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Sarkozy entérine l'échec de la défense européenne

Daniel Vernet, mis à jour le 16.02.2009 à 17 h 09

De Gaulle avait décidé en 1966 de quitter le commandement intégré de l'OTAN

Troupe française de la Force Internationale d'Assistance et de Sécurité en Afghanistan

Troupe française de la Force Internationale d'Assistance et de Sécurité en Afghanistan

 

 

Nicolas Sarkozy va monter au front. Il l'a annoncé, au début du mois, le 7 février lors de la conférence sur la sécurité de Munich. Son discours s'adressait autant à l'opinion française qu'aux spécialistes de la défense réunis autour du vice-président américain Joe Biden et de nombreux autres représentants de la nouvelle administration Obama.

Ce nouveau front, c'est le retour de la France dans la structure militaire intégrée de l'Alliance atlantique (OTAN). Pas le « retour de la France dans l'OTAN », comme on l'entend très souvent. En 1966, le général de Gaulle avait décidé la sortie de la France du commandement militaire intégrée de l'alliance occidentale mais la France n'en est pas moins restée membre de l'OTAN.

L'annonce officielle de ce qu'on appelle par euphémisme « la rénovation des relations entre la France et l'OTAN » sera faite lors du sommet atlantique du début avril qui se tient à la fois en France et en Allemagne, à Strasbourg et à Kehl. D'ici là, le président de la République va s'efforcer d'expliquer sa décision à une opinion publique qui n'a pas l'air passionnée par le sujet, et à une classe politique qui peut trouver là un thème unificateur entre la gauche et une partie de la droite attachée aux dogmes gaullistes.

Le consensus qui a été à la base de la politique étrangère française depuis 1966 supposait « l'indépendance » par rapport à l'Alliance atlantique. Depuis De Gaulle, aucun président de la République n'avait osé - ou réussi - à le bousculer. François Mitterrand, hostile à l'origine à la décision du général, n'avait pas cru devoir rouvrir ce débat, une fois arrivé au pouvoir. Fort de sa légitimité gaulliste, Jacques Chirac avait essayé mais les négociations avec les Américains sur le partage des postes de responsabilité n'avaient pas abouti.


Nicolas Sarkozy a fait attention à ne pas connaître la même mésaventure. S'étant gardé d'avance des revendications trop précises, il pourra présenter comme une victoire les commandements que les Américains accorderont à la France. Pour justifier cette rupture avec la vulgate gaulliste, le président l'a intégrée dans sa politique européenne. Dans un  premier temps, il avait conditionné le retour dans le commandement militaire de l'OTAN à des progrès de la défense européenne. Au cours des derniers mois, ces progrès sont très faibles. Les Britanniques continuent de s'opposer, par exemple, à la création d'un centre de planification autonome par rapport à l'OTAN pour les opérations de maintien de la paix menées par les Européens. La condition est alors devenue une conséquence.  Revenue pleinement dans l'Alliance, la France ne pourra plus être soupçonnée par ses partenaires de vouloir l'affaiblir, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux progrès de la défense européenne.

Les adversaires de cette décision ne sont pas tous des gardiens du temps gaulliste. Ils avancent des arguments concrets. La « rénovation » des relations France-OTAN mettra fin à une position symbolique « à part » qui était un des éléments de l'influence française, à défaut de puissance. La parole de la France, disent-ils, était écoutée à travers le monde parce qu'elle apparaissait non-alignée. D'autant plus que les effets pratiques du retour risquent d'être limités puisque depuis plus d'une dizaine d'années déjà, les forces françaises ont retrouvées leur place dans l'OTAN.

La France sera-t-elle plus écoutée dans l'Alliance, comme le pense Nicolas Sarkozy ? C'est possible, ce n'est pas certain. La réponse serait moins équivoque si un véritable pilier européen pouvait se développer au sein de l'OTAN, a fortiori s'il était possible d'y créer un caucus européen, c'est-à-dire un groupe qui deviendrait un interlocuteur des Etats-Unis. Il est peu probable que l'Alliance atlantique évolue dans cette direction. Beaucoup d'éléments rendent sceptiques. D'abord, les Américains ne veulent pas d'un tel caucus qui mettrait en cause leur hégémonie sur l'alliance, qui ne s'est pas démentie depuis soixante ans. Mais surtout, les Européens ne sont pas en mesure de parler d'une seule voix, pour des raisons politiques - ils ne sont pas d'accord entre eux - et structurelles : les vingt-sept membres de l'Union européenne ne sont pas tous dans l'OTAN, et d'autres membres européens de l'OTAN, comme la Turquie et la Norvège, ne sont pas dans l'UE et veulent avoir voix au chapitre.

La décision de Nicolas Sarkozy relève d'un double pari : que les Américains sont soucieux d'écouter leurs alliés plus qu'ils ne l'ont jamais fait dans le passé et que la France sera mieux entendue en parlant de l'intérieur plutôt qu'en jouant les francs-tireurs.

Daniel Vernet

(Photo : Troupe française de la Force internationale d'assistance et de sécurité, OTAN, © PHILIPPE DE POULPIQUET / Le Parisien)

Daniel Vernet
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Journaliste
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