Culture

Le pire du web, star de la télé

Dominique Willieme, mis à jour le 25.02.2009 à 15 h 43

Est-ce un mal purement français?

CC flynnwynn/flickr

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«C'est marrant, parce que pour faire parler de soi sur l'Internet, faut soit être complètement ringard, soit ... je sais ne pas». C'était un vendredi comme les autres sur le Grand Journal de Canal +. Elie Semoun était venu faire l'article de «Cyprien», son nouveau film, on débattait sur la définition du Nerd et du «no-life», on a adoubé ledit Cyprien «officiellement le premier geek français». Puis, Tania Bruno-Rosso s'est attaquée à la playlist thématique de la semaine et son «coup de cœur Internet» en la personne de Mark Gormley, quinquagénaire anglais improbable, mélange d'un physique de pervers à moustache, d'une voix de fausset et d'un orgue Bontempi visiblement victime de l'humidité britannique (ceux qui ne connaissent pas son œuvre peuvent, à leurs risques et périls, la découvrir sur son site officiel).

C'est là qu'Elie Semoun a, sans le vouloir et d'une simple hésitation, résumé la vision que le PAF donne du web.

Micro-phénomène du web, Gromley est l'exemple le plus récent du rapport complexe entre une télévision toujours puissante et un web médiatiquement émergent, relation devenue encore plus compliquée depuis l'arrivée massive de la vidéo en ligne.

Alors que la presse et la radio se sont emparé avec prudence du web comme une source d'information complémentaire ou alternative (et parfois plus réactive que les agences de presse), la télévision semble persister à n'y voir qu'un canal dédié aux amateurs, frustrés d'exposition médiatique et qu'on met parfois en lumière, histoire de se moquer un brin.

Les exemples ne manquent pas, à commencer par le plus emblématique d'entre eux, Cindy Sanders, candidate malheureuse de la Nouvelle Star, vue, revue et soutenue sur le Web et finalement reprise par Canal, M6 et (malheureusement) une maison de disque. Puis vint la tête à claques du web, Mikael Vendetta, Paris Hilton du pauvre, découvert sur son skyblog et depuis vu sur TF1, Canal Plus, MTV et tout ce que la France compte comme chaînes de TNT. Damien Jean, dont les clips d'un amateurisme kitch ont été découverts sur le web avant d'être raillés dans le petit journal people de Canal+ s'ajoute lui aussi à la longue liste des victimes involontaires du passage vers le petit écran.

La moquerie n'est bien entendu pas l'exclusivité de la télévision. La plupart des web-people passés au hertzien ont généralement déjà eu droit à leur lot de moquerie en ligne. Mais limiter la vision qu'on donne du web à ces exemples peu glorieux semble un mal purement télévisuel.

Ainsi, lorsqu'un véritable talent émerge de la Toile, ses origines web sont généralement citées au titre de l'anecdote avant d'être rapidement mises sous silence. Il en va ainsi des chanteurs (Grégoire, chanteur 100% web par exemple) ou de chroniqueurs, journalistes et auteurs issus des blogs.

Le web francophone serait-il donc honteux, à bannir du CV comme ces petits jobs qu'on accepte pour payer ses études mais qu'on ne mentionne plus jamais une fois entré dans la vie professionnelle?

Que ce soit outre-manche ou aux Etats-Unis, la culture web, largement plus prégnante, a permis à de nombreux musiciens, blogueurs, artistes ou auteurs de transférer la légitimité acquise en ligne dans les médias traditionnels. Mais sans renier pour autant leurs origines. Ainsi, déjà en 2002, certains blogueurs étaient embauchés en tant que chroniqueurs sur CNN et l'administration Obama a définitivement fini de combler le fossé en invitant les contributeurs du blog politique Huffington Post aux conférences de presse de la Maison Blanche, au même titre que les géants de la presse (5'40 dans la vidéo). Et si les médias anglo-saxons aiment eux aussi à se moquer du web, ce n'est néanmoins pas leur seul angle d'attaque sur la vie numérique.

Samedi soir sur TF1, la «star du web» mystère était un jeune de 18 ans à peine, guitariste, auquel 20 millions de visionnages YouTube avaient déjà ouvert les portes de Canal+ et le 20 heures de France2. Certes moins pathétique que Mark Gromley, mais encore loin des Artic Monkeys découverts sur Myspace. Ou des conférences de presse de l'Elysée pour blogueurs.

Dominique Willieme.

Image de une CC flynnwynn/flickr

Dominique Willieme
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