Schisme sur le sida
Le rejet par l'opinion catholique de la position officielle de l'Eglise sur le sida est massif.
- A Rio de Janeiro, pour la journée mondiale contre le sida le 1er décembre 2007. REUTERS/Bruno Domingos -
Dans l'avion qui le menait au Cameroun mardi, pour son premier voyage en Afrique, le pape Benoît XVI s'est engagé pour la première fois publiquement, devant les journalistes qui l'accompagnaient, dans la controverse qui atteint l'Eglise catholique, depuis trois décennies, sur la question de la prévention du sida - qui a tué 30 millions de personnes, depuis les années 1980, dans le seul continent noir - et de l'usage du «préservatif». Un terme qu'un pape a aussi prononcé pour la première fois, alors que ses prédécesseurs, Paul VI, à propos de la contraception interdite (dans l'encyclique Humanae vitae), et Jean Paul II, à propos du sida, s'étaient toujours gardés d'employer ce mot tabou, même pour se défendre de contestations bruyantes. Cette censure du mot «préservatif» dans les discours pontificaux, écrits ou oraux, permettait aux inconditionnels d'affirmer qu'aucun pape ne l'avait en fait jamais explicitement désavoué!
Benoît XVI n'a pas eu de telles pudeurs. Interrogé sur la position de l'Eglise dans la lutte contre le sida, il a répondu: «On ne peut pas dépasser ce problème avec la distribution de préservatifs. Au contraire, le préservatif l'aggrave». Pour lui, «la solution est double : une humanisation de la sexualité, qui passe par de nouveaux modes de comportement, et une compassion à l'égard des personnes qui souffrent».
Voilà qui a le mérite de la clarté et sans doute du bon sens. Mais, devant l'ampleur du mal, devant l'urgence et l'absence de programmes éducatifs appropriés, un tel propos peut-il être compris, surtout en Afrique? Déjà, Jean Paul II avait déclenché une polémique mondiale, en 1993, en déclarant à Kampala, en Ouganda, l'un des pays au monde les plus touchés par le virus HIV: «La chasteté est l'unique manière, sûre et vertueuse, de mettre fin à cette plaie tragique».
Des polémiques qui nuisent à la réputation des catholiques
Le sida ne peut donc être vaincu «avec la distribution de préservatifs», assure Benoît XVI. Il reprend là la position traditionnelle de l'Eglise pour laquelle le préservatif n'est pas un moyen de protection techniquement sûr. Et sa promotion inefficace, si elle n'est pas soutenue par des campagnes recommandant la fidélité dans la relation sexuelle et la maîtrise de soi. Mais les autorités catholiques, ainsi que les «lobbies» anti-préservatifs qu'elles soutiennent dans les pays pauvres (favorables aux seules méthodes naturelles de contraception, de type Billings ou Ogino), sont irresponsables s'ils ne préconisent que la chasteté, l'abstinence et la fidélité dans le cadre du mariage hétérosexuel, alors que les médecins du monde entier sont unanimes à affirmer que le préservatif est l'unique moyen connu - en dehors des traitements médicaux qui bénéficient peu aux pays pauvres - pour enrayer la tragique expansion du sida.
Sur un tel sujet, des polémiques désastreuses ont beaucoup nui au crédit et à la réputation des catholiques, alors qu'une grande partie d'entre eux, dans de nombreux pays, particulièrement en Afrique, sont aux avant-postes pour soulager et accueillir les malades, pour éviter leur exclusion sociale, pour contribuer aux campagnes d'information et de prévention. Qui peut ignorer les distributions collectives de préservatifs, au plus loin de villages d'Afrique ou d'Amérique latine, à l'initiative de prêtres et de religieuses, parfois en cachette de leurs supérieurs?
Autodafé
De même, de nombreuses voix se sont-elles élevées — comme en France, celles de l'abbé Pierre et du cardinal Jean Marie Lustiger, tous deux décédés — et continuent de s'élever pour rappeler qu'en bonne morale chrétienne, il est nécessaire d'apprécier, d'abord, le «moindre mal», et d'appliquer des règles hygiéniques plutôt que d'«aggraver un désordre et de donner la mort». Autrement dit, il vaut mieux se protéger, quand on est séropositif, que de risquer de transmettre la mort à un partenaire sexuel. Plusieurs épiscopats ont tenu ce même langage de raison: si le changement de comportement sexuel reste une voie sûre pour empêcher la transmission du sida, le préservatif est un «mal nécessaire pour éviter d'être infecté ou d'infecter un partenaire».
Quant aux évêques africains, principalement concernés, ils sont très divisés. Si plusieurs d'entre eux, irresponsables, ont brûlé des préservatifs dans des lieux publics - comme dans une sorte d'autodafé des temps modernes, d'autres, comme le Sud-Africain Kevin Dowling, du diocèse de Rustenburg, en font une large promotion dans leur pays.
