Culture

"Tulpan" : dans la solitude de la steppe kazakhe

Jonathan Schel, mis à jour le 06.03.2009 à 9 h 35

Tourné par Sergey Dvortsevoy, le film collectionne les récompenses

La steppe kazakhe Reuters

La steppe kazakhe Reuters

Ce film kazakh tourné dans les steppes sud du pays a reçu le prix Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes et collectionne les récompenses à travers le monde. Il est sorti en France le 4 mars.
Sergey Dvortsevoy, venu du documentaire, pose un regard juste et tendre sur ses personnages, surtout Asa, le jeune berger de la steppe qui doit trouver une épouse s'il veut avoir enfin son propre troupeau et s'affranchir de la tutelle de sa sœur et de son beau-frère... Problème : la seule fille à marier de la région, Tulpan, ne veut pas de lui à cause de ses oreilles décollées. De ce point de départ plaisant, Dvortsevoy tire un film d'une beauté majestueuse.

-Quelle est la genèse de ce film tourné au milieu de nulle part?
-L'idée m'était venue alors que je tournais un documentaire au Kazakhstan il y a dix ans. On a écrit un scénario standard qui devait faire une centaine de pages. Lorsque la préparation du tournage a commencé j'ai compris que je ne pouvais pas tourner ce film comme il était écrit. Il fallait que je trouve un langage cinématographique spécifique. Au final, il reste 20% du scénario initial. Tout a été transformé par les interventions de la réalité : mes acteurs n'étaient pas des professionnels, c'était à moi de m'adapter à eux... et puis les animaux sont imprévisibles, de même que la steppe.

-Quel attrait particulier exercent ces paysages ?
-C'était la source de mon désir de tourner là-bas. On était à 500 kilométres de la première ville. C'est un endroit absolument sauvage, une steppe totalement vierge. Il n'y a que des bergers de passage. Je voulais filmer cet endroit désert, qu'il n'y ait rien tout autour et que la caméra puisse tourner dans n'importe quel sens sans rencontrer le moindre élément... Le paysage était à la base même de l'histoire, pas comme un élément illustratif mais comme un élément dramaturgique capital. L'œil ne peut se fixer sur rien; c'est une vraie catastrophe pour un chef opérateur. Il fallait trouver une manière de montrer ça. C'était la tâche artistique qu'on s'était fixée : trouver l'énergie à l'intérieur de ce vide divin.

-Le temps semble y être parfaitement immobile...
-Oui, la steppe est hors du temps. Il y a le ciel, la terre, une petite herbe qui pousse, pareille à ce qu'elle était il y a mille ans, identique à ce qu'elle sera dans mille ans. La vie traditionnelle des bergers nomades est la même depuis des siècles. Peut-être qu'un jour ils auront accès à davantage de technologie moderne, mais ils garderont toujours leur rapport à la nature et leur mode de vie nomade. Et même s'ils avaient des instruments perfectionnés, il suffit qu'un vent fort se lève et emporte tout sur son passage pour que tout redevienne comme avant. Les gens là-bas dépendent totalement de la nature.

Propos recueillis par Jonathan Schell

Jonathan Schel
Jonathan Schel (29 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte