à une solution diplomatique qui épargnerait une guerre. Il estime que la sortie de la Syrie de son isolement l'incitera à prendre ses distances avec l'Iran. A Beyrouth il n'avait pas manqué de souligner que «les Iraniens n'ont pas fait l'ombre d'un effort, que ce soit au Liban ou sur le dossier du nucléaire». Alors il ne désespère pas d'isoler encore plus un pays qui perdrait, avec la Syrie, son plus fidèle allié au Proche-Orient et qui serait contraint, pour résister à l'étouffement économique et politique, de négocier avec les Occidentaux l'arrêt de son programme nucléaire et la cessation de l'encouragement au terrorisme par Hamas et Hezbollah interposés.

Une réussite dans ce domaine donnerait un crédit puissant au président français. Elle rendrait surtout un fidèle service au successeur de Bush auquel il enlèverait une sacrée épine du pied.

La réalisation de ces trois objectifs reste cependant compliquée, sinon aléatoire, car elle dépend essentiellement de la bonne application des accords du Qatar dont l'un des principes est la souveraineté complète d'un Liban débarrassé de ses milices armées et par conséquent, le désarmement du Hezbollah. Nicolas Sarkozy devra faire preuve de beaucoup d'imagination dans ce domaine et trouver les clefs d'une solution agréée par toutes les parties, Israël compris. L'Etat juif estime que les convergences sont pourtant nombreuses entre deux petits pays représentant des îlots de minorités dans la masse arabe qui les entoure. Leur sens inné du commerce, leur amour de la vie et leur goût du progrès auraient pu leur permettre aux Libanais et aux Israèliens de se battre ensemble dans la seule guerre où les morts et les cadavres ne seraient que des entités économiques.

Jacques Benillouche

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