Le désaccord de l'opinion catholique avec la position officielle de l'Eglise sur le sida s'exprime de plus en plus nettement. Selon un sondage international commandé par l'organisation américaine Catholics for Choice (pour le libre choix de l'avortement), 79% des catholiques américains jugent incompréhensible l'attitude du Vatican sur le sujet. Dans le même cas, ils sont 90% au Mexique, 86% en Irlande, 77 % aux Philippines, 59% au Ghana, etc.
Depuis l'encyclique sur la contraception Humanae vitae de juillet 1968, sévèrement critiquée dans le monde entier, y compris dans ses propres rangs, l'Eglise catholique condamne tout moyen chimique (pilule) ou prophylactique (préservatif), qui a pour effet de barrer la voie à la transmission de la vie. Celle-ci n'appartenant qu'à Dieu, l'homme ne peut en disposer librement. Mais le moyen — préservatif — qui consiste à empêcher la transmission de la mort, dans le cas du sida, peut-il être sérieusement confondu avec celui qui empêche la transmission de la vie, dans le cas de la contraception? C'est à une distinction claire, sur cette question grave, que sont appelés le pape et le magistère catholique.
Or, le propos entendu de Benoît XVI en vol vers le Cameroun — où il devait aussi rendre visite à des malades du sida dans un hôpital — montre que la réflexion de l'Eglise n'a pas du tout avancé. En 2006, sous la pression de progressistes comme le cardinal Giovanni-Maria Martini, ancien archevêque de Milan, aujourd'hui trop âgé et malade pour incarner une alternative au sommet, une commission de théologiens et de médecins avait été créée au Vatican en vue d'un assouplissement de la position de l'Eglise. Elle n'a, depuis, strictement rien produit.
Henri Tincq
A lire aussi sur le sujet, l'analyse de Kléber Ducé sur la radicalisation de l'Eglise qui complique la lutte contre le sida.
Image de une: à Rio de Janeiro, pour la journée mondiale contre le sida le 1er décembre 2007. REUTERS/Bruno Domingos
Mis à jour le 19/03/2009 à 7h10












































Le pape a dit que l'acte d'amour
Sans être marié, est un péché.
Cette nouvelle il me faut l'annoncer
A ma paroisse : je suis curé.
J'ai pris une dose de whisky
Afin de préparer mon sermon.
Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit :
Je me posais bien trop de questions.
Puis j'ai réclamé le silence
Afin d'observer les réactions.
Sur certains visages de l'assistance
Se reflétait surtout l'indignation.
Maintenant, tout est fait, tout est dit
MAIS MES FIDELES SONT PARTIS.
Cela vous rappelle quelque chose ? Eddy Mitchell: ” Pas de boogie woogie “
Nom d'une pipe en bois, après les dernières déclarations fracassantes de Benoit sur le préservatif, ça doit pas être facile d'être catho ! J'aimerais pas être à leur place !
cordialement,
Le pape a demandé la gratuité des soins pour les malades du sida
ROME, Mercredi 18 mars 2009 (ZENIT.org) - Le pape Benoît XVI a demandé les soins gratuits pour les malades du sida dès son arrivée à l'aéroport de Yaoundé au Cameroun, mardi après midi. Un appel qui a reçu très peu d'écho. Il appelle les Africains à la responsabilité dans la lutte contre le sida. Les médias ont passé sous silence ce passage de sa conférence de presse dans l'avion de Rome à Yaoundé.
Mais ce que la presse a retenu, ce sont des propos prêtés au pape. Nous publions ci-dessous le texte intégral de la déclaration.
Le pape fait également allusion à l'engagement de l'Eglise auprès des malades : quelque 25 % des structures qui les accueillent sont catholiques. Il cite l'engagement de la communauté de Sant'Egidio - une allusion au projet « DREAM », sigle anglais pour « « Amélioration des ressources en médicaments pour lutter contre le Sida et la malnutrition » par exemple au Malawi - et des religieux de Saint-Camille de Lellis, ou des religieuses (les Missionnaires de la Charité par exemple).
Voici la question du journaliste et la réponse de Benoît XVI, dans son contexte.
Question - Votre Sainteté, parmi les nombreux maux qui affligent l'Afrique, il y a également en particulier celui de la diffusion du sida. La position de l'Eglise catholique sur la façon de lutter contre celui-ci est souvent considérée comme n'étant pas réaliste et efficace. Affronterez-vous ce thème au cours du voyage ?
Benoît XVI - Je dirais le contraire : je pense que la réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est précisément l'Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses différentes réalités. Je pense à la Communauté de Sant'Egidio qui accomplit tant, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, aux Camilliens, à toutes les religieuses qui sont à la disposition des malades... Je dirais qu'on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n'y met pas l'âme, si on n'aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d'augmenter le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l'un avec l'autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent. Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès visibles. Je dirais donc cette double force de renouveler l'homme intérieurement, de donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l'égard de son propre corps et de celui de l'autre, et cette capacité de souffrir avec ceux qui souffrent, de rester présents dans les situations d'épreuve. Il me semble que c'est la juste réponse, et c'est ce que fait l'Eglise, offrant ainsi une contribution très grande et importante. Nous remercions tous ceux qui le font.
