Culture

Quelle affaire, ces elfes!

Juliet Lapidos, mis à jour le 12.03.2009 à 20 h 54

Elfes, version suédois.

Elfes, version suédois.

Un article sur la faillite de facto de l'Islande dans l'exemplaire d'avril de «Vanity Fair» révèle qu'un «grand nombre d'Islandais» croient aux elfes, qu'ils appellent le «peuple caché». Il arrive que cette tradition populaire très répandue trouble le monde des affaires de ce pays peu peuplé de l'Atlantique Nord. Avant de faire bâtir une fonderie, l'entreprise de production d'aluminium Alcoa «a dû s'en remettre aux connaissances d'un expert du gouvernement pour pratiquer des fouilles sur le site de l'usine et certifier qu'il n'y avait pas d'elfes, ni dessus ni dessous.» Mais comment trouve-t-on un elfe?

Avec des pouvoirs surnaturels. Selon un sondage conduit en 2007, 54% des Islandais ne nient pas l'existence des elfes et 8% y croient franchement, bien que seuls 3% revendiquent en avoir déjà rencontré personnellement. Le pouvoir de voir le huldufólk, le peuple caché, ne s'apprend pas; on naît avec. Pour trouver des elfes, les voyants n'ont pas vraiment besoin de faire quoi que ce soit: ils sentent simplement une présence elfique. L'article de «Vanity Fair» rapporte que la détection d'un elfe peut prendre jusqu'à six mois, mais c'est généralement un processus rapide qui dure moins d'une heure. Et si le magazine rapporte qu'un «expert du gouvernement» a dû certifier l'absence d'elfes, l'ambassade islandaise indique que ces consultations sont effectuées par des organismes indépendants, et non par des agents du gouvernement.

Le huldufólk vit dans une autre dimension, invisible pour la majorité des mortels. Les elfes construisent leurs maisons dans des rochers et sur des contreforts escarpés, et semblent avoir un faible pour les formations de lave. La ville portuaire de Hafnarfjördur, près de Reykjavík, abriterait une grande population elfique, ainsi que d'autres créatures mystiques comme des nains (qui appartiennent aussi à la vaste catégorie du huldufólk). Selon les extralucides locaux, la famille royale huldufólk vit au pied d'une falaise dans cette ville.

La capacité de voir des elfes est un phénomène intergénérationnel en Islande, bien que les enfants en signalent plus souvent que les adultes. Il est d'ailleurs admis que beaucoup de personnes nées extralucides perdent leur don après huit ans environ. En outre, cette aptitude ne se limite pas aux seuls Islandais - théoriquement, n'importe qui, quelle que soit sa nationalité, peut posséder le pouvoir de communiquer avec les elfes. Les extralucides voient des elfes toute l'année, parfois dans leur propre jardin, mais la veille de noël ainsi que le 31 décembre sont considérés comme particulièrement propices à ce genre de rencontres. Cela s'explique par certaines légendes, qui racontent que ces fêtes sont les jours traditionnels de déménagement du huldufólk. Les elfes sont souvent vêtus de costumes désuets datant du XIXe siècle, par exemple de jupes qui semblent faites maison et descendent jusqu'aux chevilles, et sont de toutes les tailles. Il existerait au moins treize types d'elfes, certains aussi grands que les humains. D'autres, comme les Blómálfar, ou elfes des fleurs, ne mesurent que quelques centimètres.

Quand les Islandais veulent construire des routes ou des maisons qui passent par les habitations des elfes, ceux-ci deviennent fous de rage et provoquent des pannes de matériel et d'autres problèmes. Au début des années 1970, par exemple, des entrepreneurs qui essayaient de déplacer un énorme rocher pour permettre la construction d'une autoroute près de Reykjavík eurent recours aux services d'un extralucide, Zophanías Pétursson, après avoir subi quelques contretemps mineurs. Pétursson détecta la présence d'elfes et prétendit avoir obtenu leur autorisation de poursuivre les travaux. Mais les elfes ne s'arrêtèrent pas là : le machiniste d'un bulldozer qui avait aidé à enlever le rocher brisa une canalisation d'eau qui alimentait un élevage de poissons, causant la mort de milliers de larves de truites.

Certes, Pétursson échoua apparemment à apaiser les elfes ennemis des autoroutes, cependant les experts du huldufólk estiment que la négociation est possible. Si un chef de chantier soupçonne qu'il se dirige vers une zone peuplée d'elfes ou qu'il veut simplement en exclure la possibilité, il peut engager un médium (en demandant qu'on lui en recommande un à l'école elfique islandaise, par exemple). Les elfes acceptent parfois de partir ou de laisser un projet immobilier se développer tant que les ouvriers ne détruisent pas leurs habitations à proximité.

Les chantiers confrontés à des retards causés par les elfes sont minoritaires. Mais si un extralucide annonce qu'il a vu des elfes se balader près d'un rocher en particulier, tout Islandais y réfléchira à deux fois avant de le faire sauter pour creuser sa piscine. Et comme le signalait le New York Times en 2005, les services d'urbanisme de villes abritant une population elfique conséquente, comme Hafnarfjördur, veillent à protéger les intérêts des elfes.

Juliet Lapidos

Traduit de l'anglais par Bérengère Viennot

Image de une: August Malmström; Elfes, version suédoise.

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