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Un président pour l'Europe, ce n'est pas pour demain

Daniel Vernet, mis à jour le 06.02.2009 à 17 h 47

Les grands pays ne voudront jamais lâcher leurs supposées influences.


Il faut regarder la composition des diverses délégations qui se sont rendues au Proche-Orient ces derniers jours au moment de la guerre à Gaza, pour comprendre que le problème de leadership qui taraude l'Union européenne depuis des lustres est loin d'être résolu. Et ce n'est pas la ratification éventuelle du traité de Lisbonne, suspendue au bon vouloir des Irlandais, qui y changera quelque chose.

A Charm el Sheikh, ils étaient six chefs d'Etat et de gouvernement européens. A Nicolas Sarkozy qui, en tant que coprésident de l'Union pour la Méditerranée, menait le groupe, s'ajoutaient Angela Merkel, Gordon Brown, Silvio Berlusconi et José Luis Zapatero. Des « grands », qui avaient eu la courtoisie d'inviter le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek, en tant que président pour six mois du conseil européen.

Cette concession aux institutions communautaires mise à part, l'aréopage ressemblait étrangement au directoire que Nicolas Sarkozy appelait de ses vœux dans un discours prononcé à Rome en 2006, devant le Parti populaire européen. Ses amis européens l'avaient cependant dissuadé de donner suite à cette idée. Par « amis européens », il faut entendre aussi bien les partisans de l'intégration européenne que les connaisseurs des arcanes bruxellois. L'idée d'un directoire des « grands » au sein de l'Union européenne effraient les « petits », alors que la France comme l'Allemagne, voire la Grande-Bretagne cherchent, ne serait-ce que de manière épisodique, leur soutien pour promouvoir leurs thèses.

Une tentative de constituer un « noyau dur » avait déjà échoué en 1994 avec le papier Schaüble-Lamers, du nom de deux dirigeants chrétiens-démocrates allemands qui proposaient la monnaie unique comme critère de sélection.

Nicolas Sarkozy a donc mis en sourdine le thème du directoire mais il n'a pas abandonné le projet. Sa présidence du Conseil européen, improprement appelée par lui-même présidence de l'Europe, l'a convaincu qu'il ne fallait pas laisser le destin de l'UE entre les mains des « petits », incapables à ses yeux de parler d'égal à égal avec les dirigeants russes, américains, israéliens etc., donc de résoudre les crises. Ayant échoué à obtenir la présidence de l'Eurogroupe, qui lui aurait fourni une fonction officielle, il privilégie les formations à géométrie variable mais où se retrouvent invariablement les Allemands, les Britanniques, voire les Italiens, qui sont membres du G8, et éventuellement les Espagnols, qui voudraient bien en être.

Cette composition n'est pas toujours artificielle. Après tout, les Etats européens, présents par exemple à Charm el Sheikh, sont ceux qui sont en mesure de proposer leur aide pour sécuriser la frontière entre l'Egypte et Gaza, voire la séparation entre Israël et Gaza, comme ils sont d'ailleurs les principaux contributeurs à la Finul, qui surveille au Liban la frontière nord d'Israël.

Imagine-t-on que Nicolas Sarkozy et ses collègues sont prêts à s'effacer dès que le traité de Lisbonne donnera naissance à un président « stable » de l'Europe et à un Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune aux compétences renforcées et cependant vagues, auquel Londres a refusé le titre de ministre européen des affaires étrangères ? Rien n'est moins sûr. L'hypothèse serait envisageable si des fortes personnalités étaient désignées à ces postes. Mais il est à craindre que les « grands » s'entendront sur le plus petit dénominateur commun de peur que le « président de l'Europe » ne leur fasse de l'ombre. Les pragmatiques penseront que l'efficacité repose sur l'action des gouvernements nationaux. Les partisans d'une Europe intégrée remâcheront leurs nostalgies.

Daniel Vernet

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