Vous avez bien raison de retransmettre l'intégralité de cette fracassante déclaration. Incroyable le nombre de gens, de ministres en mal de micros et de médias qui se sont contentés de ne retenir que: " on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs ". Décidémment, je n'aime pas les raccoucis faciles souvent suspects. Ces mêmes personnes sont-ils des lecteurs fainéants pour ne retenir qu'un 10ème de cette déclaration ou seulement interéssés par la polémique ?
Ce que je reproche au Pape est tout autre. Comme disait l'autre, il ne fait que son job. Mais faut-il être si mal conseillé et si mal entouré pour le faire aussi mal ?
L'Eglise catholique ne s'est pas encore remise de 2 affaires totalement néfastes pour son image et sa crédibilité ( l' affaire brésilienne et l'affaire des "désexcommuniés"), que le pape en rajoute une couche. Quel manque de communication judicieuse évident ! Comment peut-on, avec l'intelligence et les moyens dont il dispose être aussi mauvais en communication.
Le message a transmettre était sans doute important mais, bon dieu, que le moment était malvenu, que la formule fut maladroite!
Alors, Votre Sainteté Benoit XVI, fils de Pierre et tutti quanti, laissez-moi vous donner un conseil, la foi que je n'ai pas me le permet, :
Nom de Dieu, virez sans préavis vos conseillers en communication ! ils vous desservent, vous et votre église, de manière évidente.
On peut le regretter, mais c'est comme cela, difficile d'y échapper, nous vivons dans une société d'image et de communication; le Vatican semble ne pas s'en être aperçu.
Cordialement,
1) Est-il faux de dire : "On ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs" ?
2) Imagine-t-on le pape de l'Eglise catholique encourager toute forme de sexualité à condition d'être "protégé" comme le font les médias ?
3) Quand est-il arrivé qu'un catholique ait trouvé le pape ou un de ses prêtres dans sa chambre à coucher pour lui enjoindre de faire ceci plutôt que cela ?
Les beaux esprits catholiques n'ont plus à se faire d'illusions. Les soi-disantes erreurs de communication du Pape et du Vatican ne le sont pas et ne relèvent d'aucune improvisation qui aurait été mal gérée par les Monsignore. Ce serait bien mal les juger que de croire cela !
Non, le plus grave dans cette affaire (ou plutôt dans l'accumulation de ces affaires), c'est que le tournant pris par le pape et l'actuelle Curie est bien une remise en question radicale de Vatican II, pour une raison très simple : question de prosélytisme. Dans le partage du gâteau des âmes dévotes, le catholicisme est en train de se faire tailler des croupières à l'échelle du monde ! Et les vainqueurs sont :l'islam dans ses versions radicales et intégristes; l'évangélisme créationniste et globalement l'ensemble des églises protestantes en veux-tu en-voilà !
Le gentil œcuménisme, l'ouverture spirituelle, l'adaptabilité de l'Église au monde et aux mœurs nouveaux, échec sur toute la ligne : à part la Pologne et la Bavière, les églises d'Europe se sont vidées. Alors, les états d'âme de l'église de France avec ses églises qui ont une odeur de tombe, le Vatican s'en tape (je vais finir par parler comme Guillon !). La question est ailleurs : le marché "captif", oserais-je dire, est effectivement en Afrique, en Amérique (même du Nord), voire en Asie (très important l'Asie), et ce n'est pas en prônant la tolérance sexuelle (ce que sous-entend la question du préservatif) que l'Église pourra reconquérir ses ouailles. Le discours sur l'ascèse, l'abstinence, la religion contre le corps, la crainte voire la haine du plaisir, ça marche plutôt bien chez les concurrents, alors, remettons les dogmes au goût du jour :sus (si je puis me permettre) à la chair profane !
Mes amis catholiques (si, si, j'en ai !) font un peu grise mine en ce moment, mais à part mettre un cierge à l'église de mon village, je ne vois pas ce que je peux faire pour eux.
3) Quand est-il arrivé qu'un catholique ait trouvé le pape ou un de ses prêtres dans sa chambre à coucher pour lui enjoindre de faire ceci plutôt que cela ?
Je saisis pas bien cette que question.
Est-ce à prendre au sens figuré ? L'église n'a jamais cessé d'indiquer aux catholiques ce qui était permis et ce qui ne l'était pas en matière de sexualité.
Est-ce à prendre au sens propre ? L'archidiocèse de Los Angeles a accepté de verser 660 millions de dollars de dommages et intérêts à plus de 500 victimes de sévices sexuels, une somme sans précédent dans le scandale de la pédophilie qui touche depuis 2002 le clergé catholique américain
Si Adam et Eve avaient bien expliqué à leurs descendants, qui eux-mêmes auraient expliqué à leurs descendants, qui eux-mêmes auraient expliqué aux enfants de leurs enfants, etc, etc..., que seule la fidèlité à UN partenaire exclut tout risque de contamination par le Sida, le problème du préservatif ne se poserait même pas. Il n'est même pas nécessaire de parler d'abstinence. Le Pape a mal expliqué le problème.