France

Une manif à 2,6 milliards d'euros

Eric Le Boucher, mis à jour le 19.02.2009 à 14 h 42

Que fera le gouvernement si la crise s'aggrave dans les prochains mois?

Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT, quitte l'Elysée le 18 février

Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT, quitte l'Elysée le 18 février

 

 

Tous comptes faits : le gouvernement paie le succès de la manif du 29 janvier avec un chèque de 2,6 milliards d'euros. La prochaine est prévue pour le 19 mars. Soit 2,6 milliards pour deux mois de paix sociale, 1,3 milliard par mois ? Conclusion de Bercy : « on ne tiendra pas longtemps à ce rythme...».

La note du sommet social tripartite Gouvernement-Syndicat-Patronat d'hier est, en effet, finalement plus élevée que les 1,4 milliard annoncés. Selon les indications données à la télévision par Nicolas Sarkozy,  cette  somme devait correspondre, aux intérêts versés par les banques à l'Etat en échange de leurs recapitalisations. Elle est plus élevée, d'une part parce que 2,6 c'est presque le double de 1,4, parce qu'on a appris que les banques pourraient déduire de leurs impôts une fraction de ces 1,4 milliard payés en intérêt à l'Etat (un tiers) et parce que les 2,6 milliards sont une note provisoire, si le chômage partiel indemnisé à 75% explose, la dépense sera nettement supérieure.

Où en est-on après ce sommet ? Que va-t-il se passer le 19 mars ? Les syndicats vont-ils « maintenir la pression » comme ils l'ont déclaré sur le perron de l'Elysée à la sortie de la réunion hier soir ? On ne saurait dire parce que ces mêmes syndicats ont aussi fait preuve d'un réalisme qu'on pourrait dire inattendu. Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, qui est le personnage clé de la période que nous traversons, est apparu assez hésitant sur la conduite à tenir dans le futur. Il s'est quand même réjouit ouvertement des gains du sommet social pour les personnes concernées. Le président de la République a bien fait de jouer sur ce registre : aider les plus faibles.

Compte tenu des revalorisations qui avaient déjà été accordées, des 2,6 milliard de nouvelles allocations et de la baisse rapide de l'inflation, le bénéfice dépasse largement 500 euros pour nombre de ménages, de jeunes ou de personnes en difficultés. C'est loin des 38 euros par personne qu'a calculé, sans doute un peu rapidement, Benoit Hamon. Les Français manient mieux la calculette que le porte parole du parti socialiste et ils découvriront vite que le cadeau de Nicolas Sarkozy n'est pas nul.
Reste bien entendu deux interrogations stratégiques pour le président. Les syndicats vont-ils repartir à l'attaque sur le point où ils n'ont rien obtenu, les augmentations des salaires ? Dans combien de temps l'effet cadeau sera-t-il estompé ?

A la première, Nicolas Sarkozy a répondu par l'ouverture d'une nouvelle discussion. C'est le fameux « partage des profits en trois tiers », un tiers pour l'investissement, un tiers pour les dividendes aux actionnaires, un tiers pour les salariés sous forme de participation ou d'intéressement. C'est à la fois habile de renvoyer la question des salaires à ceux qui les versent, les patrons, et c'est à a fois très dangereux de promettre de légiférer si la négociation échoue. Ce faisant, le chef de l'Etat souligne que c'est une question sérieuse alors même que Laurence Parisot, du Medef, a martelé que c'en était pas une, au contraire, les salaires et les charges sont déjà trop élevées pour des entreprises mises à l'agonie par la crise. Quand les carnets de commandes se vident, ce n'est pas le moment de réclamer des augmentations !

A mes yeux, le Medef a raison et Nicolas Sarkozy joue à nouveau, dangereusement car vainement, sur ce registre du « pouvoir d'achat » sur lequel il s'est aventuré lors de sa campagne électorale et qui restera, tout le long de son quinquennat, comme sa faiblesse.
Le PS l'a compris qui ne le lâchera pas là-dessus : les socialistes vont « maintenir la pression » sur la question salariale car ils savent que c'est le talon d'Achille du président et ils le feront sous couvert d'une légitimité keynésienne : la consommation doit être soutenue.

Doit-elle l'être ? Pour l'instant le gouvernement tient la corde de la stratégie économique : non, la consommation se tient encore bien, il n'y a pas de raison de la soutenir. En ce sens le sommet d'hier ne marque pas un changement de politique économique du gouvernement. Il reste sur sa ligne de relance par l'investissement. Mais qu'en sera-t-il dans trois mois, dans six mois ?

Dominique Strauss-Kahn, président du FMI (Fonds monétaire international) a prévenu, hier, que la crise était en train de s'aggraver dans les pays développés. Il ne voit pas de retournement avant 2010. La Réserve fédérale américaine (FED) a confirmé en déclarant qu'aux Etats-Unis  « le chômage allait augmenter de manière importante jusqu'au début 2010 ». Autrement-dit, il est clair que toute l'année 2009 sera dans le rouge et qu'en France aussi la récession sera sévère. Bref, l'exaspération sociale aura vite des motifs pour reprendre.

Comment réagira Nicolas Sarkozy ? Il voulait ne pas céder grand-chose hier pour gagner du temps. Il en a cédé un peu plus que prévu. Mais ce printemps, cet été, cet automne, où en sera le climat social ? Et comment

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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